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  • Churchill Falls: que prévoit la nouvelle entente? 
    Christine Fréchette et le premier ministre terre-neuvien Tony Wakeham ont présenté hier le nouveau contrat d’approvisionnement d’Hydro-Québec à partir de trois installations du Labrador:  la centrale de Churchill Falls;  la future centrale de Gull Island;  un projet d’énergie éolienne.  Si l’entente est ratifiée, le Québec obtiendrait à terme une capacité de 10 000 mégawatts et paierait en moyenne 6,2 cents du kWh.  Pour comparaison, l’entente conclue en 2024 prévoyait que
     

Churchill Falls: que prévoit la nouvelle entente? 

17 août 2026 à 22:15

Christine Fréchette et le premier ministre terre-neuvien Tony Wakeham ont présenté hier le nouveau contrat d’approvisionnement d’Hydro-Québec à partir de trois installations du Labrador: 

  • la centrale de Churchill Falls; 
  • la future centrale de Gull Island; 
  • un projet d’énergie éolienne. 

Si l’entente est ratifiée, le Québec obtiendrait à terme une capacité de 10 000 mégawatts et paierait en moyenne 6,2 cents du kWh. 

Pour comparaison, l’entente conclue en 2024 prévoyait que le prix de l’électricité de Churchill Falls payé par Hydro-Québec serait de:

  • 2 cents/kWh jusqu’en 2040; puis
  • 7 cents/kWh jusqu’en 2075.

Le projet dans son ensemble exigerait des investissements majeurs, de l’ordre de 70 milliards $, pour notamment:

  • agrandir la centrale de Churchill Falls;
  • construire celle de Gull Island;
  • construire de nouvelles lignes de transport d’électricité.

[L'article Churchill Falls: que prévoit la nouvelle entente?  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Paul St-Pierre Plamondon s’apprête à faire une annonce sur le référendum 

17 août 2026 à 21:45

Le chef du Parti québécois a indiqué hier qu’il ferait aujourd’hui «une déclaration importante» sur la proposition d’un référendum sur l’indépendance du Québec.

Selon La Presse, le chef péquiste aurait l’intention d’apporter des précisions sur son engagement à tenir un référendum s’il est porté au pouvoir en octobre. 

Dans un sondage Léger-Le Journal-TVA publié la semaine dernière, 31% des personnes interrogées disaient qu’elles appuyaient la souveraineté. 

[L'article Paul St-Pierre Plamondon s’apprête à faire une annonce sur le référendum  a d'abord été publié dans InfoBref.]

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  • Farah RK : les créateurs politiques bousculent les médias traditionnels
    Mon Carnet, le podcast · Farah RK : politique, réseaux sociaux, médias et citoyens À l’approche de l’élection présidentielle française de 2027, une transformation s’accélère dans le paysage médiatique. Les responsables politiques ne s’adressent plus uniquement aux grandes chaînes de télévision, aux radios et aux journaux. Ils doivent désormais composer avec une nouvelle génération de […]
     

Farah RK : les créateurs politiques bousculent les médias traditionnels

17 août 2026 à 06:00
Mon Carnet, le podcast · Farah RK : politique, réseaux sociaux, médias et citoyens À l’approche de l’élection présidentielle française de 2027, une transformation s’accélère dans le paysage médiatique. Les responsables politiques ne s’adressent plus uniquement aux grandes chaînes de télévision, aux radios et aux journaux. Ils doivent désormais composer avec une nouvelle génération de […]

Churchill Falls: Québec et Terre-Neuve-et-Labrador vont faire une annonce cet après-midi 

16 août 2026 à 20:24

Christine Fréchette est à Saint-Jean, la capitale de Terre-Neuve-et-Labrador, avec Mark Carney.

Ils s’apprêtent à présenter, aux côtés du premier ministre terre-neuvien, un deuxième contrat d’approvisionnement d’Hydro-Québec à partir de la centrale de Churchill Falls, au Labrador, pour remplacer le contrat actuel en vigueur depuis 1969.

En 2024, après 4 ans de négociations, les gouvernements du Québec et de Terre-Neuve avaient signé une entente de principe pour un nouveau contrat qui devait aller jusqu’en 2075.

Mais le gouvernement terre-neuvien avait ensuite demandé de renégocier l’entente.

[L'article Churchill Falls: Québec et Terre-Neuve-et-Labrador vont faire une annonce cet après-midi  a d'abord été publié dans InfoBref.]

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  • Hommage rendu à l’ancien député Matthias Rioux
    La Société d’histoire Haute-Gaspésie a rendu hommage à l’ancien député de Matane, Matthias Rioux, en dévoilant une plaque commémorative à Sainte-Anne-des-Monts. Celle-ci rappelle que son bureau de circonscription se trouvait autrefois dans l’édifice aujourd’hui occupé par l’organisme. La plaque a été dévoilée, le 6 août dernier, en présence de l’ancien député péquiste, qui a représenté la circonscription de Matane à l’Assemblée nationale de 1994 à 2003. Cette reconnaissance rappelle aussi
     

Hommage rendu à l’ancien député Matthias Rioux

15 août 2026 à 19:00

La Société d’histoire Haute-Gaspésie a rendu hommage à l’ancien député de Matane, Matthias Rioux, en dévoilant une plaque commémorative à Sainte-Anne-des-Monts. Celle-ci rappelle que son bureau de circonscription se trouvait autrefois dans l’édifice aujourd’hui occupé par l’organisme.

La plaque a été dévoilée, le 6 août dernier, en présence de l’ancien député péquiste, qui a représenté la circonscription de Matane à l’Assemblée nationale de 1994 à 2003.

Cette reconnaissance rappelle aussi le parcours professionnel de monsieur Rioux, qui a œuvré à partir des années 1960 dans les milieux de l’éducation, du syndicalisme, de la culture et du journalisme.

Avant son entrée à l’Assemblée nationale, Matthias Rioux a travaillé comme animateur et journaliste pendant près de 30 ans. Il a notamment œuvré dans les stations montréalaises CKVL et CKLM avant de se tourner vers l’édition.

Il a également occupé le poste de secrétaire général de l’Union des artistes et participé à la fondation du Mouvement Québec français.

Élu une première fois dans Matane en 1994 sous la bannière du Parti québécois, monsieur Rioux a été réélu en 1998. Il a notamment occupé les fonctions de ministre du Travail et de ministre responsable des Aînés avant de quitter la vie politique en 2003.

Il a ensuite siégé à la Commission municipale du Québec jusqu’en 2008, avant d’occuper d’autres fonctions publiques.

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  • Étienne Pineau Saindon représentera le PLQ dans Rimouski
    Le Parti libéral du Québec a trouvé son candidat dans Rimouski. Étienne Pineau Saindon représentera la formation aux élections générales du 5 octobre. Fils de l’ex-journaliste de Radio-Canada, Richard Saindon, il travaille depuis quelques années dans la marine marchande. Son métier l’a notamment amené à naviguer au Québec et en Europe. Le Rimouskois a fréquenté le Programme d’études internationales de l’école Paul-Hubert avant de poursuivre sa formation au Cégep de Rimouski. Il a ensuite o
     

Étienne Pineau Saindon représentera le PLQ dans Rimouski

15 août 2026 à 12:00

Le Parti libéral du Québec a trouvé son candidat dans Rimouski. Étienne Pineau Saindon représentera la formation aux élections générales du 5 octobre.

Fils de l’ex-journaliste de Radio-Canada, Richard Saindon, il travaille depuis quelques années dans la marine marchande. Son métier l’a notamment amené à naviguer au Québec et en Europe.

Le Rimouskois a fréquenté le Programme d’études internationales de l’école Paul-Hubert avant de poursuivre sa formation au Cégep de Rimouski. Il a ensuite obtenu un baccalauréat en philosophie et en science politique à l’Université Laval.

Son parcours professionnel l’a également conduit dans les secteurs de l’hôtellerie et du tourisme, ainsi qu’au sein de PME et de grandes entreprises.

Étienne Pineau Saindon a par ailleurs grandi près du Club de golf Les Saules, à Rimouski, fondé par ses grands-parents, qui l’ont administré pendant plus de 30 ans.

Il devient ainsi le troisième candidat officiellement confirmé dans Rimouski après Yohann St-Pierre du Parti québécois et Virginie Chevalier-Archambault de Québec solidaire.

La Coalition avenir Québec et le Parti conservateur du Québec n’ont toujours pas dévoilé l’identité de leur candidat pour tenter de succéder à la députée sortante Maïté Blanchette Vézina.

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  • Toujours aucun candidat annoncé par la CAQ dans Rimouski
    À moins de deux mois des élections générales du 5 octobre, la Coalition avenir Québec garde toujours le mystère sur l’identité de son candidat dans Rimouski. De passage au Bas-Saint-Laurent, le ministre responsable de la Jeunesse et ministre délégué aux Régions, Mathieu Lévesque, n’a pas voulu confirmer si le parti avait trouvé la personne qui défendra ses couleurs. Questionné par Le Soir.ca sur la candidature caquiste dans Rimouski, monsieur Lévesque indique que la première ministre Christin
     

Toujours aucun candidat annoncé par la CAQ dans Rimouski

14 août 2026 à 07:00

À moins de deux mois des élections générales du 5 octobre, la Coalition avenir Québec garde toujours le mystère sur l’identité de son candidat dans Rimouski. De passage au Bas-Saint-Laurent, le ministre responsable de la Jeunesse et ministre délégué aux Régions, Mathieu Lévesque, n’a pas voulu confirmer si le parti avait trouvé la personne qui défendra ses couleurs.

Questionné par Le Soir.ca sur la candidature caquiste dans Rimouski, monsieur Lévesque indique que la première ministre Christine Fréchette en fera elle-même l’annonce.

Selon nos informations, le parti aurait sollicité plusieurs personnalités dans la circonscription, sans réussir à en convaincre une de porter ses couleurs afin de succéder à la députée Maïté Blanchette Vézina, elle-même élue sous la bannière caquiste.

S’il reconnaît l’importance pour son parti de présenter une candidature forte dans Rimouski, Mathieu Lévesque ne veut avancer aucun échéancier pour en faire l’annonce, même si le compte à rebours commence à se faire sentir.

Actuellement, deux candidats ont confirmé qu’ils seront sur les rangs, soit Yohann St-Pierre du Parti québécois et Virginie Chevalier-Archambault de Québec solidaire.

Le ministre a poursuivi sa tournée des 17 régions administratives du Québec, jeudi, en rencontrant notamment le maire de Rimouski, Guy Caron et le préfet de La Mitis, Bruno Paradis.

Ils ont notamment discuté des besoins du Bas-Saint-Laurent et de la volonté du gouvernement de donner davantage de place aux régions dans ses décisions.

Nouveaux tarifs américains: le gouvernement Fréchette «se prépare à tous les scénarios» 

13 août 2026 à 20:50

Christine Fréchette a réuni hier les principaux acteurs économiques québécois quelques jours avant la date prévue pour l’entrée en vigueur de nouveaux droits de douane américains de 50%, mercredi prochain. 

La première ministre a indiqué que ces nouvelles surtaxes américaines pourraient affecter jusqu’à 9% des exportations québécoises. 

