PSPP à Rebel News: Comme un poisson dans l’eau
La décision du chef du Parti québécois d’accorder une entrevue à une spécialiste de la désinformation a été abondamment commentée. Le contenu de l’entrevue l’a été beaucoup moins. Je me suis donc donné le mandat d’analyser l’entrevue et de démonter la désinformation qu’on y entend, autant de l’intervieweuse que de l’interviewé.

Je vous invite à écouter l’épisode spécial de mon balado, Woke tant qu’il faudra, consacré à cette entrevue. Si vous n’avez pas une heure à consacrer à cette entrevue, ce qui est compréhensible, voici quelques-uns des pires extraits et mon commentaire.
Les extraits cités viennent tous de l’entrevue mise en ligne le 10 avril 2026.
« Début des années 2000 à Montréal, il y a pas une crise du logement, le français recule pas, ça se passe bien, tout le monde est de bonne humeur. »
Au mieux, PSPP parle sans savoir. Au pire, il nous ment carrément. On peut le prouver facilement. En 2002, Pierre Desrochers, directeur de la recherche à l’Institut économique de Montréal, publiait déjà un rapport intitulé « Comment résoudre la crise du logement au Québec? » Parce que oui, on parlait déjà de crise du logement à l’époque du gouvernement Bouchard-Landry. Desrochers critiquait le manque de vision des gouvernements (fédéral et provincial), qui auraient dû investir davantage dans le logement social et modifier la réglementation du secteur de la construction afin de faciliter les mises en chantier. En 2002. Quand Plamondon nous dit qu’au début des années 2000, il n’y avait pas de crise du logement, c’est entièrement faux.
Je sais que mes amis péespépistes vont tenter de le rattraper et m’accuser de déformer ses propos. « Ce n’est pas ce qu’il voulait dire. Il voulait simplement dire que la situation était moins pire en 2001… » Non. En 2001, le taux d’inoccupation des logements était de 0.6% à Montréal. D’après la Société canadienne d’hypothèques et de logement, (SCHL) le taux d’inoccupation sur l’île de Montréal était de 3.1% en octobre 2025. Cinq fois supérieur. Il y a des limites à dire n’importe quoi pour nous faire croire que tous nos problèmes ont été causés par les politiques d’immigration du gouvernement Trudeau.
« Simplement aborder Roxham, à l’origine, je me faisais traiter d’extrême droite. Alors que quand le Parti libéral du Canada a fermé Roxham, ça c’était drôle, plus personne parlait d’extrême droite, c’était ben normal, aucune critique. Mais quand c’est le Parti québécois qui tente d’affirmer cette volonté de maintenir la paix sociale au nom des Québécois. Double standard. »
PSPP avait fait la même plainte à l’époque. Il avait convoqué un point de presse pour se plaindre de la « gauche radicale » qui tente d' »extrême-droitiser » le Parti québécois. Les journalistes ont tenté en vain d’obtenir des noms. Il leur a répondu de faire leur travail de journaliste. Que c’est très facile de trouver des noms en cherchant sur Google. 3 ans plus tard, il nous fait jouer la même cassette et espère que ses auditeurs le croiront sur parole.
« C’est dangereux ce qui se passe en ce moment. Parce que des dynamiques violentes à l’étranger peuvent rapidement devenir notre dynamique parce qu’on a saboté un modèle qui fonctionnait au niveau de l’immigration qui était fondé sur des critères, une marche à suivre. Il arrive un moment où rien ne va plus. Rien ne tient. Et on se retrouve avec une situation inimaginable où des Québécois de confession juive ou peut-être d’autres Québécois aussi voient leur sécurité menacée. On n’a pas parlé de la sécurité des femmes par exemple. ais tsé Montréal, là… depuis… j’ai grandi là, il y a pas ville plus sécuritaire, si t’es une femme, tu te demandes pas si tu vas te faire harceler. »
Bien sûr. Avant Justin Trudeau, les femmes pouvaient marcher seules dans la rue, la nuit, en toute sécurité. Elles pouvaient passer une veillée dans leur bar sans surveiller leur verre. Elles ne subissaient pas d’agression dans le métro. C’est « l’immigration massive » qui a amené le harcèlement sexuel au Québec.
