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  • Le Québec sur la voie de l’autoritarisme
    Pour la majorité de la classe politique québécoise, les droits individuels semblent devenus un obstacle à contourner ou à supprimer. C’est ce que laisse croire la réaction des chefs des partis politiques québécois à la décision de la Cour suprême concernant l’accès des demandeurs d’asile aux services de garde. De manière de plus en plus décomplexée, les élus condamnent les contre-pouvoirs au nom de la démocratie. Se jugeant les seuls représentants légitimes du peuple, les politiciens considèr
     

Le Québec sur la voie de l’autoritarisme

10 mars 2026 à 06:50

Pour la majorité de la classe politique québécoise, les droits individuels semblent devenus un obstacle à contourner ou à supprimer. C’est ce que laisse croire la réaction des chefs des partis politiques québécois à la décision de la Cour suprême concernant l’accès des demandeurs d’asile aux services de garde.

De manière de plus en plus décomplexée, les élus condamnent les contre-pouvoirs au nom de la démocratie. Se jugeant les seuls représentants légitimes du peuple, les politiciens considèrent que nul ne devrait pouvoir contester leurs décisions.

Paul St-Pierre Plamondon reproche à la Cour suprême « d’empiéter sur le droit des Parlements, comme l’Assemblée nationale, de prendre leur décision sur une base démocratique ». La Cour suprême est ici seule visée, mais rappelons qu’elle n’a fait que confirmer les jugements de la Cour supérieure du Québec et de la Cour d’appel du Québec. Bernard Drainville, Christine Fréchette et Charles Milliard n’attaquent pas les tribunaux de manière aussi frontale, mais ils ouvrent tous trois la porte à l’utilisation de la clause dérogatoire. Nous ferions bien de commencer à nous inquiéter de ce nouvel automatisme. Il n’est pas normal que nos politiciens considèrent le respect des droits fondamentaux comme facultatif.

La CAQ et le PQ ont manifesté leur penchant pour l’autoritarisme en 2019, lorsqu’ils ont amendé à majorité simple la Charte québécoise des droits et libertés afin d’éviter qu’elle puisse être utilisée pour contester la loi 21. Adoptée à l’unanimité en 1975, la Charte québécoise avait toujours été amendée à l’unanimité. Toujours pour ajouter des droits, jamais pour en retirer.

Dès son arrivée en 2018, la CAQ s’est attaquée aux contre-pouvoirs. Réforme de la Régie de l’énergie pour laisser le champ libre à Hydro-Québec et au gouvernement en matière d’électricité. Abolition du Conseil de gestion du Fonds vert pour en faire un fonds discrétionnaire. Abolition des commissions scolaires. Gouvernance par décrets pendant la pandémie. Lois antisyndicales. Puis, finalement, la « constitution québécoise ».

Les constitutions existent pour limiter les pouvoirs des gouvernements. Le projet de constitution de Simon Jolin-Barrette a ceci de particulier qu’elle vise plutôt à protéger le gouvernement contre les recours citoyens. Faire en sorte que contester les lois du gouvernement soit plus difficilement accessible, voire impossible.

Du côté du Parti québécois, plusieurs déclarations témoignent du mépris pour les contre-pouvoirs juridiques. En colère contre une décision de la Cour d’appel du Québec concernant le redécoupage de la carte électorale, Paul St-Pierre Plamondon dénonçait un recul de la démocratie le 2 décembre 2025: « Parce que la démocratie, c’est l’expression de la volonté populaire à travers des élus qui vont vers le peuple et qui disent : Nous, on pense ça. Ensuite, exercez votre droit de vote. » Le député Pascal Paradis tenait le même discours le 10 février 2026. Les députés étant « l’expression de la démocratie, élus par la volonté du peuple québécois », les juges ne doivent pas avoir le dernier mot.

Encore hier, Plamondon se plaignait des juges qui « souhaitent de plus en plus décidér à la place des parlements, en ne considérant absolument pas les aspects financiers, économiques et sociaux des politiques publiques qu’ils imposent. » Il est pourtant normal que les juges ne tiennent pas compte des « aspects financiers, économiques et sociaux ». Les droits fondamentaux doivent être respectés en toutes circonstances. Pas uniquement lorsque le gouvernement affiche des surplus ou lorsque les sondages sont d’accord.

La démocratie ne se limite pas à choisir les gens à qui on accorde les pleins pouvoirs pour quatre ans. D’abord parce que rien ne contraint nos élus à respecter leurs engagements. Ensuite parce qu’un parlement disposant d’un pouvoir sans limite n’est pas une démocratie, mais un despotisme électif. Avoir la possibilité de choisir un tyran ne fait pas un régime démocratique. Une démocratie comporte forcément des contre-pouvoirs. Il n’existe pas au Canada de séparation entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Si on refuse en plus le pouvoir judiciaire, la population se retrouve complètement impuissante face à son gouvernement.

Quand Paul St-Pierre Plamondon nous dit que la décision de la Cour suprême « est un argument de plus pour l’indépendance », il nous dit qu’il veut créer un pays où le gouvernement pourra à loisir brimer les droits fondamentaux sans être rappelé à l’ordre par un contre-pouvoir. Les caquistes, les libéraux et les conservateurs veulent rester au Canada, mais ne veulent pas en suivre les règles. Les droits fondamentaux sont désormais considérés comme un luxe qu’on peut décider de brimer au besoin si on considère que ça aide à boucler le budget ou à engranger des votes.

Et non, ce n’est pas une défense du Canada. Pierre Poilievre serait enchanté de pouvoir harnacher la Cour suprême. Il l’a déclaré franchement. Mark Carney est moins catégorique, mais son bilan législatif jusqu’ici ne témoigne pas d’un grand intérêt pour les contre-pouvoirs. Sa loi sur les projets spéciaux ouvre grand la porte aux abus du gouvernement. En fait, la tentation autoritaire est observable dans la plupart des pays occidentaux.

Encore une fois, il n’est pas question ici de la légitimité de la Cour suprême du Canada. La question est de savoir si une instance peut invalider une loi lorsque celle-ci brime les droits fondamentaux. Si la réponse est non, cela signifie qu’il n’existe plus de limite au pouvoir des gouvernements. Nous devrions tous nous en inquiéter.

Et qu’on ne me parle pas de l’illégitimité de la Charte canadienne. La discrimination fondée sur le statut migratoire ou la condition sociale est interdite par la Charte québécoise des droits et libertés. Et faut-il rappeler que la Charte québécoise a été adoptée AVANT la Charte canadienne? Et adoptée à l’unanimité. C’était à l’époque où le Parti libéral du Québec et le Parti québécois s’intéressaient encore aux libertés individuelles.

Nous avons toutes les raisons de nous inquiéter de la dérive autoritaire vers laquelle tendent quatre des cinq principaux partis. Personne n’a intérêt à voir se construire un État tout puissant contre lequel ne peut plus nous protéger aucun contre-pouvoir. Aujourd’hui, les victimes sont des demandeurs d’asile. Demain, ce seront des syndiqués à qui le gouvernement veut empêcher de faire la grève, des municipalités qui veulent protéger leur territoire, des citoyens à qui on interdit d’émettre certaines opinions publiquement…

Ce ne sont pas les demandeurs d’asile, ni les immigrants de manière générale qui nous menacent présentement. Ce sont les politiciens qui les pointent du doigt pour nous faire oublier leur propre responsabilité et celle du système économique qu’ils défendent.

