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Reçu — 1 décembre 2025 Alexandre Dumas, historien québécois
  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • « C’est comme ça qu’on vit au Québec »
    « Parce que c’est comme ça qu’on vit au Québec, et c’est comme ça qu’on va continuer à vivre, ensemble! »Qui est ce « on » dont nous parle Jean-François Roberge? Visiblement, les femmes musulmanes portant un voile n’en font pas partie. Pourquoi donc? La première mosquée québécoise a été construite à Ville Saint-Laurent en 1965. Les Maghrébins ont commencé à migrer au Québec par milliers dans les années 1970, à l’époque où nous étions ravis d’accueillir une immigration francophone. Après combien
     

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »

1 décembre 2025 à 06:47

« Parce que c’est comme ça qu’on vit au Québec, et c’est comme ça qu’on va continuer à vivre, ensemble! »
Qui est ce « on » dont nous parle Jean-François Roberge? Visiblement, les femmes musulmanes portant un voile n’en font pas partie. Pourquoi donc? La première mosquée québécoise a été construite à Ville Saint-Laurent en 1965. Les Maghrébins ont commencé à migrer au Québec par milliers dans les années 1970, à l’époque où nous étions ravis d’accueillir une immigration francophone. Après combien de générations est-ce qu’une personne peut commencer à se considérer québécoise?

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Je reconnais à cette formulation le mérite d’être honnête. La xénophobie est franchement assumée. Au Québec, on ne porte pas de voile. Vous portez un voile? Vous n’êtes pas Québécoise. Cette vision étriquée de la laïcité est littéralement la seule loi au Québec qu’on associe à ce point à notre identité. Le Québec est depuis longtemps plus restrictif que les autres provinces / états en matière de consommation de tabac ou de possession d’armes à feu, pour ne citer que ces deux exemples, mais on n’a jamais présenté ces distinctions comme des « valeurs québécoises ».

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
On aime se faire croire qu’il existerait au Québec une tradition laïque qui remonterait à la Révolution tranquille. Des histoires qu’on se raconte pour se donner bonne conscience. J’aime rappeler que la première controverse québécoise sur le voile islamique a éclaté en 1994, lorsqu’une élève a été exclue de l’école secondaire Louis-Riel parce qu’elle voulait porter son hidjab, ce qui était contraire aux normes vestimentaires de l’école. Pour l’anecdote, l’élève en question s’appelait Émilie Ouimet. Pour l’anecdote encore une fois, la jeune Émilie a notamment été défendue par le Congrès juif, dont le porte-parole a souligné que le port de la kippa n’a jamais été contesté dans les écoles publiques. Les Québécois s’accommodaient d’un symbole juif, mais un symbole musulman? Voilà qui dépassait les bornes.

Déjà à l’époque, Normand Baillargeon présentait le voile comme une « arme brandie par des intégristes contre l’école républicaine » (« Gérer des normes », Le Devoir, 20 septembre 1994, page B-1) et Christian Rioux le présentait comme un obstacle à l’intégration (« La France voilée », Le Devoir, 19 septembre 1994, p. B-1). L’ironie, c’est que l’école Louis-Riel appartenait à la Commission scolaire catholique de Montréal et dispensait des cours d’enseignement religieux comme toutes les autres écoles. Le Québec ne s’est jamais opposé aux manifestations religieuses dans les écoles avant que l’islam devienne visible dans l’espace public. Voilà à peine 17 ans que les cours d’enseignement catholique ont disparu du programme scolaire. Ce n’est pas ce que j’appelle une tradition. L’islamophobie est implantée au Québec depuis bien plus longtemps que la laïcité.

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Notre supposé attachement à l’égalité entre les hommes et les femmes est un autre pieux mensonge. On se le répète tel un mantra, comme si toutes les avancées de la condition féminine ne s’étaient pas faites au terme d’un long combat des féministes contre les hommes détenant le pouvoir. Même dans les mouvements de gauche, même dans les syndicats, les femmes ont toujours dû se battre pour convaincre leurs partenaires de lutte de s’intéresser à l’équité salariale ou au harcèlement sexuel. Les femmes ministres telles que Louise Harel et Monique Jérôme-Forget ont dû argumenter pendant des années avec leurs collègues pour obtenir la Loi sur l’Équité salariale en 1996. Aujourd’hui, on parle comme si les hommes québécois avaient toujours accompagné les femmes dans leur lutte pour l’égalité. Voulez-vous bien me dire contre qui les féministes se sont battues?

Le gouvernement qui lutte contre les éducatrices, les enseignants et les infirmières à chaque renouvellement de convention collective pour ne pas trop augmenter leurs salaires, qui refuse d’augmenter le financement des refuges pour femmes et qui a renoncé à construire des logements pour héberger les victimes de violence conjugale parce que ça coûte trop cher ne peut pas se prétendre féministe. Idem pour nos nationaleux qui ne s’intéressent à la condition féminine que lorsqu’il est question d’islam ou de transidentité. Là, c’est vrai, les hommes montent aux barricades.