Pour ce qui est des relations avec les États-Unis, PSPP reste dans le déni.
« Mais en même temps à l’inverse, je vois des politiciens suggérer que le Canada nous défend contre Trump… C’est pas sérieux. Si les États-Unis prennent des décisions… Ce qui arrivera pas, en passant. L’idée que l’armée canadienne est un rempart de défense pour les Québécois ça a été complètement galvaudé. Moi je suis confiant que comme n’importe quel pays européen de notre taille, on ferait la même chose. »
Ce qui arrivera pas, en passant? Sur quoi se base cette certitude? Est-ce qu’on suppose que Donald Trump a trop de bon sens pour attaquer le Québec ou le Canada? L’attaque contre l’Iran n’était pas suffisante pour convaincre que le fasciste américain fait n’importe quoi?
« Mais tsé c’est parce que le Canada en ce moment est identifié par ses voisins comme l’endroit où il y a le plus d’infiltration politique dans le monde. L’ingérence étrangère au Canada c’est devenu la norme. » « Les voisins » du Canada, ce sont les États-Unis. Le Canada n’a pas d’autre voisin. Peut-être certaines personnes croient-elles encore qu’on peut se fier au jugement du fasciste de la Maison blanche, mais généralement on reconnaît que ce n’est pas une référence en matière de politique internationale.
Alexa Lavoie demande à PSPP si le Québec devrait imiter l’Alberta, qui se prépare à mettre en place des lois pour protéger les écoles contre les « idéologies ». J’en ai discuté plus tôt cette semaine. Officiellement, le Bill 25 vise à sortir les « idéologies » et la politique des écoles albertaines. Officieusement, le gouvernement s’attaque principalement à la diversité de genre et sexuelle. Le gouvernement albertain de Danielle Smith a déjà limité l’accès aux livres pour enfants qui traitent d’enjeux LGBTQ+ parce que des associations de parents considèrent que c’est de la pornographie. Plusieurs villes albertaines ont interdit d’afficher le drapeau de la fierté dans l’espace public. Avec le Bill 25, le gouvernement va notamment interdire aux enseignants de discuter en classe d’identité de genre.
Sans hésitation, PSPP dit à la « journaliste » de Rebel News que les Albertains ont raison. Il considère que le gouvernement du Québec a également perdu le contrôle de ce qui s’enseigne dans nos écoles. On se souvient qu’il avait accusé la « gauche radicale » d’avoir infiltré les écoles à l’automne 2023, lorsqu’une enseignante avait demandé à ses élèves de l’appeler « Mx » plutôt que madame et qu’une école avait mis en place des toilettes non genrées. À l’automne 2024, la députée de Terrebonne, Catherine Gentilcore, alors présidente du Parti québécois avait accusé le nouveau programme de Culture et citoyenneté québécoise d’enseigner aux enfants de 3 à 7 ans que le genre est attribué par la société. Une accusation qui a été démentie par la suite.
PSPP mentionne quelques-unes des « dérives » dans les écoles québécoises: « Des groupes d’activistes de tout acabit. T’as eu des cas de soldats, des cas d’éducation sexuelle auprès de jeunes de 6 ans. Puis il y a eu plein de cas au Québec dans toutes sortes de sujets. » PSPP dénonce avec raison les soldats qui sont allés dans des écoles privées juives pour faire la promotion du génocide à Gaza. Mais qu’en est-il de ces « cas d’éducation sexuelle auprès de jeunes de 6 ans »? Les activistes dont il parle sont en fait des enseignants qui appliquent le programme du ministère de l’Éducation. En effet, depuis l’implantation du nouveau programme de CCQ en 2024, il y a de l’éducation sexuelle dès la première année du primaire. À 6 ans, on enseigne aux enfants à nommer les parties du corps, à développer une image corporelle positive donc à apprécier que les corps ont différents formats et que c’est correct, les notions de stéréotypes de genres auxquels ils n’ont pas l’obligation de se conformer, qu’ils doivent respecter les différences… Finalement, on leur enseigne la notion de consentement, une notion qu’il est à mon avis utile d’apprendre très tôt. Je n’ai pas l’impression qu’il s’agisse d’une dérive de notre système d’éducation.