Limiter les pouvoirs du gouvernement nous semble peut-être inutile lorsque celui-ci prend des décisions qui nous conviennent. Souvenons-nous qu’un gouvernement n’est pas éternel et que le prochain, que nous apprécierons peut-être moins, sera autant libre d’ignorer nos droits.

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  • Le Bloc québécois et l’aliénation parentale
    Pour des raisons qui m’échappent complètement, le Bloc québécois se prépare à saboter une réforme visant à protéger des femmes de la violence conjugale et prévenir des infanticides. La Loi modifiant la Loi sur le divorce (projet de loi C-223) vise à protéger les enfants et les familles de la violence familiale et de l’abus post-séparation. Une des mesures les plus importantes, également la plus contestée, est de mettre fin aux accusations d’aliénation parentale employées pour discréditer les
     

Le Bloc québécois et l’aliénation parentale

8 février 2026 à 08:33

Pour des raisons qui m’échappent complètement, le Bloc québécois se prépare à saboter une réforme visant à protéger des femmes de la violence conjugale et prévenir des infanticides.

La Loi modifiant la Loi sur le divorce (projet de loi C-223) vise à protéger les enfants et les familles de la violence familiale et de l’abus post-séparation. Une des mesures les plus importantes, également la plus contestée, est de mettre fin aux accusations d’aliénation parentale employées pour discréditer les mères et les enfants qui dénoncent la violence familiale.

Campagne sur l’aliénation parentale de l’Association nationale Femmes et droit
https://nawl.ca/fr/alienation-parentale/

En gros: La mère porte plainte contre le père pour violence conjugale. En guise de représailles, le père allègue l’aliénation parentale. Résultat: l’enfant est enlevé à sa mère et confié à son père violent. Dans les cas les plus extrêmes, cela conduit à une vie infernale pour l’enfant, voire à sa mort. Le cas de la « fillette de Granby » en est un exemple récent. Le père avait porté plainte pour aliénation parentale contre la grand-mère qui avait dénoncé sa violence. L’enfant a été placée sous la garde du père. Elle en est morte.

Le projet de loi C-223 vise à prévenir ces situations. En gros, il s’agit de faire passer l’intérêt de l’enfant avant celui des parents. Sa sécurité ne pourrait plus être compromise pour forcer la « réconciliation ». Son opinion ne pourrait plus être discréditée sous prétexte qu’il a été « manipulé » ou « aliéné ».

Précisons: les comportements dénigrants existent. C-223 ne va pas empêcher les tribunaux d’en tenir compte, s’ils affectent l’enfant. Plutôt, la nouvelle loi empêchera les tribunaux d’assigner aux enfants une maladie mentale lorsqu’ils craignent leur père. Il s’assure que les tribunaux évaluent l’intérêt de l’enfant dans son ensemble, en tenant compte de ses désirs et opinions, sans pathologiser sa peur ou ses dénonciations de violence familiale.

Les mères sont deux fois plus susceptibles que les pères d’être accusés d’aliénation parentale. Au Québec, elles sont ciblées dans 68% des cas. Chercher à protéger son enfant d’un conjoint violent est souvent présenté en cour comme un comportement « aliénant ». Bref, c’est un moyen efficace pour un père violent de discréditer sa conjointe et son enfant. Bourreau dans les faits, il devient la victime sur papier. Sous prétexte de favoriser la bonne relation de l’enfant avec son père, la cour met la mère et son enfant en danger. Certains avocats recommandent même à leurs clientes de ne pas dénoncer la violence conjugale afin d’éviter les accusations d’aliénation parentale.

Ce n’est pas un phénomène exclusif au Québec ou au Canada. La Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la violence contre les femmes et les filles a soulevé le danger de l’invocation de l’aliénation parentale à l’été 2023.

Et le Bloc québécois dans tout ça?
Le comité permanent de la justice et des droits de la personne, qui étudie le projet de loi, est composé de dix membres (dont huit hommes). Cinq du Parti libéral (dont les deux femmes), quatre du Parti conservateur et un du Bloc québécois. Pour obtenir la majorité (le président libéral ne vote pas), le comité doit obligatoirement obtenir l’appui des conservateurs ou du bloquiste. Les conservateurs n’ont pas de position tranchée. Le Bloc québécois est le principal adversaire de C-223.

Gabriel Ste-Marie, député bloquiste de Joliette depuis 2015

Parmi les critiques du projet de loi, on retrouve Gabriel Ste-Marie, député bloquiste de Joliette, et Andréanne Larouche, députée bloquiste de Shefford. Les deux contestent le projet de loi en citant des références douteuses. Notamment, le Parental Alienation Study Group, un lobby qui a tenté de faire inscrire l’aliénation parentale au DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), sans succès. Pire encore, le Dr Hubert Van Gijseghem, « expert psycholégal » s’opposant à la criminalisation de la possession de pornographie infantile et qui a souvent remis en question la véracité des accusations de violence conjugale et d’abus sexuel dans les causes de divorce.

Gabriel Ste-Marie a affirmé que les fausses accusations d’aliénation parentale seraient un « phénomène marginal » et rejette l’idée qu’elles affectent les femmes de façon disproportionnée. Il a prononcé ces mots le 28 janvier 2026: « Soyons clairs: l’aliénation parentale, un phénomène observable et pouvant être mesuré par la médecine et utilisé par la majorité des avocats en droit familial, n’est pas abstrait et ne peut pas être retiré sous le prétexte qu’il ne correspond plus aux conclusions de quelques chercheurs ayant des avis divergents à son sujet. »

Plus de 250 organisations féministes demandent l’interdiction des accusations d’aliénation parentale. Au Québec, une centaine d’organismes (dont de nombreuses maisons d’hébergement) confirment que le phénomène est extrêmement commun. Si M. Ste-Marie considère que les « quelques chercheurs » (et chercheuses) n’ont pas de crédibilité, peut-être devrait-il au moins écouter les intervenantes qui semblent assez unanimes sur le sujet.

Je ne crois pas que ce soit une question électoraliste. Cet enjeu n’a guère retenu l’attention médiatique jusqu’ici et je ne crois pas que le Bloc s’attende à gagner des points dans les sondages avec ce dossier. Ce n’est pas non plus un enjeu « Québec VS Canada ». À aucun moment les bloquistes n’ont invoqué la particularité québécoise pour s’opposer à ce projet de loi. Alors pour quelle raison est-ce que le Bloc se montre hostile à cette réforme?

Si votre circonscription est représentée par le Bloc québécois, je vous encourage à écrire à votre député.e afin de l’encourager à appuyer C-223. Il en va de la sécurité des femmes et des enfants. Faisons tout ce qu’on peut pour empêcher qu’il y ait une deuxième « fillette de Granby ».

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  • Panique halal
    Avec tout ce qui se dit et s’écrit sur la viande halal depuis l’automne dernier, j’ai l’impression que nous sommes de retour en 2006 avec des gens qui se scandalisent pour un rien et certains médias qui prennent plaisir à en rajouter. L’anthropologue française Florence Bergeaud-Blackler a été présentée comme une experte par le Journal de Montréal alors qu’elle admet n’avoir aucune preuve pour appuyer ses dires (que la viande halal serait plus susceptible de provoquer des empoisonnements alime
     

Panique halal

19 janvier 2026 à 06:14

Avec tout ce qui se dit et s’écrit sur la viande halal depuis l’automne dernier, j’ai l’impression que nous sommes de retour en 2006 avec des gens qui se scandalisent pour un rien et certains médias qui prennent plaisir à en rajouter.