Christopher Skeete, ministre des relations internationales, a rappelé, selon Radio-Canada, que la nouvelle politique internationale du gouvernement Fréchette pourrait amener le Québec à se soustraire à une éventuelle entente Canada–États-Unis qui empiéterait sur ses champs de compétence.

[L'article Nouveaux tarifs américains: le gouvernement Fréchette «se prépare à tous les scénarios»  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Les conservateurs s’engagent à faire «un grand ménage» dans les dépenses publiques 

13 août 2026 à 20:42

Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, a présenté plusieurs mesures qui visent à réduire les dépenses de l’État québécois de 47 milliards $ sur 5 ans. 

Pour y parvenir, le PCQ compte notamment: 

  • réduire les subventions directes et les crédits d’impôt aux entreprises; 
  • instaurer un gel permanent des embauches dans la fonction publique; 
  • accélérer la numérisation de l’État, en s’appuyant sur l’intelligence artificielle.

Duhaime promet par ailleurs «les plus importantes baisses d’impôts et de taxes de l’histoire du Québec».

[L'article Les conservateurs s’engagent à faire «un grand ménage» dans les dépenses publiques  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Le Parti québécois a dévoilé son plan pour l’environnement 

12 août 2026 à 20:34

Les péquistes s’engagent à réduire, avant 2034, les émissions de gaz à effet de serre de 42,5% par rapport aux niveaux de 1990. 

  • L’engagement actuel du gouvernement est de les réduire de 37,5% d’ici 2035.

Pour atteindre son objectif, le PQ compte miser sur des incitatifs financiers, notamment pour l’achat de véhicules électriques et de thermopompes. 

Il s’engage à instaurer une passe universelle de transport collectif à 95 $ par mois. 

  • Elle pourrait être utilisée dans toutes les sociétés de transport au Québec. 

En 2022, le PQ avait proposé une passe de transport collectif à environ 30 $ par mois.

[L'article Le Parti québécois a dévoilé son plan pour l’environnement  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Québec multiplie par dix les amendes minimales des industries à risque environnemental élevé

12 août 2026 à 20:27

À compter d’aujourd’hui, les entreprises qui exercent des activités industrielles présentant de grands risques pour l’environnement, comme les raffineries de pétrole ou les fonderies, devront payer des amendes plus élevées lorsqu’elles contreviennent à la Loi sur la qualité de l’environnement. 

Par exemple, si une entreprise rejette un contaminant, elle sera désormais passible d’une amende minimale de 300 000 $, contre 30 000 $ jusqu’ici.  

Le gouvernement Fréchette soutient que ces hausses substantielles visent à encourager les entreprises à investir dans:

  • la prévention des risques
  • la conformité environnementale 
  • la réduction de leurs impacts sur l’environnement

[L'article Québec multiplie par dix les amendes minimales des industries à risque environnemental élevé a d'abord été publié dans InfoBref.]

Un accord commercial Canada–États-Unis pourrait-il être conclu d’ici quelques jours?

11 août 2026 à 20:59

Le gouvernement américain avait imposé le mois dernier de nouveaux droits de douane de 50% sur de nombreux produits canadiens. 

  • Il est prévu qu’ils entrent en vigueur mercredi prochain. 

Dominic LeBlanc, ministre fédéral responsable du commerce Canada–États-Unis, et Jamieson Greer, ministre américain du commerce international, se sont rencontrés hier pour la troisième fois en trois semaines.

Selon plusieurs médias, LeBlanc et Greer pourraient conclure une entente au cours des prochains jours.

Une telle entente pourrait être soumise lundi à Donald Trump, deux jours avant l’entrée en vigueur des nouveaux tarifs douaniers.

[L'article Un accord commercial Canada–États-Unis pourrait-il être conclu d’ici quelques jours? a d'abord été publié dans InfoBref.]

Québec solidaire propose de nommer un ministre de la lutte à l’itinérance 

11 août 2026 à 20:11

Ruba Ghazal, co-porte-parole de Québec solidaire, a annoncé qu’un futur gouvernement solidaire créerait un poste de «superministre» de la lutte à l’itinérance. 

Le nouveau ministère disposerait d’un budget «pérenne» et de pouvoirs réglementaires.

Il aurait pour mandat de: 

  • coordonner les mesures anti-itinérance avec les autres ministères;
  • gérer un guichet d’accès unique qui centraliserait les demandes d’aides et de programmes destinés aux groupes impliqués; 
  • conseiller la première ministre.

[L'article Québec solidaire propose de nommer un ministre de la lutte à l’itinérance  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Le gouvernement fédéral compte diviser par deux le coût du transport de l’acier 

10 août 2026 à 17:52

Steven MacKinnon, ministre fédéral des transports, a annoncé hier le lancement d’un nouveau programme de soutien au secteur de l’acier. 

Doté de 100 millions $, ce programme remboursera la moitié des frais de transport ferroviaire ou maritime aux entreprises qui expédient d’une province à l’autre de l’acier canadien ou des produits d’acier canadien.

  • Il restera en vigueur pendant une durée maximale d’un an ou jusqu’à épuisement des fonds. 

Le gouvernement Carney a indiqué qu’il mettrait également en place des mesures de soutien pour le secteur forestier.

[L'article Le gouvernement fédéral compte diviser par deux le coût du transport de l’acier  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Les Premières Nations de Colombie-Britannique réclament l’abandon du projet d’oléoduc vers la côte ouest

9 août 2026 à 20:42

À l’occasion de la Journée internationale des peuples autochtones, les chefs des Premières Nations de la province ont demandé hier au gouvernement fédéral et à l’Alberta de mettre un terme au projet d’oléoduc qui relierait l’Alberta et la côte britanno-colombienne. 

Les chefs disent que ce projet:  

  • menace les droits des Premières Nations, qui n’ont pas été consultées; 
  • accélérerait l’expansion de l’industrie pétrolière alors que «des communautés, partout au pays, subissent déjà des catastrophes climatiques dévastatrices». 

[L'article Les Premières Nations de Colombie-Britannique réclament l’abandon du projet d’oléoduc vers la côte ouest a d'abord été publié dans InfoBref.]

Pierre-Luc Brillant sera le candidat du Parti québécois dans Rosemont

9 août 2026 à 20:37

Le comédien et musicien montréalais se présentera pour la deuxième fois en octobre prochain dans la circonscription de Rosemont, à Montréal.

  • Il était arrivé troisième aux élections de 2022. 

Pierre-Luc Brillant avait expliqué à InfoBref il y a 4 ans ce qui l’avait poussé à se lancer en politique [entrevue (juin 2022)].

Le Parti libéral du Québec a récemment présenté James Hughes, président de la Mission Old Brewery à Montréal, comme candidat dans Vaudreuil, en Montérégie.

Québec solidaire a présenté Yv Bonnier-Viger, ancien directeur régional de la santé publique pendant la pandémie, comme candidat dans Bonaventure, en Gaspésie.

[L'article Pierre-Luc Brillant sera le candidat du Parti québécois dans Rosemont a d'abord été publié dans InfoBref.]

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  • Rimouski : Québec solidaire a trouvé sa candidate
    Québec solidaire a trouvé sa candidate dans Rimouski. Éducatrice en centre de la petite enfance (CPE) et résidente du district Le Bic, Virginie Chevalier-Archambault portera ses couleurs en vue de l’élection provinciale prévue le 5 octobre prochain. La principale intéressée a annoncé sa candidature sur sa page Facebook. Elle succède à Carol-Ann Kack, candidate de Québec solidaire dans Rimouski lors des élections de 2018 et de 2022. Cette dernière a récemment reconfirmé qu’elle n’avait
     

Rimouski : Québec solidaire a trouvé sa candidate

8 août 2026 à 18:00

Québec solidaire a trouvé sa candidate dans Rimouski. Éducatrice en centre de la petite enfance (CPE) et résidente du district Le Bic, Virginie Chevalier-Archambault portera ses couleurs en vue de l’élection provinciale prévue le 5 octobre prochain.

La principale intéressée a annoncé sa candidature sur sa page Facebook.

Elle succède à Carol-Ann Kack, candidate de Québec solidaire dans Rimouski lors des élections de 2018 et de 2022.

Cette dernière a récemment reconfirmé qu’elle n’avait pas l’intention de participer à la prochaine campagne électorale.

Originaire de Montréal, madame Chevalier-Archambault habite le Bas-Saint-Laurent depuis trois ans. Il s’agira de sa première expérience comme candidate après avoir gravité autour de Québec solidaire depuis plus de 15 ans.

Au fil des années, elle dit avoir participé à cinq campagnes électorales de la formation politique dans différentes régions du Québec.

Dans sa publication, la candidate explique vouloir aller à la rencontre des citoyens de Rimouski et contribuer concrètement à l’amélioration de leur quotidien.

Les familles parmi ses priorités

Virginie Chevalier-Archambault compte notamment faire des enjeux touchant les familles un élément important de sa campagne.

« Pendant toutes ces années d’implication, des personnes exceptionnelles m’ont partagé leurs connaissances et leurs expériences et c’est grâce à elles que je peux me présenter comme candidate aujourd’hui. Je porterai aussi avec conviction les causes de l’environnement et de l’indépendance du Québec. Je vous promets une campagne électorale ambitieuse, agréable et empathique », écrit-elle sur sa page Facebook.

La candidate souhaite également poursuivre le travail réalisé dans la circonscription par Carol-Ann Kack au cours des dernières années.

Virginie Chevalier-Archambault rejoint Yohann St-Pierre, du Parti québécois, dans la course à la succession de Maïté Blanchette Vézina dans Rimouski.

La députée sortante sollicitera plutôt un prochain mandat, sous les couleurs conservatrices, dans la circonscription de La Peltrie, dans la région de Québec.

Le Parti québécois réitère sa position en faveur d’un troisième lien réservé au transport en commun

6 août 2026 à 20:19

Paul St-Pierre Plamondon était hier à Lévis pour présenter le candidat péquiste pour la circonscription aux prochaines élections.

  • Ce sera Yanick Godbout, directeur du développement des services internationaux chez Desjardins. 

Lors de la dernière campagne, en 2022, le PQ avait proposé de relier Québec et Lévis par un train léger circulant dans un tunnel sous le fleuve.

St-Pierre Plamondon a indiqué: 

  • qu’un troisième lien entre les deux villes est nécessaire;
  • qu’il doit être réservé au transport en commun; 
  • qu’il ne doit pas être «hors de prix».

[L'article Le Parti québécois réitère sa position en faveur d’un troisième lien réservé au transport en commun a d'abord été publié dans InfoBref.]

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  • Sondage: le Parti québécois demeure en tête
    Selon un sondage réalisé la fin de semaine dernière par la firme Pallas Data pour le magazine L’actualité et le site Qc125, les péquistes recueillent 31% des intentions de vote. Le Parti libéral est deuxième avec 27%.  La Caq se maintient en troisième position, à 19%.  Le Parti conservateur du Québec récolterait 14% des votes.  Québec solidaire en obtiendrait 9%.  [L'article Sondage: le Parti québécois demeure en tête a d'abord été publié dans InfoBref.]
     