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Quand j’entends cette phrase, je repense aux photos partagées par les ministres caquistes pendant le couvre-feu en 2021. Sous prétexte de nous montrer qu’on peut être heureux sans sortir, nos gouvernants étalaient leur luxueux milieu de vie. Les ministres caquistes et moi ne portons pas de signe religieux, mais ça ne signifie pas que nos modes de vie se ressemblent. Je n’ai pas un divan en cuir blanc dans une somptueuse véranda comme Jean-François Roberge, une cour assez grande pour pratiquer le « snowskate » comme François Legault ou un piano de neuf pieds dans un salon plus grand qu’un deux et demi comme André Lamontagne. Je ne me déplace dans une voiture de fonction avec chauffeur privé. Faut-il rappeler que ce gouvernement n’a rien fait pour contrôler l’explosion des loyers depuis 2018 et refuse de financer le transport en commun? Mon mode de vie ressemble probablement beaucoup plus à celui de l’éducatrice musulmane qu’à celui du ministre de la « Laïcité ».

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Qui a décidé ça et sur quelles bases? Les sondages? Après une campagne de peur contre l’islam menée depuis 20 ans par certains médias sensationnalistes, une armée de commentateurs et quatre ou cinq partis politiques, ce n’est pas étonnant que des mesures répressives contre cette religion en particulier soient appuyées par une majorité de gens qu’on interroge. Il n’y a rien de plus facile que d’appuyer une interdiction qui vise uniquement les autres. Demandez aux gens s’ils sont prêts à payer 5$ par semaine pour interdire le voile aux éducatrices. Vous verriez à quel point leur appui est moins fort que vous pensiez.

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Le seul but d’une telle phrase est de créer un « Nous » et un « Eux » (pour ne pas dire un « Elles »). On pointe du doigt, on fabrique un coupable, on stigmatise. Tout ça pour aller glaner des votes. Je suis bien conscient que ce n’est pas demain que nos politiciens vont cesser d’exploiter les préjugés contre les musulmans: c’est une stratégie rentable sur le plan électoral. Arrêtons au moins de nous faire croire que notre hostilité envers l’islam vient d’une tradition féministe ou laïque. Les seules traditions sur lesquelles reposent la loi 21 et la loi 9 sont la xénophobie et l’islamophobie.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • « C’est comme ça qu’on vit au Québec »
    « Parce que c’est comme ça qu’on vit au Québec, et c’est comme ça qu’on va continuer à vivre, ensemble! »Qui est ce « on » dont nous parle Jean-François Roberge? Visiblement, les femmes musulmanes portant un voile n’en font pas partie. Pourquoi donc? La première mosquée québécoise a été construite à Ville Saint-Laurent en 1965. Les Maghrébins ont commencé à migrer au Québec par milliers dans les années 1970, à l’époque où nous étions ravis d’accueillir une immigration francophone. Après combien
     

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »

1 décembre 2025 à 06:47

« Parce que c’est comme ça qu’on vit au Québec, et c’est comme ça qu’on va continuer à vivre, ensemble! »
Qui est ce « on » dont nous parle Jean-François Roberge? Visiblement, les femmes musulmanes portant un voile n’en font pas partie. Pourquoi donc? La première mosquée québécoise a été construite à Ville Saint-Laurent en 1965. Les Maghrébins ont commencé à migrer au Québec par milliers dans les années 1970, à l’époque où nous étions ravis d’accueillir une immigration francophone. Après combien de générations est-ce qu’une personne peut commencer à se considérer québécoise?

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Je reconnais à cette formulation le mérite d’être honnête. La xénophobie est franchement assumée. Au Québec, on ne porte pas de voile. Vous portez un voile? Vous n’êtes pas Québécoise. Cette vision étriquée de la laïcité est littéralement la seule loi au Québec qu’on associe à ce point à notre identité. Le Québec est depuis longtemps plus restrictif que les autres provinces / états en matière de consommation de tabac ou de possession d’armes à feu, pour ne citer que ces deux exemples, mais on n’a jamais présenté ces distinctions comme des « valeurs québécoises ».

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
On aime se faire croire qu’il existerait au Québec une tradition laïque qui remonterait à la Révolution tranquille. Des histoires qu’on se raconte pour se donner bonne conscience. J’aime rappeler que la première controverse québécoise sur le voile islamique a éclaté en 1994, lorsqu’une élève a été exclue de l’école secondaire Louis-Riel parce qu’elle voulait porter son hidjab, ce qui était contraire aux normes vestimentaires de l’école. Pour l’anecdote, l’élève en question s’appelait Émilie Ouimet. Pour l’anecdote encore une fois, la jeune Émilie a notamment été défendue par le Congrès juif, dont le porte-parole a souligné que le port de la kippa n’a jamais été contesté dans les écoles publiques. Les Québécois s’accommodaient d’un symbole juif, mais un symbole musulman? Voilà qui dépassait les bornes.