L’anthropologue française Florence Bergeaud-Blackler a été présentée comme une experte par le Journal de Montréal alors qu’elle admet n’avoir aucune preuve pour appuyer ses dires (que la viande halal serait plus susceptible de provoquer des empoisonnements alimentaires). Benoît Dutrizac s’est scandalisé qu’une école du Nouveau-Brunswick serve des sandwichs au jambon de dinde plutôt que des sandwichs au jambon de porc. « C’est la fin de la civilisation », a-t-il déclaré sans rire. Un père a porté plainte auprès de la garderie de son enfant parce qu’elle s’approvisionne dans une boucherie halal. De l’autre côté de l’océan, Mathieu Bock-Côté bougonne parce que PFK (une franchise qu’il fréquente régulièrement, j’en suis certain) servira bientôt du poulet halal. La semaine dernière, une dame a publié une lettre ouverte dans le JdeM pour dire qu’elle ne voulait pas manger halal « à son insu ».

Finalement, le Bloc québécois s’est trouvé un nouvel os à gruger: le gouvernement du Canada accorde une subvention de 40 millions sur 4 ans pour faciliter la production de viande halal et casher.

« Ce n’est pas à moi de payer »
C’est triste de voir le Bloc récupérer les vieux slogans d’Éric Duhaime et de Radio X. « Les citoyens de l’entièreté du Canada payent pour que des abattoirs s’assujettissent aux règles religieuses des uns et des autres. Ça n’a pas de bon sens. » dit Yves-François Blanchet.

Mettons quelque chose au clair: La subvention ne va pas servir à transformer des abattoirs « laïques » en abattoirs halal ou casher. Elle va servir à moderniser les abattoirs halal et casher qui existent déjà. Présentement, beaucoup de viande halal et casher est importée. En améliorant les abattoirs, elle pourra être produite au Canada. D’un point de vue économique et national, encourager la production locale d’un produit importé, c’est ce qu’on appelle « le gros bon sens ». Et précisons que la subvention ne pourra pas être utilisée pour payer les rites religieux ou le recours aux autorités religieuses. Donc, non, nos impôts ne vont pas servir à nous imposer de la viande halal, encore moins à financer quelque mystérieux lobby religieux.

Tout ça, M. Blanchet le sait. Mais pourquoi s’abstenir de désinformer, d’encourager les préjugés et d’exciter les haines si ça peut nous permettre d’engranger une poignée de votes?

Finalement, 40 millions sur 4 ans, ça fait toujours bien juste 0.25$ par Canadien par année. Que M. Blanchet me donne son adresse courriel et je vais lui faire un virement. Problème réglé. « Ce n’est pas à moi de payer. » Je préfèrerais ne pas avoir à payer le salaire de M. Blanchet avec mes impôts, mais j’en prends mon parti parce que je comprends que la démocratie, ce n’est pas un menu à la carte. Tôt ou tard, nous payons tous pour des services qui ne nous bénéficient pas personnellement.

« Je ne veux pas manger halal à mon insu. »
L’immense majorité d’entre nous mangeons casher à notre insu. Je vous mets au défi d’arrêter de consommer des aliments halal et casher: vous allez vite vous rendre compte que le jeu n’en vaut pas la chandelle.

Voici une liste non-exhaustive de marques dont les aliments sont certifiés casher:

  • Chocolats favoris
  • Coca-Cola et ses filiales
  • Costco
  • Kellogg’s et ses filiales
  • Kraft et ses filiales (Heinz, Philadelphia, Cadbury, Maxwell House…)
  • Nestlé et ses filiales
  • Saputo

Je précise, juste au cas, que je ne boycotte ni les marques halal, ni les marques casher. Je consomme les deux et ça ne change rien à ma vie de catholique non pratiquant.

Pour être certain de ne pas manger de la viande halal ou casher, la solution la plus simple serait de consommer exclusivement de la viande de porc. Les porcs ne subissent jamais un abattage rituel.

« C’est aux immigrants à s’adapter à nos coutumes. »
Cette discussion devrait s’abstenir d’employer un langage de « nous » (les Québécois) contre « eux » (les gens qui viennent d’ailleurs). Les Juifs ont commencé à migrer en grand nombre au Québec à la fin du 19e siècle. L’immigration musulmane importante a quant à elle commencé dans les années 1970. Après combien de générations est-ce qu’on arrête d’être un immigrant et d’avoir une dette de reconnaissance envers la « société d’accueil »?

Dans tous les cas, essayez de goûter à la viande halal et vous réaliserez qu’elle a exactement le même goût que la viande « laïque ». On aura rarement vu une « adaptation » aussi facile.

« Oui mais l’abattage halal fait souffrir les animaux. »
J’admire votre empathie pour les animaux qu’on tue pour les mettre dans notre assiette alors qu’on pourrait consommer d’autres sources de protéines.

Pour votre culture personnelle: l’abattage casher est beaucoup plus susceptible de faire souffrir l’animal que l’abattage halal. La viande casher exige que l’animal soit abattu sans être étourdi alors que la viande halal permet l’étourdissement après l’incision.

Cela dit, si vous vous préoccupez réellement de la souffrance animale, vous devriez logiquement arrêter de consommer de la viande. Point. « Oui mais l’abattage halal ajoute des souffrances inutiles! » Il n’existe pas de « souffrance utile ». Allez visiter un élevage industriel et revenez me dire si les porcs ont l’air heureux. Et même s’ils l’étaient, pour citer mon humoriste québécois favori: « Mourir, c’est pas le fun. » Finalement, dites-vous qu’aucune méthode d’étourdissement est infaillible. Il se peut très bien que l’étourdissement du boeuf de votre burger laïque ait échoué et qu’il ait souffert le martyr.

De mon point de vue, un mangeur de bacon industriel qui juge l’abattage halal, c’est comme un v10leur en série qui juge un péd0ph1le. C’est difficile de prendre son objection morale au sérieux.

« Il y a des enjeux de salubrité… »
Le fait qu’un abattoir soit halal ne l’exempte pas des normes d’hygiène et de salubrité, ni au Québec, ni au Canada. Ce n’est pas vrai que l’exemption religieuse permet qu’on risque de nous servir de la viande contaminée. L’abattage halal se fait en présence de l’inspecteur du MAPAQ, tout comme l’abattage « laïque ». Après, il est permis de ne pas faire confiance aux inspecteurs du gouvernement, mais c’est un débat qui dépasse l’abattage rituel.

Peu importe le reproche adressé à l’élevage halal, on peut l’adresser à d’autres. Si on vise exclusivement le halal, ce n’est ni l’empathie pour les animaux, ni la liberté de conscience, ni les enjeux de santé qui nous motivent. Ce qui nous dérange, c’est une religion précise. Toujours la même.

Que des imbécilités circulent sur les réseaux sociaux ou dans le Journal de montréal ne m’étonnent pas. Mais je suis toujours déçu de voir le Bloc et son chef qui soufflent sur les braises de l’intolérance. On aimerait que nos représentants se tiennent au-dessus de la mêlée, mais ils semblent déterminés à nous entraîner toujours un peu plus vers le bas.

