Chronique du gars en mots dits: Haïr ses alliés naturels
Quelques mois avant le référendum du 30 octobre 1995, Jacques Parizeau concluait une alliance avec le chef de l’ADQ, Mario Dumont, et celui du Bloc québécois, Lucien Bouchard, en vue de la bataille décisive qui approchait. L’initiative avait donné un élan inespéré à la campagne du oui, qui battait fortement de l’aile. Grâce à cette alliance, jamais les Québécois ne sont passés si proche du pays… Dire que les forces indépendantistes devront de nouveau s’unir si elles veulent gagner un éventuel troisième acte constitue la mère de toutes les lapalissades.
Entre une telle union et sa concrétisation, il y a loin de la coupe aux lèvres. Aujourd’hui, on se demande bien quel serait le troisième parti désireux de se joindre au camp du Oui aux côtés du PQ et du Bloc québécois… À droite, l’ADQ, depuis longtemps dissoute dans la fédéraliste CAQ sous l’impulsion de François Legault, devrait se saborder pour y adhérer. Quant à Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, le sinistre personnage a passé sa vie de chroniqueur, d’animateur radio et de politicien à pourfendre les indépendantistes comme s’ils étaient affublés de la pire maladie mentale.
Il reste, à bâbord toute, Québec solidaire…
En mars 2024, pour préparer le terrain en vue de la renaissance du camp du Oui, QS lançait l’initiative « Nouveau Québec ». Ruba Ghazal et Sol Zanetti partaient en tournée pour promouvoir l’indépendance à travers le Québec, souhaitant faire gonfler l’appui au-delà du plancher des 35 %, en prêchant sciemment à des non-convertis. « Même si on a des divergences sur la façon dont s’articulerait le projet de société d’un Québec libre, on a eu l’appui du PQ pour notre campagne », avait alors déclaré Ghazal. Du miel à mes oreilles.
Depuis l’automne 2025 cependant, les positions raffermies et assumées du Parti québécois sur la laïcité et l’immigration ont considérablement refroidi les ardeurs de QS, un parti de plus en plus à l’aise avec le multiculturalisme canadien. Au point où on apprend ces jours-ci que le dernier survivant de la « vague orange » du NPD, Alexandre Boulerice, pourrait se présenter sous les couleurs qsistes aux élections québécoises d’octobre 2026.
Rappelons qu’en 2017, Québec solidaire acceptait d’intégrer dans ses rangs les indépendantistes du parti Option nationale, fondé par l’économiste Jean-Martin Aussant. Depuis, QS est assis sur la lame d’un rasoir : plus il parle d’indépendance du Québec, plus il s’aliène les 67 % de ses partisans qui tiennent plus à leurs idéaux socialistes ou sociaux-démocrates qu’à l’indépendance du Québec. Pour eux, un Canada dirigé par une coalition de partis de gauche comme le PLC et le NPD sous Justin Trudeau vaut mieux qu’un Québec indépendant gouverné par des partis centristes ou du centre droit. Pour la majorité des partisans de QS, le dilemme est réglé : la question sociale passe avant la question nationale, point. D’où le flirt électoral constant de QS avec le NPD, les deux seuls partis aux logos orange.
Une trêve nécessaire
Personne ne demande à QS de devenir l’allié naturel du PQ, mais tout au moins de consentir à une trêve circonstancielle. À force de tirer à boulets rouges sur les péquistes en les traitant de cryptofascistes, de racistes, d’étroits d’esprit ou de transphobes, QS épargne ses vrais adversaires fédéralistes, qui peuvent dormir tranquilles ou mourir de rire : à droite, ceux de la CAQ et du Parti conservateur du Québec, et à gauche, ceux du PLQ. Les partisans du Canada tel qu’il est peuvent demeurer cois et quiets pendant que le futur camp du Oui se fissure avant même de naître.
Les partisans de QS doivent cesser de percevoir comme une trahison impardonnable le fait que le Parti québécois essaie de se tenir au centre de l’échiquier politique pour ratisser un électorat plus large et engranger les votes indépendantistes. L’indépendance acquise, tous les partis, de gauche comme de droite, en profiteraient. Les débats gagneraient en qualité et en pertinence, alors que depuis 1867 ils sont condamnés à se dissoudre sur la rive ontarienne de la rivière des Outaouais, et restent le plus souvent sans échos dans ce grand pays étranger dont le nom est écrit en lettres d’or sur mon passeport.
« Divide et impera », disait déjà le roi de Macédoine Philippe II au 4e siècle avant notre ère. Oui, quand on divise le camp adverse, on arrive à régner… Maxime que les fédéralistes ont depuis longtemps mise en pratique à leur plus grand profit.
Il faudrait maintenant que les indépendantistes soient au moins assez clairvoyants pour s’en rendre compte, puis en tirer les conclusions qui s’imposent.