Sondage: le Parti québécois demeure en tête

5 août 2026 à 20:27

Selon un sondage réalisé la fin de semaine dernière par la firme Pallas Data pour le magazine L’actualité et le site Qc125, les péquistes recueillent 31% des intentions de vote.

Le Parti libéral est deuxième avec 27%. 

La Caq se maintient en troisième position, à 19%. 

Le Parti conservateur du Québec récolterait 14% des votes. 

Québec solidaire en obtiendrait 9%. 

[L'article Sondage: le Parti québécois demeure en tête a d'abord été publié dans InfoBref.]

Le gouvernement étend son projet pilote de soutien à domicile 

5 août 2026 à 20:23

Neuf régions du Québec pourront, progressivement à compter de cet automne, bénéficier du Programme d’exonération financière pour les services d’aide à domicile. 

Ce programme permet aux aînés, personnes en perte d’autonomie et proches aidants d’obtenir des services d’aide à domicile à un tarif réduit.  

Les entreprises d’économie sociale qui les fournissent reçoivent du gouvernement un tarif de base de 34,30 $ l’heure.

Sonia Bélanger, ministre de la santé, a précisé hier que 45 entreprises d’économie sociale s’ajouteront aux 3 qui participent déjà au projet.

[L'article Le gouvernement étend son projet pilote de soutien à domicile  a d'abord été publié dans InfoBref.]

L’ancien PDG de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain se lance en politique 

4 août 2026 à 20:31

Michel Leblanc se présentera pour le Parti libéral du Québec dans la circonscription de Marguerite-Bourgeoys, à Montréal, lors des élections générales d’octobre. 

L’annonce, confirmée par plusieurs médias, doit avoir lieu aujourd’hui. 

Leblanc avait quitté au printemps son poste de PDG après 16 ans à la tête de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

[L'article L’ancien PDG de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain se lance en politique  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Lancement du registre des activités d’influence étrangère 

4 août 2026 à 20:22

Le gouvernement fédéral a annoncé hier l’entrée en vigueur d’un nouveau registre visant à rendre publiques les activités d’influence menées au Canada pour le compte d’intérêts étrangers.

Toute personne ou entité qui conclut une entente avec un acteur étranger en vue d’influencer un processus politique ou gouvernemental au Canada est désormais tenue d’y enregistrer cette entente dans un délai de 14 jours.

Les contrevenants s’exposent à une amende pouvant atteindre 1 million $.

Le registre sera administré par un commissaire indépendant. 

[L'article Lancement du registre des activités d’influence étrangère  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Une ancienne ministre devra verser 60 000 $ à un groupe anti-avortement 

2 août 2026 à 21:13

Caroline Proulx, ancienne ministre du tourisme, avait demandé en 2023 au Centre des congrès de Québec d’annuler la tenue d’un événement anti-avortement.

Harvest Ministries International, l’organisation chrétienne britanno-colombienne qui souhaitait organiser l’événement, avait poursuivi la ministre et le gouvernement.

  • Le groupe soutenait que la décision de la ministre était abusive et discriminatoire.

La Cour supérieure a jugé que la ministre avait outrepassé ses pouvoirs et engagé sa responsabilité personnelle. 

  • Caroline Proulx devra s’acquitter seule des 60 000 $. 

[L'article Une ancienne ministre devra verser 60 000 $ à un groupe anti-avortement  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Le gouvernement fédéral impose une surtaxe à l’importation de certains meubles en bois

2 août 2026 à 21:12

Les fabricants de nombreux pays verront désormais certains types d’armoires et de meubles-lavabos en bois soumis à un droit de douane de 25% lorsqu’ils les vendent au Canada. 

François-Philippe Champagne, ministre fédéral des finances, a présenté cette mesure comme un «droit de sauvegarde provisoire». 

Elle s’appliquera pour un maximum de 200 jours, pendant que le Tribunal canadien du commerce extérieur enquête sur des suspicions de dumping de la part de certains pays.

La surtaxe ne touche pas les meubles fabriqués aux États-Unis, au Mexique, en Israël, au Chili ni «dans les pays en développement».

[L'article Le gouvernement fédéral impose une surtaxe à l’importation de certains meubles en bois a d'abord été publié dans InfoBref.]

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  • Redevances aux géants du Web : Blanchette-Joncas fustige Carney
    Le député bloquiste de Rimouski–La Matapédia, Maxime Blanchette-Joncas, fustige l’annulation par Mark Carney de toute redevance de base exigible aux plateformes de diffusion en ligne américaines comme Netflix ou Amazon Prime. Il estime qu’il s’agit d’une troisième capitulation historique en matière de culture par le premier ministre du Canada devant le président des États-Unis Donald Trump. « Mark Carney sacrifie de nouveau notre secteur culturel dans une autre faible tentative de plaire
     

Redevances aux géants du Web : Blanchette-Joncas fustige Carney

2 août 2026 à 12:00

Le député bloquiste de Rimouski–La Matapédia, Maxime Blanchette-Joncas, fustige l’annulation par Mark Carney de toute redevance de base exigible aux plateformes de diffusion en ligne américaines comme Netflix ou Amazon Prime.

Il estime qu’il s’agit d’une troisième capitulation historique en matière de culture par le premier ministre du Canada devant le président des États-Unis Donald Trump.

« Mark Carney sacrifie de nouveau notre secteur culturel dans une autre faible tentative de plaire à Donald Trump, qui n’a absolument rien cédé en retour. Non seulement cette décision nuit à l’avenir de notre télévision et de notre cinéma, mais elle constitue un autre abus de pouvoir de Mark Carney qui dicte au CRTC sa réglementation alors qu’il s’agit d’un organisme indépendant », a commenté monsieur Blanchette-Joncas.

Ottawa a confirmé à la Cour d’appel fédérale qu’il éliminera la modeste contribution de base de 5 % que le CRTC réclamait aux plateformes de diffusion américaines depuis 2024 pour financer les médias et la culture d’ici.

Il s’agit d’un troisième recul, après avoir exigé en juin dernier que le CRTC revoie sa décision de hausser ces redevances de 5 % à 15 % et après avoir annulé, le 29 juin 2025, la taxe sur les services numériques imposables aux géants du Web.

Mark Carney n’a pourtant pas le pouvoir de modifier la réglementation mise en place par le CRTC à sa place, à moins d’une modification législative.

« Il outrepasse ses pouvoirs légaux et met en péril la culture québécoise. Pire encore, il traite notre culture comme un vulgaire obstacle au commerce, à l’instar de Donald Trump. C’est une honte et il doit reculer », estime Maxime Blanchette-Joncas.

Des milliards de dollars

Non seulement Mark Carney renonce à des milliards qui arriveraient d’entreprises étatsuniennes qui ne paient pas leurs impôts au Canada, mais en plus ce sont les contribuables qui seront appelés à remplacer la part de contribution des géants étatsuniens du numérique, qui aurait été tirée des revenus de leurs activités au Canada.

« Trois fois plutôt qu’une, Mark Carney a démontré qu’il n’a aucune hésitation à sacrifier notre culture face à Donald Trump. Cet abandon de toute redevance de base aujourd’hui démontre que le Canada met fin à toute tentative de faire contribuer les milliardaires des géants du Web. C’est 10 ans de lutte de nos artisans pour l’avenir de la culture que Mark Carney jette aux poubelles », a conclu le député Blanchette-Joncas.

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  • Denis Fortin se retire temporairement de ses fonctions
    Compte tenu des accusations portées contre lui, Denis Fortin se retire temporairement de ses fonctions de maire à Saint-Antonin. Martine St-Pierre agira à titre de suppléante à la tête de la Ville pour une durée indéterminée. La mairesse suppléante, entouré de membres du conseil municipal, en a fait l’annonce ce 30 juillet. Elle a lu une communication de Denis Fortin adressée à la direction générale. « Cette décision est effective dès maintenant. Je vous prie de prendre les dispositions n
     

Denis Fortin se retire temporairement de ses fonctions

31 juillet 2026 à 07:00

Compte tenu des accusations portées contre lui, Denis Fortin se retire temporairement de ses fonctions de maire à Saint-Antonin. Martine St-Pierre agira à titre de suppléante à la tête de la Ville pour une durée indéterminée.

La mairesse suppléante, entouré de membres du conseil municipal, en a fait l’annonce ce 30 juillet.

Elle a lu une communication de Denis Fortin adressée à la direction générale. « Cette décision est effective dès maintenant. Je vous prie de prendre les dispositions nécessaires pour que les opérations régulières de la ville n’en soient pas affectées », a-t-il écrit.

Les élus ont assuré que les mêmes services aux citoyens allaient être prodigués et que l’ensemble des dossiers et projets de la Ville se poursuivraient.

« Nous ne ferons aucun autre commentaire », a conclu madame St-Pierre.

Denis Fortin (Photo tirée de Facebook)

Denis Fortin a été accusé de deux chefs d’accusation d’agression sexuelle, le 29 juillet, au palais de justice de Rivière-du-Loup. Il a comparu seul par visioconférence devant la juge Luce Kennedy.

Les évènements seraient survenus en 2016 et en 2017. L’identité de la victime alléguée est protégée par une ordonnance de non-publication. La cause a été reportée au 14 août.

Le gouvernement retarde la publication des nouvelles cartes de zones inondables

30 juillet 2026 à 20:33

Un premier lot de cartes définissant les zones inondables dans le Grand Montréal devait entrer en vigueur demain, le 1er août. 

  • Ces cartes doivent en remplacer d’anciennes jugées imprécises et désuètes.

La Communauté métropolitaine de Montréal, qui a produit les nouvelles cartes, demande à Québec de revenir sur sa décision de retarder leur publication. 

Elle soutient que ces cartes sont «essentielles» aux municipalités, car elles leur permettront:  

  • d’évaluer la performance des mesures de protection;
  • de déterminer les correctifs nécessaires; 
  • d’adapter les bâtiments et les infrastructures.

[L'article Le gouvernement retarde la publication des nouvelles cartes de zones inondables a d'abord été publié dans InfoBref.]

  • ✇Journal Le Soir
  • Maire de Saint-Antonin : Denis Fortin accusé d’agression sexuelle
    Denis Fortin, le maire de Saint-Antonin, a été accusé de deux chefs d’agression sexuelle, ce mercredi 29 juillet au palais de justice de Rivière-du-Loup. Il a été arrêté en lien avec des évènements survenus en 2016 et en 2017. Par Lydia Barnabé-Roy- Initiative de journalisme local- Infodimanche L’élu fait face à des accusations d’agression sexuelle et d’agression sexuelle armée. Il est passible d’une période d’emprisonnement maximale de 10 ans et de 14 ans pour chacun des chefs. Denis
     

Maire de Saint-Antonin : Denis Fortin accusé d’agression sexuelle

30 juillet 2026 à 08:00

Denis Fortin, le maire de Saint-Antonin, a été accusé de deux chefs d’agression sexuelle, ce mercredi 29 juillet au palais de justice de Rivière-du-Loup. Il a été arrêté en lien avec des évènements survenus en 2016 et en 2017.