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  • La trumpisation du Bloc québécois?
    Cette entrevue d’Yves-François Blanchet est terrifiante. Je comprends que le message principal est que la menace américaine ne devrait pas empêcher le Québec de devenir un pays. Mais l’effort démesuré pour démoniser le Canada semble conduire ici à ignorer un danger bien réel. Soyons clair: Je n’ai pas voté pour le Parti libéral du Canada. Je voterais encore moins pour lui aujourd’hui. Mais ce n’est pas une raison pour minimiser les dérives dans lesquelles Donald Trump nous entraîne. Blanchet
     

La trumpisation du Bloc québécois?

30 décembre 2025 à 12:45

Cette entrevue d’Yves-François Blanchet est terrifiante. Je comprends que le message principal est que la menace américaine ne devrait pas empêcher le Québec de devenir un pays. Mais l’effort démesuré pour démoniser le Canada semble conduire ici à ignorer un danger bien réel.

Soyons clair: Je n’ai pas voté pour le Parti libéral du Canada. Je voterais encore moins pour lui aujourd’hui. Mais ce n’est pas une raison pour minimiser les dérives dans lesquelles Donald Trump nous entraîne. Blanchet lui-même semble vouloir y participer.

Commençons par ce discours sur les immigrants qui n’est pas sans rappeler la déclaration odieuse de Jean Boulet lors des élections de 2022:
« Est-ce que le Québec peut continuer en étant ce qu’il est à accueillir et à échouer l’accueil d’immigrants qui n’apprendront pas le français, qui vont ghettoïser Montréal, qui vont séparer Montréal des régions du Québec, qui vont faire en sorte qu’on accueille les gens dans quelque chose qui n’est plus nous-mêmes ? Si on ne réussit pas à intégrer les gens en français avec nos valeurs fondamentales, évidemment on nuit à notre propre avenir. »

Les immigrants n’apprendront pas le français? Il faudrait peut-être rappeler à Blanchet que c’est le gouvernement du Québec, pas celui d’Ottawa, qui a coupé dans les classes de francisation.

Les immigrants vont ghettoïser Montréal? Ce n’est pas l’afflux d’immigrants qui est responsable des ghettos. C’est ce racisme systémique que Blanchet et son parti refusent de reconnaître. Quand les personnes issues de la diversité sont victimes de discrimination au logement ou à l’emploi, elles se rassemblent entre elles parce que c’est littéralement leur seul moyen de survivre. Il existe des moyens de lutter contre ce phénomène, mais Blanchet les refuse parce que parler de racisme, c’est mauvais pour notre égo national.

Séparer Montréal des régions? Quelque chose qui n’est plus nous-mêmes? Je ne sais pas de quoi il parle, mais j’ai l’impression que ce n’est pas la présence de pistes cyclables qui fait que Montréal n’est plus « nous-mêmes » aux yeux du chef du Bloc. À chaque élection fédérale, des déclarations islamophobes de candidats bloquistes refont surface. Aux dernières élections, on a appris que certains députés fréquentaient carrément des groupes identitaires d’extrême droite en ligne. Rappelons qu’une des députées actuelles du Bloc s’est déjà fait remarquer en faisant l’éloge de Marine Le Pen. Le chef du Bloc devrait prendre soin de peser ses mots lorsqu’il parle d’identité et d’immigration.

Finalement, quelles sont ces valeurs fondamentales québécoises que les immigrants ne partageraient pas? Selon Blanchet, l’immigration nuit à la « société égalitaire, laïque et francophone ». Si les droits des femmes importent vraiment au chef du Bloc, il ferait bien de se rappeler que l’avortement est légal au Canada et criminel dans 12 états américains. Ce ne sont pas les immigrants qui menacent les droits des femmes au Québec. La plupart des influenceurs masculinistes ont la peau blanche et un nom bien canadien-français. Quant à la laïcité, je pense qu’on peut s’entendre que les États-Unis sont probablement le pays occidental où la séparation entre l’Église et l’État est la plus floue, à part peut-être le Vatican. Les chrétiens évangéliques conservateurs ont bien prouvé qu’ils sont plus dangereux pour la laïcité que les immigrants musulmans.

Blanchet dit ne pas croire que Trump ait réellement des visées expansionnistes au Canada. S’agit-il d’aveuglement volontaire? Ou Blanchet ne suit simplement pas l’actualité internationale? Au Honduras, Trump a littéralement acheté l’élection présidentielle de Nasfy Asfura, le candidat chrétien conservateur, en menaçant les électeurs de couper tout soutien financier à leur pays s’ils osaient voter autrement. Il a fait de même avec les élections législatives en Argentine. Qu’est-ce qui nous fait croire que Trump respecterait davantage l’indépendance d’un Québec pays?

Au-delà de l’ingérence électorale, il y a l’attaque frontale. Sous prétexte de lutter contre le trafic de drogue, Trump viole ouvertement le droit international en traitant le Vénézuéla comme un état terroriste. Les frappes des pirates américains (qui se font appeler United States Navy) ont déjà fait une centaine de morts en attaquant des navires vénézuéliens. Nous savons tous que le véritable objectif de la Maison blanche est de reprendre le contrôle du pétrole vénézuélien. Croit-on que jamais Trump ne convoitera nos ressources minières, forestières ou hydroélectriques de la même façon?

Depuis novembre, les diplomates américains doivent documenter les politiques que le nouveau gouvernement considère comme des atteintes aux droits humains. Cela comprend la légalisation et le financement de l’avortement, les politiques de diversité, égalité et inclusion (DEI) et la lutte contre les discours haineux. Ironiquement, Blanchet lui-même est probablement considéré comme un criminel aux yeux de la diplomatie américaine pour avoir exigé la fin de l’exemption religieuse pour les discours haineux.

Blanchet reproche, avec raison, au Parti libéral du Canada d’avoir reculé sur tous ses engagements climatiques. Mais oublie-t-il qui a fait pression sur Ottawa pour obtenir ces « assouplissements »? Qui dit qu’un Québec pays ne subirait pas les mêmes pressions pour laisser passer des oléoducs? Contre le gouvernement du Canada, nous avons des recours légaux et démocratiques. Contre l’armée américaine, nous ne pourrions que nous coucher.

Finalement, disons un mot sur cette affirmation selon laquelle les fédéralistes ne seraient pas des Québécois. C’est un discours extrêmement dangereux qui transforme des adversaires politiques en ennemis de l’intérieur. Encore une fois, une stratégie tirée du livre de jeu de Donald Trump. Ou de Pierre Poilievre, c’est selon. Dans les deux cas, ce n’est pas un modèle dont on devrait s’inspirer. On l’a bien vu aux États-Unis. L’étape suivant la fabrication des ennemis intérieurs, c’est la violence politique.

Le gouvernement libéral fédéral est peut-être une menace pour le français, mais l’influence trumpiste est une menace pour la liberté d’expression, la liberté académique ainsi que les droits des femmes, des minorités culturelles, religieuses, de genre et sexuelles. Que Blanchet se sente plus menacé par l’immigration que par Donald Trump me semble… menaçant.

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  • La trumpisation du Bloc québécois?
    Cette entrevue d’Yves-François Blanchet est terrifiante. Je comprends que le message principal est que la menace américaine ne devrait pas empêcher le Québec de devenir un pays. Mais l’effort démesuré pour démoniser le Canada semble conduire ici à ignorer un danger bien réel. Soyons clair: Je n’ai pas voté pour le Parti libéral du Canada. Je voterais encore moins pour lui aujourd’hui. Mais ce n’est pas une raison pour minimiser les dérives dans lesquelles Donald Trump nous entraîne. Blanchet
     

La trumpisation du Bloc québécois?