Parmi les critiques du nouveau programme, on retrouvait nulle autre qu’Alexa Lavoie, qui accusait le gouvernement du Québec d’encourager la sexualisation des enfants. PSPP est-il d’accord avec cette vision? Son discours laisse à penser que oui.
« Donc dans quelle logique tu bloques la circulation pour prier? Il y en a pas. À part des signaux politiques. Ça devient des gestes politiques et non pas un geste de piété. Et ces gestes politiques-là, il faut les prendre au sérieux à mon avis si on a à coeur la paix sociale. »
L’entrevue s’attarde pendant plusieurs minutes sur la question des prières de rue, bien que la loi pour les interdire ait déjà été adoptée. PSPP entre tout à fait dans le narratif d’Alexa Lavoie, qui en fait des manifestations antisémites et pro-Hamas. À aucun moment, il ne mentionne que les prières avaient lieu pendant des manifestations contre le génocide à Gaza. Comme si c’était un détail. Évidemment, aucun des deux n’a mentionné que les manifestants protestent contre le soutien du Canada à Israël, encore moins que la Caisse de dépôt et de placement du Québec a des milliards investis dans ce que Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale de l’ONU, qualifie d' »économie du génocide« . De telles nuances risqueraient de donner l’impression que les manifestations étaient justifiées. On préfère laisser croire qu’il s’agit d’islamistes qui se sont rassemblés pour célébrer leur haine des Juifs. PSPP mentionne d’ailleurs que les Juifs montréalais ont raison d’être inquiets pour leur sécurité.
Pendant la discussion sur les prières de rue, Alexa Lavoie lui demande s’il faudrait expulser les immigrants temporaires qui incitent à la haine et participent à des manifestations qui glorifient le terrorisme.
PSPP: Ben oui parce que ce sont des actes criminels. Mais c’est parce qu’on n’a pas le pouvoir.
Alexa: Mais si admettons on deviendrait un pays.
PSPP: Bien sûr!
D’abord, on n’a pas besoin d’avoir les pleins pouvoirs en immigration pour agir là-dessus. L’incitation à la haine est déjà un crime au Canada. Rien n’empêche de poursuivre des gens qui incitent à la haine, peu importe leur statut d’immigration. Les immigrants temporaires ne bénéficient pas d’une immunité diplomatique qui leur permet de contourner les lois. S’il y a pas d’accusations qui sont déposées contre les manifestants, c’est parce que manifester contre un génocide, ce n’est pas une incitation à la haine et ça ne mérite pas de condamnation. Je m’inquiète d’un aspirant premier ministre qui voudrait expulser des immigrants temporaires parce qu’ils exercent leur droit de manifester, un droit des plus fondamentaux dans une société démocratique.
On ne peut pas avoir une entrevue avec PSPP sans qu’il accuse l’immigration de tous les maux. « S’ils sont d’accord avec des seuils d’immigration toujours plus élevés au point où on a une crise du logement puis on est plus capables d’offrir des services. » Discours habituel ici. Les seuils d’immigration sont encore une fois pointés comme les seuls responsables de la crise du logement et de la crise des services. En fin d’entrevue, il nous présente une donnée nouvelle et exclusive: « Certains hôpitaux se sont confiés à moi en disant: Mais tsé la proportion de nos tables opératoires qui sont pour les demandeurs d’asile c’est près de 20% à certains endroits. »
On ne peut pas lancer une telle affirmation sans élaborer. Qui lui a dit ça? Des infirmières? Des médecins? Des préposées à l’accueil? Des administrateur? Dans quels hôpitaux? Il est impossible de vérifier une déclaration comme celle-ci. On doit donc se fier à la bonne foi du chef du PQ et croire qu’effectivement, les demandeurs d’asile monopolisent une partie importante de notre système de santé.
Quand j’ai entendu dire que PSPP avait accordé une entrevue à Rebel News, ma première réaction a été de regretter qu’un chef de parti qui aspire à être premier ministre cautionne un média consacré à la désinformation. Après avoir entendu l’entrevue, je comprends mieux pourquoi il a accepté. PSPP se trouve à Rebel News comme un poisson dans l’eau.
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