Par Lydia Barnabé-Roy- Initiative de journalisme local- Infodimanche

L’élu fait face à des accusations d’agression sexuelle et d’agression sexuelle armée. Il est passible d’une période d’emprisonnement maximale de 10 ans et de 14 ans pour chacun des chefs.

Denis Fortin a comparu devant la juge Luce Kennedy en milieu d’après-midi. Il a assisté à sa comparution par visioconférence, seul.

Une ordonnance de non-publication protège l’identité de la victime présumée dans le dossier.

Denis Fortin a été élu pour un premier mandat à la Ville de Saint-Antonin, après de nombreuses années à siéger au conseil municipal, et une campagne infructueuse en 2021. Il est agriculteur de profession.

Par écrit, la Ville de Saint-Antonin assure que les activités municipales se poursuivront comme à la normale.

Les élus ont été rencontrés au sujet de cette situation plus tôt cet avant-midi et «les citoyens seront informés en temps opportun des développements et des mesures qui seront prises».

«Puisqu’il s’agit d’un dossier qui se retrouve présentement devant la justice, aucun autre commentaire ne sera formulé», peut-on lire dans la déclaration envoyée aux membres des médias.

Denis Fortin sera libéré en attente de la suite des procédures judiciaires. Il devra respecter plusieurs conditions, notamment d’éviter de contacter la victime, ainsi que son entourage.

La cause a été reportée au 24 aout.

Charles Milliard veut resserrer les liens du Québec avec les autres provinces 

29 juillet 2026 à 21:01

Le chef du Parti libéral du Québec a affirmé, devant le consulat général des États-Unis à Québec, que le Canada devrait s’abstenir de riposter aux nouveaux droits de douane imposés récemment par les États-Unis. 

  • Il estime que ce n’est pas la solution à privilégier face à un président américain «imprévisible».

Un mois avant le début officiel de la campagne électorale, Milliard propose de: 

  • rétablir une alliance entre le Québec et l’Ontario, qu’il accuse la Caq d’avoir rompue; 
  • créer des alliances avec les autres provinces; 
  • partir en missions commerciales à l’étranger. 

[L'article Charles Milliard veut resserrer les liens du Québec avec les autres provinces  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Presque tous les Canadiens peuvent maintenant renouveler leur passeport en ligne

28 juillet 2026 à 20:24

Tous les adultes qui avaient demandé leur passeport actuel à 16 ans ou plus, font leur demande depuis le Canada, et fournissent tous les documents requis peuvent désormais présenter une demande en ligne pour remplacer leur passeport. 

  • Jusqu’ici, des conditions supplémentaires et un plafond de 2000 demandes par jour s’appliquaient. 

Pour renouveler le passeport d’un enfant, cependant, les parents devront continuer de se rendre en personne à un bureau de Service Canada. 

Les demandes de passeport en ligne sont, comme celles soumises en personne ou par la poste, traitées en moins de 30 jours ouvrables ou remboursées.  

[L'article Presque tous les Canadiens peuvent maintenant renouveler leur passeport en ligne a d'abord été publié dans InfoBref.]

Plusieurs élections fédérales partielles auront lieu le mois prochain

26 juillet 2026 à 21:14

Le gouvernement fédéral a annoncé hier la tenue d’élections partielles le lundi 31 aout dans trois circonscriptions: une au Québec, une en Ontario, une en Colombie-Britannique. 

Au Québec, ce sont les électeurs de Chicoutimi – Le Fjord qui sont appelés aux urnes. 

La circonscription a été laissée vacante par le récent départ du député conservateur Richard Martel, nommé sénateur.

[L'article Plusieurs élections fédérales partielles auront lieu le mois prochain a d'abord été publié dans InfoBref.]

Le pont Gordie-Howe s’ouvre à la circulation à midi 

26 juillet 2026 à 20:25

Les camions et voitures pourront désormais l’emprunter pour circuler entre Windsor, en Ontario, et Détroit, au Michigan. 

Le pont, de 2,5 km, est doté de:  

  • 6 voies de circulation
  • 16 voies de péage 

Une voie pour piétons et cyclistes ouvrira le 5 août.

Le pont doit son nom à Gordie Howe, un célèbre joueur canadien de l’équipe de hockey des Red Wings de Détroit.

La cérémonie d’inauguration du pont, vendredi, était uniquement canadienne.

La semaine dernière, à la suite de l’imposition de nouveaux tarifs américains, le gouvernement fédéral avait annulé une cérémonie conjointe avec les États-Unis.

[L'article Le pont Gordie-Howe s’ouvre à la circulation à midi  a d'abord été publié dans InfoBref.]

Les ambulanciers sont parvenus à une entente avec le gouvernement

26 juillet 2026 à 20:14

La Fédération de la santé et des services sociaux a conclu une entente de principe avec le gouvernement Fréchette dans le cadre du renouvellement des conventions collectives des services préhospitaliers d’urgence. 

  • Les ambulanciers paramédicaux sont sans contrat de travail depuis 2023. 

La nouvelle entente, dont aucun détail n’a été dévoilé, vise 3 500 ambulanciers, dont plus de 1000 chez Urgences-santé – qui dessert Montréal et Laval.

Elle doit être soumise prochainement au vote des membres du syndicat.

[L'article Les ambulanciers sont parvenus à une entente avec le gouvernement a d'abord été publié dans InfoBref.]

Avant de riposter aux nouveaux tarifs, le gouvernement Carney compte négocier 

23 juillet 2026 à 20:53

Mark Carney a dit qu’il serait «contre-productif» de prendre des mesures avant l’entrée vigueur, le mois prochain, des droits de douane américains de 50%. 

L’objectif d’Ottawa, explique-t-il, est de parvenir à un accord global couvrant tous les secteurs touchés par des tarifs.

  • Il a aussi évoqué une aide fédérale aux travailleurs et entreprises touchés.

Le gouvernement américain a par ailleurs annoncé hier de nouveaux droits de douane pour remplacer la surtaxe mondiale de 10% qui arrivait à échéance aujourd’hui.

  • Pas de changement pour les produits canadiens non couverts par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique: ils restent soumis à des tarifs de 10%.

[L'article Avant de riposter aux nouveaux tarifs, le gouvernement Carney compte négocier  a d'abord été publié dans InfoBref.]

  • ✇Dans les algorithmes
  • Il nous faut mieux prendre en compte l’économie politique de l’IA
    La quête à attribuer des responsabilités techniques aux entreprises de l’IA nous leurre, expliquent les chercheurs Janet Vertesi, danah boyd, Alex Taylor et Benjamin Shestakofsky dans un article de recherche pour FAccT’26, la Conference on Fairness, Accountability, and Transparency qui se tenait à Montréal. Le Projet d’IA – comme ils l’appellent – est une entreprise de construction mondiale, dans laquelle ceux qui financent et développent des systèmes d’IA cherchent à maintenir des réseaux de po
     

Il nous faut mieux prendre en compte l’économie politique de l’IA

9 juillet 2026 à 01:00

La quête à attribuer des responsabilités techniques aux entreprises de l’IA nous leurre, expliquent les chercheurs Janet Vertesi, danah boyd, Alex Taylor et Benjamin Shestakofsky dans un article de recherche pour FAccT’26, la Conference on Fairness, Accountability, and Transparency qui se tenait à Montréal. Le Projet d’IA – comme ils l’appellent – est une entreprise de construction mondiale, dans laquelle ceux qui financent et développent des systèmes d’IA cherchent à maintenir des réseaux de pouvoir et de richesse. Ils configurent nos conditions sociotechniques tout en leurrant les universitaires, les décideurs, les journalistes et le public qui seraient invités à plus ou moins co-construire un avenir qui leur donne du pouvoir, sans que celui-ci ne soit jamais vraiment partagé. Ces leurres donnent souvent à ces acteurs l’illusion d’une responsabilité, tout en masquant les transformations profondes de l’économie politique à l’œuvre. En réalité, notre attention collective portée à ces leurres soutient, stabilise et renforce le projet IA des grandes entreprises de la tech. Pour les chercheurs, l’invitation à cadrer la technologie qu’entrouvrent ceux qui portent le projet d’IAification du monde tient d’une distraction qui brouille les enjeux de pouvoirs à l’œuvre. Les leurres nous détournent de la compréhension de l’accaparement qui se déploie.     

« Pour faire progresser une équité ou une responsabilité significative dans l’IA, il faut : 1) reconnaître quand et comment les leurres servent de distraction, et 2) s’attaquer directement à l’économie politique matérielle du projet d’IA. Il faut s’intéresser aux réseaux de pouvoir qui rendent l’IA possible », expliquent les chercheurs. « Nous ne parviendrons pas à instaurer une obligation de rendre des comptes en bricolant les fonctionnalités techniques ; il nous faut nous pencher sur les enjeux politiques et économiques », synthétise danah boyd sur son blog

Les chercheurs invitent à mieux s’intéresser à l’économie politique qui interroge les relations entre les forces complexes et imbriquées de la politique, des marchés et de la société. A observer leurs évolutions constantes, comment les capacités d’action évoluent avec l’accumulation de pouvoir et de ressources matérielles. Et comment ils réorganisent et configurent les ordres matériels, sociaux et économiques à leur avantage. Des acteurs capitalistes hétérogènes ont su tirer parti de l’incertitude ambiante pour mobiliser à leur avantage les technologies de communication et les relations financières. Ce faisant, ils restructurent les marchés en leur faveur et orientent les flux ainsi que l’appropriation de capitaux, de ressources, de données, de matériaux et de main-d’œuvre entre différents sites. Comme le disait déjà le sociologue Manuel Castells à propos du projet de façonnage du monde porté par l’empire médiatique de Rupert Murdoch dans les années 1990 et 2000 (notamment dans son livre, Communication et pouvoir, 2013), les nouvelles architectures des technologies de l’information et de la communication offrent des opportunités de consolidation du pouvoir au sein d’élites interconnectées – ce qu’il nomme des « réseaux de pouvoir ». Pour Castells, les élites configurent les réseaux à leur avantage et le pouvoir de création de réseaux, représente la forme de pouvoir suprême dans une société de l’information. La constellation émergente d’individus, d’organisations et de structures financières qui façonnent actuellement l’IA telle que nous la connaissons était déjà en pleine ascension dans la Silicon Valley au lendemain de l’éclatement de la bulle Internet. Elle s’est renforcée avec la crise financière de 2008 et la crise pandémique de 2020. Le lancement public de ChatGPT par OpenAI en décembre 2022 a ouvert la voie à la restructuration du marché, après l’échec à concrétiser les promesses des cryptomonnaies et du métavers (autres tentatives à renforcer le pouvoir).

Le marché de l’IA est construit et vise à convaincre voire contraindre régulateurs comme clients à adhérer à leur vision. « Les entreprises dominantes peuvent consolider leur position en influençant les politiques publiques et en incitant les États à lever des réglementations, à accorder des subventions, à faire respecter (ou pas) les droits de propriété ou à instaurer de nouvelles règles imposant des coûts prohibitifs aux concurrents désireux de pénétrer le marché. » Derrière les entreprises du secteur, le pouvoir de réseau se consolide autour de technologies qui reposent avant tout sur la manipulation de matériaux, d’idées, de fonctionnalités et de capitaux, c’est-à-dire des éléments peu techniques, foncièrement capitalistes, dirait Romaric Godin. Rien ne vient freiner la course à l’établissement d’une élite d’acteurs dominants, constatent également les chercheurs. Pire, les géants de la tech consolident actuellement leur contrôle sur chaque maillon de la chaîne d’approvisionnement de l’IA – énergie, puces, modèles fondamentaux, puissance de calcul et outils de développement logiciel… sans compter l’investissement financier – afin de garantir leur position centrale. Tout l’enjeu consiste désormais à nouer des partenariats entre eux, dans une collaboration inter-entreprises mutuellement avantageuses, comme le font Microsoft et OpenAI. 