30 décembre 2025 à 12:45

Cette entrevue d’Yves-François Blanchet est terrifiante. Je comprends que le message principal est que la menace américaine ne devrait pas empêcher le Québec de devenir un pays. Mais l’effort démesuré pour démoniser le Canada semble conduire ici à ignorer un danger bien réel.

Soyons clair: Je n’ai pas voté pour le Parti libéral du Canada. Je voterais encore moins pour lui aujourd’hui. Mais ce n’est pas une raison pour minimiser les dérives dans lesquelles Donald Trump nous entraîne. Blanchet lui-même semble vouloir y participer.

Commençons par ce discours sur les immigrants qui n’est pas sans rappeler la déclaration odieuse de Jean Boulet lors des élections de 2022:
« Est-ce que le Québec peut continuer en étant ce qu’il est à accueillir et à échouer l’accueil d’immigrants qui n’apprendront pas le français, qui vont ghettoïser Montréal, qui vont séparer Montréal des régions du Québec, qui vont faire en sorte qu’on accueille les gens dans quelque chose qui n’est plus nous-mêmes ? Si on ne réussit pas à intégrer les gens en français avec nos valeurs fondamentales, évidemment on nuit à notre propre avenir. »

Les immigrants n’apprendront pas le français? Il faudrait peut-être rappeler à Blanchet que c’est le gouvernement du Québec, pas celui d’Ottawa, qui a coupé dans les classes de francisation.

Les immigrants vont ghettoïser Montréal? Ce n’est pas l’afflux d’immigrants qui est responsable des ghettos. C’est ce racisme systémique que Blanchet et son parti refusent de reconnaître. Quand les personnes issues de la diversité sont victimes de discrimination au logement ou à l’emploi, elles se rassemblent entre elles parce que c’est littéralement leur seul moyen de survivre. Il existe des moyens de lutter contre ce phénomène, mais Blanchet les refuse parce que parler de racisme, c’est mauvais pour notre égo national.

Séparer Montréal des régions? Quelque chose qui n’est plus nous-mêmes? Je ne sais pas de quoi il parle, mais j’ai l’impression que ce n’est pas la présence de pistes cyclables qui fait que Montréal n’est plus « nous-mêmes » aux yeux du chef du Bloc. À chaque élection fédérale, des déclarations islamophobes de candidats bloquistes refont surface. Aux dernières élections, on a appris que certains députés fréquentaient carrément des groupes identitaires d’extrême droite en ligne. Rappelons qu’une des députées actuelles du Bloc s’est déjà fait remarquer en faisant l’éloge de Marine Le Pen. Le chef du Bloc devrait prendre soin de peser ses mots lorsqu’il parle d’identité et d’immigration.

Finalement, quelles sont ces valeurs fondamentales québécoises que les immigrants ne partageraient pas? Selon Blanchet, l’immigration nuit à la « société égalitaire, laïque et francophone ». Si les droits des femmes importent vraiment au chef du Bloc, il ferait bien de se rappeler que l’avortement est légal au Canada et criminel dans 12 états américains. Ce ne sont pas les immigrants qui menacent les droits des femmes au Québec. La plupart des influenceurs masculinistes ont la peau blanche et un nom bien canadien-français. Quant à la laïcité, je pense qu’on peut s’entendre que les États-Unis sont probablement le pays occidental où la séparation entre l’Église et l’État est la plus floue, à part peut-être le Vatican. Les chrétiens évangéliques conservateurs ont bien prouvé qu’ils sont plus dangereux pour la laïcité que les immigrants musulmans.

Blanchet dit ne pas croire que Trump ait réellement des visées expansionnistes au Canada. S’agit-il d’aveuglement volontaire? Ou Blanchet ne suit simplement pas l’actualité internationale? Au Honduras, Trump a littéralement acheté l’élection présidentielle de Nasfy Asfura, le candidat chrétien conservateur, en menaçant les électeurs de couper tout soutien financier à leur pays s’ils osaient voter autrement. Il a fait de même avec les élections législatives en Argentine. Qu’est-ce qui nous fait croire que Trump respecterait davantage l’indépendance d’un Québec pays?

Au-delà de l’ingérence électorale, il y a l’attaque frontale. Sous prétexte de lutter contre le trafic de drogue, Trump viole ouvertement le droit international en traitant le Vénézuéla comme un état terroriste. Les frappes des pirates américains (qui se font appeler United States Navy) ont déjà fait une centaine de morts en attaquant des navires vénézuéliens. Nous savons tous que le véritable objectif de la Maison blanche est de reprendre le contrôle du pétrole vénézuélien. Croit-on que jamais Trump ne convoitera nos ressources minières, forestières ou hydroélectriques de la même façon?

Depuis novembre, les diplomates américains doivent documenter les politiques que le nouveau gouvernement considère comme des atteintes aux droits humains. Cela comprend la légalisation et le financement de l’avortement, les politiques de diversité, égalité et inclusion (DEI) et la lutte contre les discours haineux. Ironiquement, Blanchet lui-même est probablement considéré comme un criminel aux yeux de la diplomatie américaine pour avoir exigé la fin de l’exemption religieuse pour les discours haineux.

Blanchet reproche, avec raison, au Parti libéral du Canada d’avoir reculé sur tous ses engagements climatiques. Mais oublie-t-il qui a fait pression sur Ottawa pour obtenir ces « assouplissements »? Qui dit qu’un Québec pays ne subirait pas les mêmes pressions pour laisser passer des oléoducs? Contre le gouvernement du Canada, nous avons des recours légaux et démocratiques. Contre l’armée américaine, nous ne pourrions que nous coucher.

Finalement, disons un mot sur cette affirmation selon laquelle les fédéralistes ne seraient pas des Québécois. C’est un discours extrêmement dangereux qui transforme des adversaires politiques en ennemis de l’intérieur. Encore une fois, une stratégie tirée du livre de jeu de Donald Trump. Ou de Pierre Poilievre, c’est selon. Dans les deux cas, ce n’est pas un modèle dont on devrait s’inspirer. On l’a bien vu aux États-Unis. L’étape suivant la fabrication des ennemis intérieurs, c’est la violence politique.

Le gouvernement libéral fédéral est peut-être une menace pour le français, mais l’influence trumpiste est une menace pour la liberté d’expression, la liberté académique ainsi que les droits des femmes, des minorités culturelles, religieuses, de genre et sexuelles. Que Blanchet se sente plus menacé par l’immigration que par Donald Trump me semble… menaçant.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Vérité et réconciliation: Arrêtons de vanter les gentils Québécois
    La journée de la Vérité et de la Réconciliation, ce n’est pas la journée pour se féliciter de tout ce qu’on a fait de bien ou de ce qu’on n’a pas de fait de mal aux Premières Nations. Au contraire, ça devrait être une journée d’introspection. Mais chaque année, je m’obstine avec des gens qui se complaisent dans le mythe de « Les Québécois ont toujours été amis avec les Autochtones ». Aujourd’hui, je condense dans ce texte ce que je répète chaque année le 30 septembre. La Nouvelle-France« 
     

Vérité et réconciliation: Arrêtons de vanter les gentils Québécois

30 septembre 2025 à 06:41

La journée de la Vérité et de la Réconciliation, ce n’est pas la journée pour se féliciter de tout ce qu’on a fait de bien ou de ce qu’on n’a pas de fait de mal aux Premières Nations. Au contraire, ça devrait être une journée d’introspection. Mais chaque année, je m’obstine avec des gens qui se complaisent dans le mythe de « Les Québécois ont toujours été amis avec les Autochtones ». Aujourd’hui, je condense dans ce texte ce que je répète chaque année le 30 septembre.

