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    J’ai habituellement le verbe facile et la plume aiguisée, mais la sidération qui m’habite m’embrouille l’esprit au point qu’il m’est vraiment pénible de trouver un sujet précis en peu de mots. Pour tenter de rester en vie et ne pas étouffer d’indignation dans mes combats du quotidien, j’ai pris l’habitude malgré moi d’entrer en mode action-réaction sur le terrain. Je fais quotidiennement violence à une marée mentale de rats fuyant la cale d’un bateau ivre et je tente de restreindre leur propagat
     

Que le sifflet ne soit pas la seule arme de la désobéissance civile

29 avril 2026 à 10:12

J’ai habituellement le verbe facile et la plume aiguisée, mais la sidération qui m’habite m’embrouille l’esprit au point qu’il m’est vraiment pénible de trouver un sujet précis en peu de mots. Pour tenter de rester en vie et ne pas étouffer d’indignation dans mes combats du quotidien, j’ai pris l’habitude malgré moi d’entrer en mode action-réaction sur le terrain. Je fais quotidiennement violence à une marée mentale de rats fuyant la cale d’un bateau ivre et je tente de restreindre leur propagation. Je lutte pour ne pas sombrer.

Je ne crois pas me tromper en affirmant que ce tourbillon ressenti habite plus d’une personne et qu’il est le symptôme du fait que nous nous sentons trop souvent impuissants.

Pour qui s’intéresse à la justice sociale et climatique, l’époque est pratiquement au stade d’alertes permanentes aux tsunamis qui lessivent ceux et celles qui veulent organiser le filet social pour protéger le vivant. On nous sert à tout vent des scénarios catastrophes sur fond de vérités déguisées en vendeur de poissons pas frais ou des propositions de paysages arc-en-ciel au goût amer d’écoblanchiment. Devant la montée de la légitime détresse et des débordements dont nous percevons à peine tous les rouages, des questions doivent se poser. Comment rester dans la bienveillance sans tomber dans la mièvrerie de la psycho-pop? Comment rester sur le pont et garder notre sang-froid sans se couper des affects ainsi que de la colère, cette force de levier nécessaire aux changements devant l’assaut des injustices? Comment prendre soin de soi et de nos proches en ne nous cachant pas dans une bulle de licornes nous poussant à mettre les voiles, siège du déni confortable qui met de l’avant des discours creux : « La vie est trop courte, soyons épicuriens » (sans vraiment respecter le sens profond de ce précepte qui voudrait que l’on savoure à son maximum ce que l’on a, que l’on développe ses talents dans une perspective de bien commun au lieu de s’adonner à des orgies de surconsommation)?

Cette pulsion de consommation est normalisée et fait malheureusement partie de nos vies. Elle vient d’un réflexe primaire de fuite vers l’avant que le marché exploite à son paroxysme, et nous y succombons tous, plus ou moins, selon la fatigue du moment. Car tout a été calculé pour nous y astreindre : la vitesse, l’isolement causé par la scission sociale dans cette course au  « confort individuel », la perte de liens, de sens au profit du matériel à grands coups de marge de crédit à rembourser, et la noyade dans une mer d’informations, le tout régi par les puissants tentacules du Kraken algorithmique qui alimente notre chambre d’écho et exacerbe hyperstimulation et émotivité, le tout cadrant dans un tableau catastrophe parfait.

Il n’est pas vain de rêver à une utopie : nous libérer du joug de ce qui semble une condamnation aux galères pour qui veut créer des communs hors de ce système nous cadençant comme des forçats au bagne; les écrans et leurs notifications permanentes aussi efficaces que garde-chiourmes pour nous faire avancer au rythme de fourmis frénétiques afin de combler l’angoisse et le vide qui nous frappent d’autant plus fort que l’on a réduit à peau de chagrin le choix des outils de travail et des moyens de communication hors ligne nous rendant (ainsi que nos gouvernants) totalement dépendants des GAFAM dont le monopole est mondialisé.

Pouvons-nous nous déposer un moment afin de réaliser que la promesse de croisière cinq étoiles vendue par la tech aurait pu être cet outil qui nous libère, si et seulement si les fins de cet enrôlement forcé n’étaient pas le contrôle et le profit exponentiel qui renforcent notre cloisonnement, notre vulnérabilité et notre dépendance au capital, faisant main basse sur nos ressources?

Ce système intempestif laisse peu de place à l’analyse qui se drape de leurres aux teintes des phares de l’ego de certains lanceurs d’alertes qui carburent aux « likes » et que nous continuons de suivre malgré un relent nauséabond de déception nous donnant la nausée dont certains veulent se détourner avec un dégoût naturel, ne sachant plus qui et quoi croire. Et c’est dans cette brèche que s’immisce insidieusement le fascisme dont les voiles se gonflent au gré du désespoir, du racisme dont le tonnage s’amplifie de haine et du classicisme scandé en chants de sirènes des discours populistes laissant croire que dans l’uniformité et la conformité il y aura des gagnants.

La seule façon de colmater les fissures de nos embarcations respectives dans un contexte de lois violentes contre le peuple émanant d’amiraux-despotes corrompus sera l’amour!

Le « je me souviens » doit nous rappeler qu’à une loi injuste, un homme a non seulement le droit de désobéir, mais il en a le devoir (Martin Luther King Jr).

Soyons les albatros annonçant un port d’accueil après la fatigue du voyage quotidien afin de nous insuffler le courage de l’autonomie et davantage de résilience dans les communs.

N’attendons pas d’être au creux de la vague et d’avoir à user de nos sifflets pour agir!

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