Face à ces développements, la régulation joue souvent à la marge. Pour les chercheurs, celle-ci s’intéresse bien trop à des leurres, plutôt qu’à la construction du pouvoir. Mais, « les leurres ne sont pas qu’une simple distraction ; ils constituent un outil essentiel pour façonner un environnement ». « Pendant que nous nous concentrons à débattre des spécificités techniques de l’IA, les grands acteurs de l’IA établissent des flux pour accroître leur richesse et leur pouvoir. » « De cette manière, même les critiques contribuent à rallier des soutiens au projet d’IA. Les leurres constituent donc des pièges de responsabilisation qui, paradoxalement, renforcent plutôt qu’ils ne contraignent le puissant réseau qui sous-tend le projet d’IA. » Et le projet d’IA regorge de leurres. Certains sont délibérément construits ou exploités par les intermédiaires de l’IA pour attirer l’attention sur des aspects spécifiques du projet (et la détourner d’autres). 

Les leurres de l’IA

Les chercheurs distinguent 5 leurres dans lesquels la critique se perd parfois : le leurre ontologique, le leurre de l’inévitabilité, le leurre de la rupture, le leurre de la sécurité et le leurre réglementaire. 

Il y a d’abord le leurre ontologique. Le terme IA s’efforce d’échapper à toute définition afin de maximiser son pouvoir suggestif. « Cette ambiguïté peut s’avérer puissante car elle incite souvent différents acteurs à s’obséder sur la manière de délimiter ce qu’est ou devrait être l’IA, plutôt que de se concentrer sur le travail accompli par le Projet d’IA dans le monde.» Cette ambiguïté sert donc profondément les intérêts des acteurs. « Ce leurre ontologique déplace les termes du débat vers la définition de l’IA, détournant l’attention de son action concrète : permettre l’expansion du Projet d’IA. » Les chercheurs prennent comme exemple, les transformations du financement de la recherche ou des entreprises, qui depuis 2023, s’orientent de plus en plus exclusivement vers des projets d’IA au détriment de tous les autres. Partout, la réorganisation des flux financiers est profonde, expliquent-ils. « Le leurre ontologique constitue une forme de piège. Il attire sans cesse les acteurs vers des questions insolubles concernant la détermination et la clarification de la nature de l’IA, alors même que l’on constate que le dévoilement des spécificités techniques ne parvient pas à rendre ces questions plus ou moins certaines. » « L’instabilité ontologique persistante entourant l’IA permet aux intermédiaires d’introduire l’IA dans des secteurs et des pratiques toujours plus nombreux. De petites entreprises qualifient leurs technologies d’IA pour capter des ressources financières et acquérir une influence au sein du réseau. De telles pratiques nous amènent nécessairement à nous demander : « S’agit-il vraiment d’IA ? » ou même « Est-ce un usage pertinent de l’IA ? ». »

Plutôt que de nous laisser enfermer dans des débats sur « ce qu’est l’IA et comment elle devrait fonctionner », nous gagnerions à élargir notre perspective pour comprendre comment l’IA accapare toute l’attention et l’espace du débat. L’ambiguïté vise surtout à garantir que l’IA  reste suffisamment flexible pour s’adapter à mesure que se déploie leur stratégie de création et de concentration du marché. « Il nous faut donc résister au leurre ontologique et à l’impératif qu’il impose de définir la « véritable » nature ou le potentiel réel de l’IA. Une critique efficace doit ébranler le pouvoir du réseau plutôt que de l’alimenter.»

Le leurre de l’inévitabilité. L’industrie technologique recourt souvent à la rhétorique de l’inévitabilité pour justifier ses développements. « L’utilité de ce leurre de l’inévitabilité réside notamment dans sa capacité à permettre aux acteurs de modifier constamment les temporalités, en proposant de nouvelles projections quant au moment où la promesse future de l’IA se concrétisera enfin. Que cet avenir concerne l’avènement de l’IA générale, l’informatique quantique ou d’autres avancées technologiques majeures, les acteurs qui promeuvent l’IA tirent parti de discours qui rapprochent ou éloignent l’horizon de ces événements, tout en maintenant l’idée de leur inéluctabilité. » L’inéluctabilité permet surtout de bâtir des monopoles. Il permet de présenter les investissements comme nécessaires, même quand ils sont entravés par les contestations, comme c’est le cas dans les luttes contre les datacenters. « La rhétorique de l’inéluctabilité normalise aussi divers types de risques, notamment économiques et technologiques : dès lors que l’avenir est perçu comme prédéterminé, des décisions commerciales risquées sont requalifiées en nécessités. Ce discours sur l’inéluctabilité offre ainsi une forme de clôture discursive susceptible d’accélérer l’avènement de certains futurs tout en empêchant d’autres de se concrétiser. » 

« La répétition de discours futuristes similaires au sein de nombreuses entreprises crée une apparence de cohérence », une forme d’alignement où tout le monde semble d’accord sur l’horizon à atteindre. L’inévitabilité crée un ensemble de conditions qui rendent l’IA trop importante pour échouer, et permet d’assurer du pouvoir au projet IA sur les marchés. La course entre les grandes puissances mondiales pour construire une intelligence artificielle générale (IAG) alimente ce discours sur l’inévitabilité, en dressant des parallèles avec la course au nucléaire ou la course à l’espace. Le discours selon lequel « l’IA est inévitable » perpétue ainsi un imaginaire sociotechnique qui mêle pouvoir étatique et pouvoir des entreprises à des récits partagés sur les promesses à venir. Ces discours séduisent notamment parce qu’ils suggèrent la nécessité d’un soutien matériel des gouvernements aux niveaux fédéral, étatique et local, tout en occultant les préoccupations susceptibles d’entraver la réalisation de ce bien prétendument indispensable. L’alliance de considérations géopolitiques et du discours sur « l’inévitabilité » contribue également à justifier des engagements politiques et économiques, tels que la persistance de l’antagonisme entre les États-Unis et la Chine, et les investissements stratégiques. Enfin, l’inévitabilité embarque également les usagers, et alimente le projet d’IA au lieu de le freiner. Elle renforce également l’influence des acteurs de l’IA, leur permettant de consolider leurs réseaux de pouvoir que ce soit l’affectation des capitaux, l’extraction des ressources comme la création des marchés.  

Le leurre de la disruption. L’innovation de rupture formalisée notamment par Clayton Christensen, est souvent perçue comme une célébration inconditionnelle de toute forme de perturbation du marché, considérée comme intrinsèquement constructive. Pourtant, la nature exacte de cette rupture et sa valeur est bien souvent loin d’être aussi évidente qu’annoncée. « Les dirigeants du secteur technologique célèbrent par exemple le bouleversement du marché du travail en promettant des entreprises plus efficaces, tout en exprimant publiquement leurs inquiétudes quant aux risques de pertes d’emplois massives. Ce faisant, ils confortent leur conviction que l’innovation doit être poursuivie sans égard à ses conséquences sociales. Mais tandis que les dirigeants du secteur technologique, les universitaires et les experts débattent de l’ampleur des pertes d’emplois dues à l’IA – et de la manière dont elle transformera plus largement le monde du travail -, ils occultent la manœuvre de rupture que cherchent à opérer les promoteurs du Projet d’IA ». Cette stratégie de diversion vise précisément cet objectif : présenter les perturbations locales comme une forme de normalité (naturalisant l’optimisation ou la recherche d’efficacité par exemple), tout en orchestrant des changements massifs dans la concentration du pouvoir à travers les secteurs industriels, voire au-delà des frontières nationales. 

En fait, le terme rupture revêt une importance culturelle considérable, estiment les chercheurs. L’essentiel des études démontrent pourtant que les nouvelles technologies ne bouleversent pas l’ordre social et les inégalités existantes : elles ont plutôt tendance à renforcer ou à consolider les intérêts établis. « En sociologie économique, rappellent les chercheurs, la notion de « rupture » (disruption) renvoie d’ailleurs à une configuration de marché où, tant les nouveaux entrants que les acteurs en place, saisissent les moments d’incertitude pour instaurer un ordre de marché favorisant leurs intérêts. Derrière, la disruption, il faut surtout lire une accumulation et une concentration de capital et de pouvoir autour de quelques entreprises phares de l’IA. » Et les acteurs qui oeuvrent à favoriser leur marché n’aiment rien de moins que la rupture quand elle vient s’en prendre à leurs intérêts, à l’image des barrières érigées à l’encontre de Deepseek venu défier leur concentration. Les grands acteurs de l’IA utilisent également le concept de « rupture » pour détourner l’attention de leurs efforts visant à réorganiser les entreprises et à capter les flux de capitaux à leur profit. « S’il est indéniable que l’introduction de l’IA modifie les tâches des travailleurs, il est tout aussi vrai que, dans de nombreux secteurs, les entreprises utilisent ce prétexte pour mener des restructurations classiques. Parallèlement, elles transfèrent des activités clés vers des pôles de main-d’œuvre à moindre coût, où des outils automatisés visent à accroître la productivité de travailleurs éloignés et difficiles à suivre. Invoquer le caractère « disruptif » de l’IA permet de justifier aussi bien des licenciements – obligeant les salariés restants à « faire plus avec moins » – que le transfert de pans entiers de la main-d’œuvre vers des environnements réglementaires différents, échappant aux statistiques fédérales sur l’emploi et au contrôle des pouvoirs publics. »

Là où l’IA est une rupture, c’est parce qu’elle permet bel et bien de requalifier la main d’œuvre, comme l’expliquait le sociologue américain Henry Braverman, en favorisant la concentration du pouvoir et en éloignant le travail dans les zones éloignées et peu réglementées… « Le projet de l’IA commande et dissimule un bouleversement infrastructurel profond touchant la circulation du capital, la réorganisation et la répartition du travail à l’échelle mondiale, ainsi que la concentration de ressources stratégiques (données, puces, centres de données) entre les mains d’un petit nombre d’acteurs puissants.» En invitant le public à débattre de la manière dont l’IA pourrait bouleverser le marché du travail ou des progrès qu’elle pourrait engendrer, ce leurre du bouleversement nous détourne de la nécessité de voir et de discuter des agissements des acteurs de l’IA à leur profit. 