La Nouvelle-France
« Les colons français avaient des bonnes relations avec les Autochtones, pas comme les Anglais, les Portugais et les Espagnols! »
Soyons honnête et réaliste: Si les Français ont eu de meilleures relations que les autres peuples avec les Autochtones, c’est parce que
1) Ils dépendaient des Autochtones, qui connaissaient le territoire, pour le commerce des fourrures, qui était la principale motivation de l’entreprise française en Amérique du Nord
2) Ils n’étaient pas assez nombreux ni assez puissants pour dominer le territoire
L’histoire de la Nouvelle-France est parsemée de guerres et de conflits avec les Haudenosaunee (qu’on s’obstine encore aujourd’hui à désigner sous le nom péjoratif « Iroquois » ou « serpent venimeux » en langue algonkine).

« Oui mais ce sont toujours les Iroquois qui commençaient les guerres! »
D’abord, c’est faux. Si on veut un seul exemple: En 1687, la guerre reprend sur l’ordre du secrétaire d’État de la Marine, Pontchartrain, qui ordonne de mettre fin à la « paix honteuse » signée en 1684. Il y a eu des crimes atroces des deux côtés. Oui il y a eu le massacre de Lachine en 1689, mais les Français ont eux aussi détruit des villages, brûlé des récoltes et tué sans distinction.

« Oui mais nous voulions vivre paisiblement! »
Imaginez un instant le scénario inverse, où des colons algonquiens seraient venus s’installler en Normandie ou en Gascogne en disant « Ce territoire nous appartient! » À l’époque où la France était habitée moins densément qu’aujourd’hui, ils auraient pu facilement trouver un endroit où s’installer sans déranger les locaux. Croyez-vous que les Français auraient accepté de vivre en paix? À un moment, il faudra accepter que l’empire français n’avait aucune légitimité pour s’installer en Amérique du Nord et prétendre que le territoire lui a été donné par Dieu.

« Oui mais les coureurs des bois étaient amis avec les Autochtones! Les Métis, tu penses que ça vient d’où? »
C’est vrai. Les coureurs des bois n’ont pas eu le choix d’entretenir de bons rapports avec les peuples locaux pour les nécessités du commerce et ces bons rapports ont duré dans le temps. Mais rappelons que les 13 colonies anglaises avaient une population environ 30 fois supérieure à celle de la Nouvelle-France et occupaient un territoire beaucoup plus petit. Ça change la dynamique. Pensez-vous que les relations avec les Autochtones auraient été aussi positives si les Français avaient été aussi nombreux que les Anglais? On peut en douter.

La Loi sur les Indiens et les pensionnats
« C’est le régime fédéral qui est responsable des souffrances des peuples autochtones. Les Québécois n’y sont pour rien! »
Commode. Mais ce serait bien de se rappeler qu’en 1876, lorsque l’infâme « Loi sur les Indiens » a été adoptée, le tiers des élus de la Chambre des Communes représentaient le Québec. Des Québécois (francophones, faut-il le préciser) siégeaient au conseil des ministres. Et croyez-le ou non, la presse canadienne-française ne s’est pas déchaînée pour dénoncer l’injustice.

« Les pensionnats, c’est la faute de l’Église! »
Vous pensez que les prêtres, les religieux et les religieuses n’étaient pas Québécois? C’est un peu comme dire que les Québécois n’ont rien à se reprocher pour les agressions sexuelles sur les femmes autochtones de Val-d’Or parce que leurs bourreaux étaient des policiers. Et ce n’est pas comme si le gouvernement du Québec avait protesté contre le régime des pensionnats. Nous nous en accommodions très bien: les pensionnats suivaient le développement industriel. Ils servaient à « pacifier » les nations près des sites d’exploitation minière et forestière.

« Mais quand Louis Riel a été pendu, nous avons protesté! »
Oui. Parce que Louis Riel était francophone et catholique. Nous étions horrifiés par la répression des Métis parce qu’ils nous ressemblaient. La « Rébellion du Nord-Ouest » impliquait aussi des Cris et des Assiniboines. Nous n’avons pas versé une larme pour ceux-là.

Si après on croit toujours que c’est le gouvernement fédéral qui est responsable de tous les problèmes, j’aimerais rappeler ceci: En 1915, le gouvernement du Québec retire le droit de vote aux Autochtones, qu’on appelle les « Sauvages » à l’époque. Pourquoi? Parce qu’en 1912, la loi électorale a été modifiée de façon à accorder à toute fin pratique le suffrage universel masculin. Auparavant, le droit de vote était encore réservé aux propriétaires. On s’est rendu compte que la nouvelle loi accorderait également le droit de vote à de nombreux Autochtones. En 1915, année pré-électorale, les riches messieurs gouvernant le Québec ont donc retiré le droit de vote aux Autochtones. Cette injustice ne sera corrigée qu’en 1969. Le Québec est la dernière province à accorder le droit de vote aux Autochtones, 20 ans après la Colombie-Britannique (la première) et 4 ans après l’Alberta (l’avant-dernière).

Fait à noter: Il n’y a aucune opposition à l’Assemblée nationale lorsque le premier ministre Jean-Jacques Bertrand propose d’accorder le droit de vote aux « Indiens ». Le principe semble aller de soi. Un peu comme si on avait oublié depuis le temps que les Premières nations ne participaient pas au processus démocratique. Ce n’est pas par hostilité ou par racisme que les Québécois ont privé aussi longtemps les Autochtones du droit de vote. C’est par indifférence.

La même indifférence qui explique que cinq ans après la mort tragique de Joyce Echaquan, le Conseil des Atikamekw de Manawan reçoit encore de nombreuses plaintes de personnes ayant subi du racisme ou de la discrimination dans le système de santé ou autres institutions gouvernementales. L’indifférence qui pousse les nationalistes à refuser de reconnaître le racisme systémique parce qu’il faut continuer à flatter l’orgueil national. Malgré toutes les émotions et les belles promesses qui ont suivi la mort de Joyce, malgré les rappels annuels qu’il reste encore du travail à faire, le sort des Autochtones nous laisse profondément indifférents.

La journée de la Vérité et de la Réconciliation, ce n’est pas la journée pour réécrire l’histoire et se féliciter d’avoir été moins pires que d’autres. C’est la journée pour se regarder dans le miroir, prendre conscience des failles encore bien réelles du système et nous demander collectivement ce que nous pouvons faire pour corriger les injustices.

  • ✇Alexandre Dumas, historien québécois
  • Les 20 ans du mariage homosexuel au Canada
    Il y a 20 ans, le Parlement canadien adoptait la Loi sur le mariage civil, qui autorisait les conjoints de même sexe à se marier partout au pays. C’est une belle occasion de faire un voyage dans le temps. Le monde de 2005 est complètement différent de celui qu’on connaît aujourd’hui. Malgré un nouveau chef, le gouvernement du Canada, libéral minoritaire, s’essouffle. L’armée israélienne tue des civils dans la bande de Gaza. Commentateurs et politiciens de droite nous mettent en garde contre l
     

Les 20 ans du mariage homosexuel au Canada

21 juillet 2025 à 07:44

Il y a 20 ans, le Parlement canadien adoptait la Loi sur le mariage civil, qui autorisait les conjoints de même sexe à se marier partout au pays. C’est une belle occasion de faire un voyage dans le temps.