Déjà à l’époque, Normand Baillargeon présentait le voile comme une « arme brandie par des intégristes contre l’école républicaine » (« Gérer des normes », Le Devoir, 20 septembre 1994, page B-1) et Christian Rioux le présentait comme un obstacle à l’intégration (« La France voilée », Le Devoir, 19 septembre 1994, p. B-1). L’ironie, c’est que l’école Louis-Riel appartenait à la Commission scolaire catholique de Montréal et dispensait des cours d’enseignement religieux comme toutes les autres écoles. Le Québec ne s’est jamais opposé aux manifestations religieuses dans les écoles avant que l’islam devienne visible dans l’espace public. Voilà à peine 17 ans que les cours d’enseignement catholique ont disparu du programme scolaire. Ce n’est pas ce que j’appelle une tradition. L’islamophobie est implantée au Québec depuis bien plus longtemps que la laïcité.

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Notre supposé attachement à l’égalité entre les hommes et les femmes est un autre pieux mensonge. On se le répète tel un mantra, comme si toutes les avancées de la condition féminine ne s’étaient pas faites au terme d’un long combat des féministes contre les hommes détenant le pouvoir. Même dans les mouvements de gauche, même dans les syndicats, les femmes ont toujours dû se battre pour convaincre leurs partenaires de lutte de s’intéresser à l’équité salariale ou au harcèlement sexuel. Les femmes ministres telles que Louise Harel et Monique Jérôme-Forget ont dû argumenter pendant des années avec leurs collègues pour obtenir la Loi sur l’Équité salariale en 1996. Aujourd’hui, on parle comme si les hommes québécois avaient toujours accompagné les femmes dans leur lutte pour l’égalité. Voulez-vous bien me dire contre qui les féministes se sont battues?

Le gouvernement qui lutte contre les éducatrices, les enseignants et les infirmières à chaque renouvellement de convention collective pour ne pas trop augmenter leurs salaires, qui refuse d’augmenter le financement des refuges pour femmes et qui a renoncé à construire des logements pour héberger les victimes de violence conjugale parce que ça coûte trop cher ne peut pas se prétendre féministe. Idem pour nos nationaleux qui ne s’intéressent à la condition féminine que lorsqu’il est question d’islam ou de transidentité. Là, c’est vrai, les hommes montent aux barricades.

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Quand j’entends cette phrase, je repense aux photos partagées par les ministres caquistes pendant le couvre-feu en 2021. Sous prétexte de nous montrer qu’on peut être heureux sans sortir, nos gouvernants étalaient leur luxueux milieu de vie. Les ministres caquistes et moi ne portons pas de signe religieux, mais ça ne signifie pas que nos modes de vie se ressemblent. Je n’ai pas un divan en cuir blanc dans une somptueuse véranda comme Jean-François Roberge, une cour assez grande pour pratiquer le « snowskate » comme François Legault ou un piano de neuf pieds dans un salon plus grand qu’un deux et demi comme André Lamontagne. Je ne me déplace dans une voiture de fonction avec chauffeur privé. Faut-il rappeler que ce gouvernement n’a rien fait pour contrôler l’explosion des loyers depuis 2018 et refuse de financer le transport en commun? Mon mode de vie ressemble probablement beaucoup plus à celui de l’éducatrice musulmane qu’à celui du ministre de la « Laïcité ».

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Qui a décidé ça et sur quelles bases? Les sondages? Après une campagne de peur contre l’islam menée depuis 20 ans par certains médias sensationnalistes, une armée de commentateurs et quatre ou cinq partis politiques, ce n’est pas étonnant que des mesures répressives contre cette religion en particulier soient appuyées par une majorité de gens qu’on interroge. Il n’y a rien de plus facile que d’appuyer une interdiction qui vise uniquement les autres. Demandez aux gens s’ils sont prêts à payer 5$ par semaine pour interdire le voile aux éducatrices. Vous verriez à quel point leur appui est moins fort que vous pensiez.

« C’est comme ça qu’on vit au Québec »
Le seul but d’une telle phrase est de créer un « Nous » et un « Eux » (pour ne pas dire un « Elles »). On pointe du doigt, on fabrique un coupable, on stigmatise. Tout ça pour aller glaner des votes. Je suis bien conscient que ce n’est pas demain que nos politiciens vont cesser d’exploiter les préjugés contre les musulmans: c’est une stratégie rentable sur le plan électoral. Arrêtons au moins de nous faire croire que notre hostilité envers l’islam vient d’une tradition féministe ou laïque. Les seules traditions sur lesquelles reposent la loi 21 et la loi 9 sont la xénophobie et l’islamophobie.

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