Le leurre de la sécurité.Tant dans les milieux universitaires que dans le discours public, la sécurité de l’IA renvoie à la nécessité de garantir que les systèmes d’IA soient fiables, ne causent pas de dommages et soient conçus pour refléter des valeurs sociales plus larges. La critique du féminisme des données va plus loin en exigeant une réflexion sur la durabilité, le pouvoir et le pluralisme. Les communautés prônant une IA sûre et responsable mettent souvent l’accent sur des engagements tels que l’équité, la responsabilité et la transparence ; les développeurs de projets IA évoquent plus couramment l’alignement, une forme de sécurité intégrée à l’IA elle-même. Mais la question de la sécurité renvoie surtout à un discours existentiel sur l’arrivée inéluctable de l’intelligence artificielle générale qui menacerait l’humanité (voir notre article). Ces discours sur la super-intelligence et ses risques réduisent la sécurité à des menaces lointaines, « tout en occultant les conséquences de la reproduction du réseau de pouvoir propre au Projet IA ». D’une manière paradoxale, il favorise le projet IA, au prétexte que seules les meilleures entreprises sauraient atténuer ce danger. Ces orientations permettent en fait de cadrer le discours sur la sécurité, en le déconnectant des problèmes de sécurité plus immédiat ou des considérations éthiques plus adaptées. 

Ces orientations axées sur la sécurité sont déconnectées de considérations éthiques plus larges. En qualifiant l’IA de « technologie ordinaire », les informaticiens Arvind Narayanan et Sayash Kapoor soulignent comment la question de la superintelligence détourne l’attention des problèmes bien réels qui émergent à l’ère de l’IA. 

En fait, constatent les chercheurs, la notion de sécurité n’a cessé d’évoluer : d’un cadre porteur de sens, elle s’est transformée en une construction mêlant dimensions ontologiques, inéluctabilité et leurres réglementaires. « Les entreprises utilisent désormais le langage de la sécurité pour envoyer des messages différents à des communautés distinctes ». Les acteurs clés du secteur de l’IA exploitent l’ambiguïté de ce terme pour égarer les critiques préoccupés par les répercussions sociétales. Si ils affirment que celle-ci est leur priorité absolue, en vrai, ils poursuivent leur course, concevant et déployant des modèles et des outils dépourvus de garde-fous efficaces, « tout en cherchant à les aligner sur des valeurs et des normes contestables » : les leurs ! « Or, ce leurre de la sécurité ne constitue ni une conséquence ni une retombée fortuite du Projet de l’IA : il fait partie intégrante de la constitution des réseaux de connaissances et de capitaux nécessaires à son déploiement. Comme tout leurre, il détourne l’attention des enjeux réels tout en consolidant les réseaux de pouvoir indispensables à la pérennité et à l’expansion du Projet IA. En atténuant les inquiétudes du public à l’égard des entreprises d’IA, ce leurre favorise même l’émergence d’opportunités commerciales. » Le discours sur la sécurité renforce le Projet IA, limitant ainsi toute possibilité de se prémunir contre les conséquences de son adoption. 

Le leurre de la régulation. Depuis les années 90, les leaders du secteur technologique n’ont cessé d’affirmer que la régulation était l’ennemi de l’innovation, alors que leurs critiques soutenaient qu’elle était le seul moyen de responsabiliser l’industrie. Paradoxalement, nombre d’acteurs de l’IA semblent demander aux autorités d’élaborer des règles de régulation, à l’image de Sam Altman réclamant au Congrès américain de créer une agence gouvernementale dédiée. En fait, les dirigeants du secteur technologique ont compris que la régulation pouvait s’avérer stratégiquement avantageuse, « surtout s’ils disposaient d’une place à la table des décisions ». Leur but est bien plus de consolider leur position que de la menacer. Le managérialisme réglementaire des organismes de réglementation américains est facilement récupéré par les entreprises qui ont appris à s’adapter à des évolutions réglementaires qui ne les menacent jamais. Même l’IA Act européen, qui pense que les entreprises technologiques pourraient remédier aux préjudices complexes qu’elles mettent en place grâce à une meilleure conception de leurs produits sous la contrainte, se leurre, expliquaient déjà danah boyd et Maria Angel (voir notre article, la responsabilité ne suffit pas), alors que la faiblesse des mécanismes d’application du règlement sur l’IA conduit, dans de nombreux cas, à confier aux entreprises elles-mêmes l’évaluation des risques posés par leurs systèmes, renforçant de fait leur position dominante.

Or, « si l’IA semble nécessiter une régulation urgente à une époque où les structures de pouvoir de l’après-guerre sont sur le déclin, ce n’est pas parce que ses capacités techniques sont à l’origine de l’instabilité. C’est plutôt parce que le mot d’ordre de l’IA, rend possible et concrétise la reconfiguration mondiale en faveur des acteurs de l’IA et de leur pouvoir. » Le problème n’est pas de réguler chaque chatbot, chaque technologie, que l’influence totale du projet IA sur le monde. Pour les chercheurs, les travaux existants dans les domaines social et réglementaire « doivent s’orienter vers le cœur du problème : la financiarisation, les possibilités de restructuration des entreprises et les nouvelles formes de monopole, de création et de capture de marché. Si nous voulons exiger que les systèmes d’IA rendent des comptes sur les relations et les infrastructures de la vie sociale et publique, nous devons remettre en question les conditions de possibilité de la construction de ce puissant réseau. Parmi les actions pertinentes, on peut citer l’augmentation de l’impôt sur les plus-values, le renforcement de l’application du droit de la concurrence et la suppression des failles juridiques permettant aux investisseurs d’accumuler des richesses. »

Réguler l’économie plutôt que l’IA ?

« L’IA est devenue le vecteur de transformations sociales majeures, non pas parce qu’une technologie engendrerait des résultats inédits, mais plutôt parce que des acteurs du marché disposant d’importantes ressources financières saisissent cette occasion pour restructurer les opportunités et les infrastructures à leur propre avantage sous l’étiquette IA ». Ce ne sont pas les capacités de chatbots bavards qui permettent au projet IA de s’imposer comme un phénomène tangible, mais bien la construction d’un réseau de pouvoir recelant le potentiel d’un « impact immense et durable sur la société ». Si l’IA semble tout bouleverser à l’heure actuelle, c’est précisément parce qu’elle offre une « occasion de structuration » sans précédent des réseaux de pouvoirs et d’infrastructure. 

Pour les chercheurs, la transparence algorithmique par exemple n’est pas la composante la plus efficace, stable ou influente de ce projet qui mérite d’être encadré.  Que l’intelligence artificielle générale apparaisse ou non, ou que les robots prennent nos emplois ou non, nous devrons composer avec des conditions structurelles durables et les infrastructures résiduelles d’une course entre les grandes entreprises et les gouvernements pour reconstruire les rouages ​​du pouvoir à leur avantage. Même si notre attention se porte sur des enjeux moralement urgents (comme les biais algorithmiques ou l’influence délétère des chatbots sur les plus fragiles…), nous devons abandonner une approche centrée sur les correctifs, sur les détails techniques, pour passer à un contrôle sur le développement du réseau de pouvoir du projet IA dans son ensemble.

« Nous ne souhaitons pas dénigrer le travail important mené au sein de cette communauté sur les questions liées à l’IA et à la société », modèrent les chercheurs. « Notre crainte est que, justement lorsque nous pensons responsabiliser les entreprises d’IA, nous risquions de nous laisser berner par un leurre et de passer à côté de la véritable source de responsabilité. Il est de notre devoir de prendre du recul et d’analyser les mécanismes complexes de ces systèmes. La transparence des outils algorithmiques n’est pas synonyme de responsabilité lorsque l’objectif est de construire une infrastructure de gouvernance incontestable pour maintenir le pouvoir d’une élite. L’équité d’un résultat algorithmique ou d’un ensemble de données particulier importe peu dans un monde où certaines des inégalités les plus massives et persistantes depuis l’ère féodale sont perpétuées par un système d’influence antidémocratique. » 

Mais chercher des points d’entrée pour exiger des comptes ou de la transparence au sein d’un réseau se heurte à sa capacité caractéristique à changer de forme, au risque de rendre le point d’intervention aussi insaisissable que le réseau lui-même. Les grands PDG ne sont pas même la cible idéale d’une intervention, quand c’est dans les coulisses que se joue l’essentiel : lors d’accords conclus entre dirigeants, membres de conseils d’administration, sociétés de capital-risque, gestionnaires d’actifs, responsables politiques et financiers de Wall Street. Le pouvoir de décision est réparti au sein d’une élite en réseau, dotée de ses propres mécanismes de consolidation du pouvoir qui agit partout en fonction du retour sur investissement. 

« La constitution de réseaux visant la conquête de marchés s’accompagne également de formes inédites de métamorphose organisationnelle et sociotechnique. Les entreprises peuvent aisément déplacer des éléments tels que la main-d’œuvre, le capital, le financement, les données et les infrastructures vers d’autres parties du réseau afin d’échapper à toute surveillance », comme l’expliquait Fred Turner récemment, en expliquant que nous étions passé de l’idéologie californienne à l’idéologie texane, de la contre-culture au conservatisme. La capacité d’agir comme la responsabilité sont devenues plastiques et peuvent être très facilement redistribué à travers le réseau, passant d’un data center l’autre, d’un travailleur du clic asiatique à un autre africain… 

Les entreprises d’IA reproduisent des stratégies de métamorphose bien établies, utilisées par des géants influents comme Facebook ou Uber qui n’ont cessé d’échapper et de contourner les réglementations. Même la réglementation environnementale exige de caractériser les formes de contamination industrielle, que les entreprises cherchent à occulter en recourant à des techniques éprouvées consistant à semer le doute et à entretenir l’ignorance. Des ressources telles que les puces électroniques, l’accès aux centres de données ainsi que les données ou l’entraînement de modèles ne sont pas réglementées en tant que monnaies à proprement parler, alors qu’elles sont devenues des actifs dont les échange cimentent les partenariat entre un groupe restreint d’élites, formant un circuit socio-économique propre à l’IA. « La recherche de cette responsabilisation exige de nouveaux cadres d’analyse qui abordent directement la constitution du réseau et ses dérives. »

Mais l’avenir n’est pas inéluctable, rappellent les chercheurs. « Si le projet d’IA est extraordinairement puissant, son pouvoir dépend de l’adhésion continue du public et des institutions à ce projet. À cette fin, il est impératif de reconnaître quand et comment nous pouvons exercer notre pouvoir d’action en ces temps tendus, et de résister aux leurres trompeurs entretenus par les acteurs de l’IA pour façonner l’avenir selon leurs conditions. » Pour cela, les chercheurs invitent à réorienter l’analyse vers l’économie politique de l’IA et à prendre au sérieux le pouvoir politique que le Projet IA laisse présager. Ils invitent à orienter la recherche vers quatre cadres d’analyses : 

Les lieux matériels d’assemblage des réseaux. Le Projet d’IA exige de tisser d’importantes infrastructures en des alignements inédits et souvent instables, en composant de manière créative des relations et des modèles d’échange entre des acteurs hétérogènes. Il nous faut mieux comprendre ces assemblages, les associations que les entreprises tissent entre elles, les « fonctionnalités » inédites qu’elles lancent, les financements qu’elle obtiennent et mobilisent… Et examiner comment les mécanismes d’assemblage, d’acquisition de capitaux et de mise en œuvre limitent la transparence et la responsabilité.