Le monde de 2005 est complètement différent de celui qu’on connaît aujourd’hui. Malgré un nouveau chef, le gouvernement du Canada, libéral minoritaire, s’essouffle. L’armée israélienne tue des civils dans la bande de Gaza. Commentateurs et politiciens de droite nous mettent en garde contre l’islamisation imminente de l’Occident. Les Autochtones canadiens contestent les décisions des gouvernements provinciaux, qui laissent les compagnies forestières ignorer leurs droits ancestraux. Et la société se déchire avec des débats concernant les minorités sexuelles.

Réal Ménard, député bloquiste de Hochelaga / Hochelaga-Maisonneuve de 1993 à 2009

Certains états américains permettent déjà les mariages homosexuels, mais le président George W. Bush fait campagne pour amender la constitution afin de les interdire sur tout le territoire. Le 19 avril 2005, Benoît XVI est élu pape de l’Église catholique. Il s’opposera avec beaucoup plus d’ardeur que Jean-Paul II à tout ce qui concerne l’homosexualité, qu’il considère contraire à la morale « naturelle ».

Au Canada, l’Ontario est la première province à accepter les mariages entre conjoints de même sexe en juin 2003, suite à une décision de la Cour supérieure. La plupart des autres provinces ont suivi, dont le Québec en mars 2004. Au moment de l’adoption de la loi fédérale, l’Alberta et l’Île du Prince Édouard sont les seules provinces à refuser les mariages homosexuels.

En 1995, le député bloquiste Réal Ménard, ouvertement homosexuel, présente une motion demandant la reconnaissance des mariages entre conjoints du même sexe. La motion est rejetée par 124 voix contre 52. Entre 1998 et 2003, le député néo-démocrate Svend Robison, lui aussi ouvertement homosexuel, présente trois projets de loi, sans succès.

En 2003, l’Alliance canadienne (ancêtre de l’actuel Parti conservateur) présente une motion pour réaffirmer la définition traditionnelle du mariage, soit l’union entre un homme et une femme. La motion est battue par 137 voix contre 132. Signe d’un malaise profond au sein du Parti libéral, officiellement engagé à permettre le mariage homosexuel dans tout le Canada, 53 députés libéraux votent pour la motion et une vingtaine s’absentent au moment du vote.

Du côté du Bloc québécois, trois des 34 députés appuient la motion de l’Alliance. Quatre s’absentent au moment du vote (dont Mario Laframboise, actuel député caquiste de Blainville). Ils disaient vouloir attendre le jugement de la Cour suprême du Canada, qui doit déterminer de la constitutionnalité du projet de loi reconnaissant les mariages homosexuels. Je répète parce que c’est savoureux. Quatre députés bloquistes ont dit vouloir attendre l’opinion de la Cour suprême du Canada avant de prendre une décision.

C’est finalement en 2005 que le projet de loi final est déposé et adopté. D’un côté, il y a le premier ministre Paul Martin, qui a mis son opposition personnelle (opposition qu’il attribue à son éducation catholique) de côté par devoir civique. Partisan tiède en 2003, il est en 2005 un fier avocat du mariage pour tous. De l’autre côté, il y a le chef de l’Opposition, Stephen Harper, qui défend avec vigueur la définition traditionnelle du mariage au nom des valeurs chrétiennes et canadiennes. Le Bloc québécois et le NPD appuient tous deux la proposition, mais laissent le vote libre à leurs députés.

Des députés libéraux participent avec les conservateurs à l’obstruction parlementaire pour retarder le projet de loi et empêcher qu’il soit adopté avant la fin de la session. 14 députés libéraux votent avec les conservateurs contre la prolongation de la session demandée par le gouvernement. C’est le Bloc québécois qui vient au secours du gouvernement libéral pour permettre l’adoption de la loi.

Voici le détail du vote par partis:
Parti Pour/Contre/Abstention
PLC 95/32/2
PCC 3/93/0
BQ 43/5/2
NPD 17/1/0

Fait cocasse: Le député conservateur albertain Peter Goldring, violemment opposé au mariage homosexuel, est accusé d’incitation à la haine par le révérend Ted Kolber de l’Église unie du Canada (chrétienne). Dans le Calgary Sun, le chroniqueur de droite Link Byfield accuse le révérend Kolber… d’intolérance. Parce que Kolber ne « tolère » pas les opinions différentes de la sienne. Ça ne s’invente pas.

Et pendant que Stephen Harper, Vic Toews et leurs collègues chrétiens s’opposent au mariage gai en invoquant la Bible, le chroniqueur Richard Gwyn du Toronto Star nous prévient que les droits des homosexuels pourraient bien être menacés par… l’immigration. « La ferme opposition aux mariages homosexuels au sein des groupes ethniques est un avant-goût de notre avenir. » Ironie. Ou cécité, c’est selon.

Dans les pages du Devoir, le psychologue Yves Laberge défend la définition traditionnelle du mariage au nom des lois immuables de la biologie: « On ne peut pas confondre une pratique sexuelle particulière comme l’homosexualité avec une identité sexuelle et concéder à cette pratique sexuelle la même reconnaissance de droit au plan du mariage que celle accordée à la relation homme-femme qui, malgré ses avatars, est la seule à pouvoir assurer la pérennité de la société et de l’espèce. »

Au Québec, on retrouve parmi les opposants une certaine Denise Bombardier, pour qui la seule finalité du mariage est la procréation (amusant quand on sait qu’elle s’est remariée à 62 ans). Le 16 septembre 2003, elle participait à l’émission le Point face à Louis Godbout, secrétaire des Archives du Québec et militant pour les droits des homosexuels. À la fois intervieweuse et débatteuse, elle interrompt allègrement son invité pour imposer son point de vue. Elle met en valeur son doctorat alors que son interlocuteur, elle le souligne, travaille dans le domaine des pâtes et papiers. Elle nous sort le cliché de « Je ne suis pas homophobe, j’ai des amis gais. » Elle prétend d’ailleurs parler au nom des nombreuses personnes homosexuelles opposées au mariage gai mais qui ont peur de prendre la parole à cause de la pression de leur communauté. Puis elle tombe dans tous les clichés. Les homosexuels sont infidèles par nature. Le défilé de la fierté gaie est ridicule. Les gais aiment se présenter en victimes. Bref, peu édifiant. C’était la première et dernière participation de Denise Bombardier à l’émission. Rima Elkouri lui sert une réplique cinglante dans la Presse deux jours plus tard. Une plainte au Conseil de presse a été retenue contre Radio-Canada pour avoir permis ce débat. La principale intéressée dira avoir été victime du lobby des « fondamentalistes gais », quoi que ça veuille dire.

Bref, aucun changement depuis 20 ans. Les conservateurs défendent toujours les « lois de la nature » contre le tout-puissant lobby LGBTQ+ (nom variable selon les époques), les immigrants sont toujours accusés d’incompatibilité culturelle et les véritables intolérants sont ceux qui prêchent la tolérance. Tout va bien.

