Vue normale

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • L’indépendance, vraiment?
    La lutte des classes s’est jouée après le dernier référendum au Québec. Quand Parizeau est parti et que Lucien Bouchard l’a remplacé, j’étais militant souverainiste à Jonquière en pleine plaque tectonique. J’ai dit dans mon discours de candidature à la présidence du comité de comté du PQ qu’il fallait bloquer le vent de droite qui soufflait sur le monde. Je l’ai dit devant Lucien Bouchard. J’ai pas été élu. Et j’ai quitté ce parti illico. C’est à ce moment que le projet d’indépendance tel qu’
     

L’indépendance, vraiment?

8 mai 2026 à 12:20

La lutte des classes s’est jouée après le dernier référendum au Québec. Quand Parizeau est parti et que Lucien Bouchard l’a remplacé, j’étais militant souverainiste à Jonquière en pleine plaque tectonique. J’ai dit dans mon discours de candidature à la présidence du comité de comté du PQ qu’il fallait bloquer le vent de droite qui soufflait sur le monde. Je l’ai dit devant Lucien Bouchard. J’ai pas été élu. Et j’ai quitté ce parti illico.

C’est à ce moment que le projet d’indépendance tel qu’on l’a connu, social démocrate et civique, est mort. Pour le militant en moi en tout cas. Ensuite, il y a eu le néolibéralisme, le déficit zéro, la globalisation des marchés, les crises financières, l’austérité, les bulles spéculatives qui explosent et la concentration de la richesse à la barre du paroxysme. Et aujourd’hui, le fascisme.

Et des politiciens peu scrupuleux ont utilisé les enjeux identitaires pour diviser la classe ouvrière selon des clivages qui nous nuisent tous les jours. Et qui nous font oublier que, pour constituer une nation, il ne faut laisser personne en arrière. Sans justice, pas de véritable indépendance.

Les Cowboys Fringants avait un couplet éloquent pour le dire dans la chanson « Lettre à Lévesque » :

« Pour c’qui est d’la souverain’té

On peut pas dire que c’est la fièvre

Le projet s’est mal renouvelé

Et on en parle du bout des lèvres

Mais quoiqu’à voir les extrêmistes

Qui se réclament patriotes

Avec leur discours passéiste

J’me dis qu’on est loin du jackpot

Si on regarde ça René

Les enjeux ont bien changé

Et les jeunes se conscientisent

Faudrait écouter ce qu’ils disent

Et que pour bâtir un pays

Faudrait pas oublier d’inclure

Les citoyens des autres ethnies

Et leur culture »

Ce nationalisme civique n’est plus le projet porté par le PQ. D’une coalition arc-en-ciel jusqu’au référendum, le tout s’est démobilisé, et les solidarités ont été détruites entre les tendances.

Les derniers Jedi avaient tous quitté le parti (Marois, Drainville, Cloutier, jusqu’à Sylvain Gaudreault, qui a été l’un des derniers boy-scouts).

Il ne restait que Pascal Bérubé.

Le regain?

Le retour du PQ après la torchée électorale tient aux circonstances. Un opportuniste a été favorisé par un acte disgracieux mais vraiment pas criminel dans sa circonscription, acte qui a écarté la candidate solidaire qui autrement aurait facilement gagné, ce qui a permis au petit homme fâché de l’emporter. Et il s’est construit un tout nouveau parti qui semble profiter du soutien indéfectible de la ligue du vieux poêle qui constitue une armée électorale redoutable. Les jeunes, que les vieux nationalistes les appellent.

On se croirait en pleine trilogie Star Wars. C’est leur dernier espoir.

Un parti clone de la CAQ (leurs électeurs sont interchangeables) a ensuite profité de l’effondrement du gouvernement usé de mononcle Legault pour trôner au sommet des sondages.

Son projet est de construire une nation québécoise inféodée aux États-Unis plutôt qu’au Canada. Une nation qui adopte des politiques en fonction de cette relation. Il propose de troquer le colonialisme britannique pour l’impérialisme américain. La souveraineté n’est dès lors qu’une vue de l’esprit.

Mais la majorité des électeurs semblent s’en foutre et souhaitent lui donner sa chance pour gouverner. En se bouchant les oreilles quand il parle de référendum et de pays.

Voilà la recette du succès du petit homme fâché.

❌