Le financement comme action technopolitique. Des travaux récents à l’intersection de la sociologie économique et des études sociales des sciences et des techniques démontrent comment le travail technique est imbriqué dans les structures financières. C’est le cas notamment du travail de Benjamin Shestakofsky et son livre, Behind the startup: how venture capital shapes work, innovation, and inequality (university of California press, 2024 – voir aussi le travail de Marlène Benquet dont nous rendions compte). Il nous faut mieux comprendre les mécanismes de capture du marché et comprendre pourquoi une réglementation axée sur la technologie tend à négliger les arrangements économiques et politiques qui sous-tendent le projet IA

Des objets aux flux mondiaux. Nous ne devons pas considérer l’IA comme un objet, mais mieux nous concentrer sur les flux circulant entre les sites qui participent à l’agencement mondial de l’IA, comme le montrait l’anthropologue Anna Tsing dans Friction (La découverte, 2020). Nous devons mieux saisir l’infrastructuration, c’est-à-dire comment les connexions entre les nœuds sont concentrées, fragmentées et maintenues de manières spécifiques pour reproduire des rapports de force. Comment les flux de données, de personnes et de capitaux sont-ils facilités ou entravés ? 

Résister au solutionnisme social. Il nous faut enfin résister au solutionnisme tant technologique que juridique, disciplinaire. Ne saisir l’IA que sous l’angle informatique ou juridique par exemple ne nous aide pas à interroger le Projet IA dans sa globalité. « Aucun domaine pris isolément n’apportera la solution face au Projet IA ». Nous devons élaborer des approches bien plus transdisciplinaires, afin qu’elles soient capables d’interrompre les flux et les reconfigurations de réseaux sur lesquels repose le Projet de l’IA. 

La recherche critique « a consacré beaucoup de temps à disséquer les paramètres techniques, dans une volonté sincère de bâtir un avenir plus juste et plus équitable ». Se faisant, elle a été bien plus enrôlée dans le projet IA par des acteurs ayant un intérêt économique et politique direct à façonner l’avenir selon leurs propres termes. « Nous devons trouver d’autres modalités pour exercer la transparence, l’équité et la responsabilité que nous n’arrivons pas à obtenir ». Il est temps de changer de braquet… Et finalement, de finir de politiser la question technologique.

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  • Il nous faut mieux prendre en compte l’économie politique de l’IA
    La quête à attribuer des responsabilités techniques aux entreprises de l’IA nous leurre, expliquent les chercheurs Janet Vertesi, danah boyd, Alex Taylor et Benjamin Shestakofsky dans un article de recherche pour FAccT’26, la Conference on Fairness, Accountability, and Transparency qui se tenait à Montréal. Le Projet d’IA – comme ils l’appellent – est une entreprise de construction mondiale, dans laquelle ceux qui financent et développent des systèmes d’IA cherchent à maintenir des réseaux de po
     

Il nous faut mieux prendre en compte l’économie politique de l’IA

9 juillet 2026 à 01:00

La quête à attribuer des responsabilités techniques aux entreprises de l’IA nous leurre, expliquent les chercheurs Janet Vertesi, danah boyd, Alex Taylor et Benjamin Shestakofsky dans un article de recherche pour FAccT’26, la Conference on Fairness, Accountability, and Transparency qui se tenait à Montréal. Le Projet d’IA – comme ils l’appellent – est une entreprise de construction mondiale, dans laquelle ceux qui financent et développent des systèmes d’IA cherchent à maintenir des réseaux de pouvoir et de richesse. Ils configurent nos conditions sociotechniques tout en leurrant les universitaires, les décideurs, les journalistes et le public qui seraient invités à plus ou moins co-construire un avenir qui leur donne du pouvoir, sans que celui-ci ne soit jamais vraiment partagé. Ces leurres donnent souvent à ces acteurs l’illusion d’une responsabilité, tout en masquant les transformations profondes de l’économie politique à l’œuvre. En réalité, notre attention collective portée à ces leurres soutient, stabilise et renforce le projet IA des grandes entreprises de la tech. Pour les chercheurs, l’invitation à cadrer la technologie qu’entrouvrent ceux qui portent le projet d’IAification du monde tient d’une distraction qui brouille les enjeux de pouvoirs à l’œuvre. Les leurres nous détournent de la compréhension de l’accaparement qui se déploie.     

« Pour faire progresser une équité ou une responsabilité significative dans l’IA, il faut : 1) reconnaître quand et comment les leurres servent de distraction, et 2) s’attaquer directement à l’économie politique matérielle du projet d’IA. Il faut s’intéresser aux réseaux de pouvoir qui rendent l’IA possible », expliquent les chercheurs. « Nous ne parviendrons pas à instaurer une obligation de rendre des comptes en bricolant les fonctionnalités techniques ; il nous faut nous pencher sur les enjeux politiques et économiques », synthétise danah boyd sur son blog

Les chercheurs invitent à mieux s’intéresser à l’économie politique qui interroge les relations entre les forces complexes et imbriquées de la politique, des marchés et de la société. A observer leurs évolutions constantes, comment les capacités d’action évoluent avec l’accumulation de pouvoir et de ressources matérielles. Et comment ils réorganisent et configurent les ordres matériels, sociaux et économiques à leur avantage. Des acteurs capitalistes hétérogènes ont su tirer parti de l’incertitude ambiante pour mobiliser à leur avantage les technologies de communication et les relations financières. Ce faisant, ils restructurent les marchés en leur faveur et orientent les flux ainsi que l’appropriation de capitaux, de ressources, de données, de matériaux et de main-d’œuvre entre différents sites. Comme le disait déjà le sociologue Manuel Castells à propos du projet de façonnage du monde porté par l’empire médiatique de Rupert Murdoch dans les années 1990 et 2000 (notamment dans son livre, Communication et pouvoir, 2013), les nouvelles architectures des technologies de l’information et de la communication offrent des opportunités de consolidation du pouvoir au sein d’élites interconnectées – ce qu’il nomme des « réseaux de pouvoir ». Pour Castells, les élites configurent les réseaux à leur avantage et le pouvoir de création de réseaux, représente la forme de pouvoir suprême dans une société de l’information. La constellation émergente d’individus, d’organisations et de structures financières qui façonnent actuellement l’IA telle que nous la connaissons était déjà en pleine ascension dans la Silicon Valley au lendemain de l’éclatement de la bulle Internet. Elle s’est renforcée avec la crise financière de 2008 et la crise pandémique de 2020. Le lancement public de ChatGPT par OpenAI en décembre 2022 a ouvert la voie à la restructuration du marché, après l’échec à concrétiser les promesses des cryptomonnaies et du métavers (autres tentatives à renforcer le pouvoir).

Le marché de l’IA est construit et vise à convaincre voire contraindre régulateurs comme clients à adhérer à leur vision. « Les entreprises dominantes peuvent consolider leur position en influençant les politiques publiques et en incitant les États à lever des réglementations, à accorder des subventions, à faire respecter (ou pas) les droits de propriété ou à instaurer de nouvelles règles imposant des coûts prohibitifs aux concurrents désireux de pénétrer le marché. » Derrière les entreprises du secteur, le pouvoir de réseau se consolide autour de technologies qui reposent avant tout sur la manipulation de matériaux, d’idées, de fonctionnalités et de capitaux, c’est-à-dire des éléments peu techniques, foncièrement capitalistes, dirait Romaric Godin. Rien ne vient freiner la course à l’établissement d’une élite d’acteurs dominants, constatent également les chercheurs. Pire, les géants de la tech consolident actuellement leur contrôle sur chaque maillon de la chaîne d’approvisionnement de l’IA – énergie, puces, modèles fondamentaux, puissance de calcul et outils de développement logiciel… sans compter l’investissement financier – afin de garantir leur position centrale. Tout l’enjeu consiste désormais à nouer des partenariats entre eux, dans une collaboration inter-entreprises mutuellement avantageuses, comme le font Microsoft et OpenAI. 

Face à ces développements, la régulation joue souvent à la marge. Pour les chercheurs, celle-ci s’intéresse bien trop à des leurres, plutôt qu’à la construction du pouvoir. Mais, « les leurres ne sont pas qu’une simple distraction ; ils constituent un outil essentiel pour façonner un environnement ». « Pendant que nous nous concentrons à débattre des spécificités techniques de l’IA, les grands acteurs de l’IA établissent des flux pour accroître leur richesse et leur pouvoir. » « De cette manière, même les critiques contribuent à rallier des soutiens au projet d’IA. Les leurres constituent donc des pièges de responsabilisation qui, paradoxalement, renforcent plutôt qu’ils ne contraignent le puissant réseau qui sous-tend le projet d’IA. » Et le projet d’IA regorge de leurres. Certains sont délibérément construits ou exploités par les intermédiaires de l’IA pour attirer l’attention sur des aspects spécifiques du projet (et la détourner d’autres). 

Les leurres de l’IA

Les chercheurs distinguent 5 leurres dans lesquels la critique se perd parfois : le leurre ontologique, le leurre de l’inévitabilité, le leurre de la rupture, le leurre de la sécurité et le leurre réglementaire. 

Il y a d’abord le leurre ontologique. Le terme IA s’efforce d’échapper à toute définition afin de maximiser son pouvoir suggestif. « Cette ambiguïté peut s’avérer puissante car elle incite souvent différents acteurs à s’obséder sur la manière de délimiter ce qu’est ou devrait être l’IA, plutôt que de se concentrer sur le travail accompli par le Projet d’IA dans le monde.» Cette ambiguïté sert donc profondément les intérêts des acteurs. « Ce leurre ontologique déplace les termes du débat vers la définition de l’IA, détournant l’attention de son action concrète : permettre l’expansion du Projet d’IA. » Les chercheurs prennent comme exemple, les transformations du financement de la recherche ou des entreprises, qui depuis 2023, s’orientent de plus en plus exclusivement vers des projets d’IA au détriment de tous les autres. Partout, la réorganisation des flux financiers est profonde, expliquent-ils. « Le leurre ontologique constitue une forme de piège. Il attire sans cesse les acteurs vers des questions insolubles concernant la détermination et la clarification de la nature de l’IA, alors même que l’on constate que le dévoilement des spécificités techniques ne parvient pas à rendre ces questions plus ou moins certaines. » « L’instabilité ontologique persistante entourant l’IA permet aux intermédiaires d’introduire l’IA dans des secteurs et des pratiques toujours plus nombreux. De petites entreprises qualifient leurs technologies d’IA pour capter des ressources financières et acquérir une influence au sein du réseau. De telles pratiques nous amènent nécessairement à nous demander : « S’agit-il vraiment d’IA ? » ou même « Est-ce un usage pertinent de l’IA ? ». »

Plutôt que de nous laisser enfermer dans des débats sur « ce qu’est l’IA et comment elle devrait fonctionner », nous gagnerions à élargir notre perspective pour comprendre comment l’IA accapare toute l’attention et l’espace du débat. L’ambiguïté vise surtout à garantir que l’IA  reste suffisamment flexible pour s’adapter à mesure que se déploie leur stratégie de création et de concentration du marché. « Il nous faut donc résister au leurre ontologique et à l’impératif qu’il impose de définir la « véritable » nature ou le potentiel réel de l’IA. Une critique efficace doit ébranler le pouvoir du réseau plutôt que de l’alimenter.»