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  • Pluriparentalité et polygamie
    En avril dernier, la Cour supérieure du Québec a tranché en faveur des familles pluriparentales: un enfant peut légalement avoir plus de deux parents. Le gouvernement du Québec a un an pour amender le Code civil afin de tenir compte de cette nouvelle réalité. Excellente nouvelle pour les personnes concernées. Décision sans conséquence pour celles qui ne le sont pas. Mais des gens sont inquiets. Normand Lester et Guillaume Rousseau nous disent carrément que la décision du juge Andres C. Garin
     

Pluriparentalité et polygamie

30 mai 2025 à 08:18

En avril dernier, la Cour supérieure du Québec a tranché en faveur des familles pluriparentales: un enfant peut légalement avoir plus de deux parents. Le gouvernement du Québec a un an pour amender le Code civil afin de tenir compte de cette nouvelle réalité.

Excellente nouvelle pour les personnes concernées. Décision sans conséquence pour celles qui ne le sont pas. Mais des gens sont inquiets. Normand Lester et Guillaume Rousseau nous disent carrément que la décision du juge Andres C. Garin ouvre la porte à la polygamie. Rousseau se garde de viser une communauté en particulier, mais Lester attaque directement les musulmans. Présentement, la polygamie est un acte criminel au Canada. Mais Rousseau et Lester nous préviennent que nous sommes à un pas de sa légalisation.

« Certes, ce n’est pas pour tout de suite », écrit Rousseau, « car le Code criminel canadien interdit cette pratique. Mais il suffirait que le fédéral décide d’abolir cette interdiction pour que le Québec puisse être forcé d’en faire autant. » Effectivement, pratiquement tous les actes criminels peuvent être légalisés du jour au lendemain si le gouvernement le décide. Ce n’est pas un argument.

D’après Lester, c’est une question de temps avant que les tribunaux invalident la criminalisation de la polygamie au nom de la liberté de religion. Cette crainte est complètement sans fondement. Un jugement de la Cour suprême de la Colombie-Britannique l’a d’ailleurs confirmé en 2011 (BCSC 1588). La criminalisation de la polygamie est peut-être une entrave à la liberté de religion, mais c’est une limitation acceptable et nécessaire dans un contexte de protection des droits des femmes et des enfants. Merci au juriste Louis-Philippe Lampron pour la référence.

Donc non, ce n’est pas demain qu’un tribunal va décriminaliser la polygamie au nom du respect des droits individuels. Le gouvernement pourrait en décider autrement, mais nous n’avons aucune raison de croire que le nouveau gouvernement Carney ait l’intention de légiférer en ce sens. Alors de quoi est-ce qu’on s’inquiète? Et surtout, quel est le rapport avec les familles pluriparentales?

Pourquoi la polygamie est-elle non seulement interdite au Canada, mais criminelle? Voici quelques raisons tirées du rapport « La polygynie et les obligations du Canada en vertu du droit international en matière de droits de la personne« . On comprend que le rapport adresse directement les familles appartenant à des communautés où la polygynie (un homme ayant plusieurs épouses) est une pratique culturelle ou religieuse:

  • La polygamie renforce le patriarcat
  • La compétition entre les épouses cause du tort aux enfants et aux épouses elles-mêmes
  • Risque pour la santé sexuelle (la polygynie augmente le risque de transmission des infections et maladies)
  • La polygamie est souvent synonyme de dénuement économique pour les femmes et leurs enfants
  • L’inégalité domestique est incompatible avec l’égalité économique et sociale, donc avec les valeurs canadiennes

Donc ce n’est pas seulement par principe que le Canada ne permet pas les unions polygames. C’est parce que dans plusieurs contextes, celles-ci ont causé un tort réel et documenté aux femmes et aux enfants.

On brouille les cartes lorsqu’on lie les demandes de reconnaissance parentales à la reconnaissance conjugale. Ce sont deux enjeux complètement différents. Plusieurs provinces canadiennes reconnaissent déjà légalement la pluriparentalité (la Colombie-Britannique depuis 2013, l’Ontario depuis 2016 et la Saskatchewan depuis 2021). Selon Valérie Costanzo, professeure en sciences juridiques à l’Université du Québec à Montréal, ces changements législatifs n’ont pas conduit à des campagnes juridiques pour décriminaliser la polygamie. Il n’y a pas de raison de croire qu’il en irait autrement au Québec.

Maintenant, je vous le demande: en quoi les enfants des familles pluriparentales sont menacés par leur structure atypique? Au contraire, c’est précisément en tenant compte des intérêts des enfants que les tribunaux canadiens ont accordé un statut légal aux unions pluriparentales. Imaginons une situation d’urgence où le « troisième parent », celui qui n’est pas inscrit sur le certificat de naissance, se retrouve à l’hôpital seul avec son enfant. Il n’a pas l’autorité légale de prendre une décision. On se retrouve dans une situation dangereuse pour l’enfant qui aurait pu être évitée avec un changement sur un papier.

Avant d’adopter des idées préconçues sur la pluriparentalité, je recommande vivement d’écouter l’entrevue de Sophie Paradis à l’émission de Patrick Lagacé le 7 mai 2025. Les inquiets réaliseront peut-être que les familles pluriparentales ne sont dignes ni de suspicion, ni de mépris. Si vous vous inquiétez pour le bien-être des enfants des unions à trois parents, dites-vous que les séparations complexes et les cellules familiales dysfonctionnelles ne sont pas liées au nombre d’adultes impliqués. Au contraire, un projet de pluriparentalité implique généralement un niveau de préparation qui échappe à un très grand nombre de familles dites traditionnelles. À ce jour, aucune des quelques familles pluriparentales reconnues dans les autres provinces canadiennes ne s’est retrouvée en cour pour débattre de la garde des enfants. Pour citer Valérie Costanzo encore une fois: « Cela peut s’expliquer notamment par une méfiance par rapport à la surveillance des tribunaux, où ces familles pourraient vivre des préjugés, mais également par des outils de communication et de gestion familiale plus sains. » Bref, l’expérience ne donne aucune raison de croire que reconnaître légalement la pluriparenté serait préjudiciable pour les enfants.

Associer les familles pluriparentales, comme le fait Normand Lester, à des familles ultraconservatrices mormones ou musulmanes, est non seulement injuste, mais dangereux. C’est faire courir le risque d’une stigmatisation sociale à des familles déjà marginales qui ne demandent qu’à offrir les meilleures conditions de vie possibles à leurs enfants. C’est d’autant plus absurde vu la présence importante de la communauté LGBTQ+ parmi les familles qui ne répondent pas au modèle traditionnel. Ce n’est généralement pas là qu’on retrouve les ultrareligieux.

« Face à cette atteinte à sa liberté de choisir et à son caractère distinct, le Québec doit résister », conclut Guillaume Rousseau. Résister à quoi? À des familles qui ne répondent pas au modèle traditionnel? Cette bataille juridique que Rousseau semble réclamer de ses voeux ne vise en gros qu’à empêcher des familles de vivre selon leur mode de vie choisi. Et dans quel but? Se féliciter collectivement d’avoir empêché Ottawa de nous obliger à respecter les droits d’une minorité? C’est une habitude dangereuse qu’on semble vouloir développer au Québec. Il serait temps d’arrêter de voir les droits individuels comme une menace à éliminer.

Les familles pluriparentales n’ont pas demandé à être prises en otage par un nouvel affrontement juridictionnel entre Québec et Ottawa. Si nos nationalistes se cherchent un sujet pour attiser la colère contre le régime fédéral, qu’ils s’en tiennent à des guerres de chiffres.

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