Carvalho doit s’en aller!
De toute évidence les mobilisations citoyennes exemplaires à Pohénégamook comme aux Trois-Pistoles auront porté leurs fruits. Le projet du CISSS du Bas-Saint-Laurent de fermer les deux urgences les soirs et la fin de semaine a été mis sur la voie de garage pour l’instant. Bien lire ici qu’il s’agit de la fin d’une bataille, mais pas celle d’une véritable guerre pour défendre nos soins de proximité en périphérie.
Fallait voir l’air patibulaire du directeur général qui devait pour une 3e fois changer son discours de bord en bord devant des médias médusés. Après avoir raconté des peurs imaginaires sur des bris de services pour tenter de justifier les compressions budgétaires, après avoir affirmé que ce n’était pas des coupes, mais des réaménagements justifiés par l’impossibilité de maintenir le statu quo, le doc Carvalho a finalement trouvé ce même statu quo comme solution à la crise qu’il a lui-même causée.
Je vois très mal comment le docteur Carvalho peut rester encore plus longtemps à la tête du CISSS du Bas-Saint-Laurent. D’aucuns diraient qu’il est brûlé. Il va nous falloir du sang neuf, de la crédibilité et surtout de l’engagement. Les comités citoyens lui tendent des perches à la suite de son appel à la mobilisation, mais leurs demandes restent hélas lettres mortes.
Il faut aussi saluer la mobilisation qui se lève du côté du Kamouraska et de Mont-Joli, toujours sur les enjeux de soins de proximité. Les régions périphériques ont été laissées de côté par la centralisation de l’administration de la santé et par la quasi-privatisation de sa gestion. Il ne faudrait pas laisser les politiciens menacer ainsi nos soins de santé les plus précieux, incapables de défendre nos intérêts dans cette machine centralisée loin des soins et des soignants.
Les régions périphériques ne peuvent plus être à la remorque des partis politiques, des promesses de politiciens et de leur incapacité maintes fois démontrée à nous représenter dans l’exercice décisionnel à Québec comme à Ottawa.
Il faut établir une liste de revendications claires et atteignables sur les enjeux qui nous concernent comme nos soins de santé et nos infrastructures publiques. Il faut que les communautés territoriales entrent en négociation avec l’État centralisé pour s’assurer que les intérêts des populations soient entendus et respectés partout sur le territoire du Québec.
Yes we scan!
Les soins de santé en milieu périphérique ou rural revêtent leurs particularités propres et on semble en faire abstraction dans les cercles de décideurs.
Cela mérite d’être réfléchi sous des lunettes diverses : scientifiques, communautaires et citoyennes, et j’ai justement eu la chance d’assister à la représentation d’Urgences rurales 360 qui propose une réflexion documentaire sous forme de médiation culturelle qui intègre les arts du cirque. On a confié l’aspect artistique de cette démarche, qu’on pourrait qualifier de recherche-action, à la troupe Les 7 doigts de la main appuyée de l’École nationale de cirque.
Le chercheur et médecin d’urgence originaire de Charlevoix, Richard Fleet, est le maestro derrière cette démarche. Les représentations accompagnées de discussions sont offertes dans toutes les communautés en périphérie des grands centres. Le 3 avril dernier, nous étions une trentaine de citoyens des Basques en délégation à bord d’un autobus jaune pour nous rendre à la représentation au Théâtre du Bic.
La démarche, en plus d’offrir un état des lieux de la situation de nos urgences rurales, fait émerger des pistes de solutions pour changer concrètement les choses, ce qui implique entre autres la participation citoyenne et la décentralisation des lieux décisionnels.
Pour améliorer un bilan selon lequel une personne qui habite en ruralité a trois fois plus de chance de mourir de sa condition qu’une personne en milieu urbain, les menaces de fermeture des urgences de Pohénégamook et de Trois-Pistoles apparaissent encore plus anachroniques et déconnectées des besoins de la population.
Au lieu de ces menaces, j’aimerais voir le docteur Carvalho expliquer comment nous pouvons ajouter du matériel de diagnostic comme des scans pour appuyer le travail dans nos urgences en région et pour sauver plus de vies. Yes we scan!
Apprenez-en plus sur Urgences rurales 360 :https://www.medecineurgence.ca/ur360