Le leurre de l’inévitabilité. L’industrie technologique recourt souvent à la rhétorique de l’inévitabilité pour justifier ses développements. « L’utilité de ce leurre de l’inévitabilité réside notamment dans sa capacité à permettre aux acteurs de modifier constamment les temporalités, en proposant de nouvelles projections quant au moment où la promesse future de l’IA se concrétisera enfin. Que cet avenir concerne l’avènement de l’IA générale, l’informatique quantique ou d’autres avancées technologiques majeures, les acteurs qui promeuvent l’IA tirent parti de discours qui rapprochent ou éloignent l’horizon de ces événements, tout en maintenant l’idée de leur inéluctabilité. » L’inéluctabilité permet surtout de bâtir des monopoles. Il permet de présenter les investissements comme nécessaires, même quand ils sont entravés par les contestations, comme c’est le cas dans les luttes contre les datacenters. « La rhétorique de l’inéluctabilité normalise aussi divers types de risques, notamment économiques et technologiques : dès lors que l’avenir est perçu comme prédéterminé, des décisions commerciales risquées sont requalifiées en nécessités. Ce discours sur l’inéluctabilité offre ainsi une forme de clôture discursive susceptible d’accélérer l’avènement de certains futurs tout en empêchant d’autres de se concrétiser. » 

« La répétition de discours futuristes similaires au sein de nombreuses entreprises crée une apparence de cohérence », une forme d’alignement où tout le monde semble d’accord sur l’horizon à atteindre. L’inévitabilité crée un ensemble de conditions qui rendent l’IA trop importante pour échouer, et permet d’assurer du pouvoir au projet IA sur les marchés. La course entre les grandes puissances mondiales pour construire une intelligence artificielle générale (IAG) alimente ce discours sur l’inévitabilité, en dressant des parallèles avec la course au nucléaire ou la course à l’espace. Le discours selon lequel « l’IA est inévitable » perpétue ainsi un imaginaire sociotechnique qui mêle pouvoir étatique et pouvoir des entreprises à des récits partagés sur les promesses à venir. Ces discours séduisent notamment parce qu’ils suggèrent la nécessité d’un soutien matériel des gouvernements aux niveaux fédéral, étatique et local, tout en occultant les préoccupations susceptibles d’entraver la réalisation de ce bien prétendument indispensable. L’alliance de considérations géopolitiques et du discours sur « l’inévitabilité » contribue également à justifier des engagements politiques et économiques, tels que la persistance de l’antagonisme entre les États-Unis et la Chine, et les investissements stratégiques. Enfin, l’inévitabilité embarque également les usagers, et alimente le projet d’IA au lieu de le freiner. Elle renforce également l’influence des acteurs de l’IA, leur permettant de consolider leurs réseaux de pouvoir que ce soit l’affectation des capitaux, l’extraction des ressources comme la création des marchés.  

Le leurre de la disruption. L’innovation de rupture formalisée notamment par Clayton Christensen, est souvent perçue comme une célébration inconditionnelle de toute forme de perturbation du marché, considérée comme intrinsèquement constructive. Pourtant, la nature exacte de cette rupture et sa valeur est bien souvent loin d’être aussi évidente qu’annoncée. « Les dirigeants du secteur technologique célèbrent par exemple le bouleversement du marché du travail en promettant des entreprises plus efficaces, tout en exprimant publiquement leurs inquiétudes quant aux risques de pertes d’emplois massives. Ce faisant, ils confortent leur conviction que l’innovation doit être poursuivie sans égard à ses conséquences sociales. Mais tandis que les dirigeants du secteur technologique, les universitaires et les experts débattent de l’ampleur des pertes d’emplois dues à l’IA – et de la manière dont elle transformera plus largement le monde du travail -, ils occultent la manœuvre de rupture que cherchent à opérer les promoteurs du Projet d’IA ». Cette stratégie de diversion vise précisément cet objectif : présenter les perturbations locales comme une forme de normalité (naturalisant l’optimisation ou la recherche d’efficacité par exemple), tout en orchestrant des changements massifs dans la concentration du pouvoir à travers les secteurs industriels, voire au-delà des frontières nationales. 

En fait, le terme rupture revêt une importance culturelle considérable, estiment les chercheurs. L’essentiel des études démontrent pourtant que les nouvelles technologies ne bouleversent pas l’ordre social et les inégalités existantes : elles ont plutôt tendance à renforcer ou à consolider les intérêts établis. « En sociologie économique, rappellent les chercheurs, la notion de « rupture » (disruption) renvoie d’ailleurs à une configuration de marché où, tant les nouveaux entrants que les acteurs en place, saisissent les moments d’incertitude pour instaurer un ordre de marché favorisant leurs intérêts. Derrière, la disruption, il faut surtout lire une accumulation et une concentration de capital et de pouvoir autour de quelques entreprises phares de l’IA. » Et les acteurs qui oeuvrent à favoriser leur marché n’aiment rien de moins que la rupture quand elle vient s’en prendre à leurs intérêts, à l’image des barrières érigées à l’encontre de Deepseek venu défier leur concentration. Les grands acteurs de l’IA utilisent également le concept de « rupture » pour détourner l’attention de leurs efforts visant à réorganiser les entreprises et à capter les flux de capitaux à leur profit. « S’il est indéniable que l’introduction de l’IA modifie les tâches des travailleurs, il est tout aussi vrai que, dans de nombreux secteurs, les entreprises utilisent ce prétexte pour mener des restructurations classiques. Parallèlement, elles transfèrent des activités clés vers des pôles de main-d’œuvre à moindre coût, où des outils automatisés visent à accroître la productivité de travailleurs éloignés et difficiles à suivre. Invoquer le caractère « disruptif » de l’IA permet de justifier aussi bien des licenciements – obligeant les salariés restants à « faire plus avec moins » – que le transfert de pans entiers de la main-d’œuvre vers des environnements réglementaires différents, échappant aux statistiques fédérales sur l’emploi et au contrôle des pouvoirs publics. »

Là où l’IA est une rupture, c’est parce qu’elle permet bel et bien de requalifier la main d’œuvre, comme l’expliquait le sociologue américain Henry Braverman, en favorisant la concentration du pouvoir et en éloignant le travail dans les zones éloignées et peu réglementées… « Le projet de l’IA commande et dissimule un bouleversement infrastructurel profond touchant la circulation du capital, la réorganisation et la répartition du travail à l’échelle mondiale, ainsi que la concentration de ressources stratégiques (données, puces, centres de données) entre les mains d’un petit nombre d’acteurs puissants.» En invitant le public à débattre de la manière dont l’IA pourrait bouleverser le marché du travail ou des progrès qu’elle pourrait engendrer, ce leurre du bouleversement nous détourne de la nécessité de voir et de discuter des agissements des acteurs de l’IA à leur profit. 

Le leurre de la sécurité.Tant dans les milieux universitaires que dans le discours public, la sécurité de l’IA renvoie à la nécessité de garantir que les systèmes d’IA soient fiables, ne causent pas de dommages et soient conçus pour refléter des valeurs sociales plus larges. La critique du féminisme des données va plus loin en exigeant une réflexion sur la durabilité, le pouvoir et le pluralisme. Les communautés prônant une IA sûre et responsable mettent souvent l’accent sur des engagements tels que l’équité, la responsabilité et la transparence ; les développeurs de projets IA évoquent plus couramment l’alignement, une forme de sécurité intégrée à l’IA elle-même. Mais la question de la sécurité renvoie surtout à un discours existentiel sur l’arrivée inéluctable de l’intelligence artificielle générale qui menacerait l’humanité (voir notre article). Ces discours sur la super-intelligence et ses risques réduisent la sécurité à des menaces lointaines, « tout en occultant les conséquences de la reproduction du réseau de pouvoir propre au Projet IA ». D’une manière paradoxale, il favorise le projet IA, au prétexte que seules les meilleures entreprises sauraient atténuer ce danger. Ces orientations permettent en fait de cadrer le discours sur la sécurité, en le déconnectant des problèmes de sécurité plus immédiat ou des considérations éthiques plus adaptées. 

Ces orientations axées sur la sécurité sont déconnectées de considérations éthiques plus larges. En qualifiant l’IA de « technologie ordinaire », les informaticiens Arvind Narayanan et Sayash Kapoor soulignent comment la question de la superintelligence détourne l’attention des problèmes bien réels qui émergent à l’ère de l’IA. 

En fait, constatent les chercheurs, la notion de sécurité n’a cessé d’évoluer : d’un cadre porteur de sens, elle s’est transformée en une construction mêlant dimensions ontologiques, inéluctabilité et leurres réglementaires. « Les entreprises utilisent désormais le langage de la sécurité pour envoyer des messages différents à des communautés distinctes ». Les acteurs clés du secteur de l’IA exploitent l’ambiguïté de ce terme pour égarer les critiques préoccupés par les répercussions sociétales. Si ils affirment que celle-ci est leur priorité absolue, en vrai, ils poursuivent leur course, concevant et déployant des modèles et des outils dépourvus de garde-fous efficaces, « tout en cherchant à les aligner sur des valeurs et des normes contestables » : les leurs ! « Or, ce leurre de la sécurité ne constitue ni une conséquence ni une retombée fortuite du Projet de l’IA : il fait partie intégrante de la constitution des réseaux de connaissances et de capitaux nécessaires à son déploiement. Comme tout leurre, il détourne l’attention des enjeux réels tout en consolidant les réseaux de pouvoir indispensables à la pérennité et à l’expansion du Projet IA. En atténuant les inquiétudes du public à l’égard des entreprises d’IA, ce leurre favorise même l’émergence d’opportunités commerciales. » Le discours sur la sécurité renforce le Projet IA, limitant ainsi toute possibilité de se prémunir contre les conséquences de son adoption. 

Le leurre de la régulation. Depuis les années 90, les leaders du secteur technologique n’ont cessé d’affirmer que la régulation était l’ennemi de l’innovation, alors que leurs critiques soutenaient qu’elle était le seul moyen de responsabiliser l’industrie. Paradoxalement, nombre d’acteurs de l’IA semblent demander aux autorités d’élaborer des règles de régulation, à l’image de Sam Altman réclamant au Congrès américain de créer une agence gouvernementale dédiée. En fait, les dirigeants du secteur technologique ont compris que la régulation pouvait s’avérer stratégiquement avantageuse, « surtout s’ils disposaient d’une place à la table des décisions ». Leur but est bien plus de consolider leur position que de la menacer. Le managérialisme réglementaire des organismes de réglementation américains est facilement récupéré par les entreprises qui ont appris à s’adapter à des évolutions réglementaires qui ne les menacent jamais. Même l’IA Act européen, qui pense que les entreprises technologiques pourraient remédier aux préjudices complexes qu’elles mettent en place grâce à une meilleure conception de leurs produits sous la contrainte, se leurre, expliquaient déjà danah boyd et Maria Angel (voir notre article, la responsabilité ne suffit pas), alors que la faiblesse des mécanismes d’application du règlement sur l’IA conduit, dans de nombreux cas, à confier aux entreprises elles-mêmes l’évaluation des risques posés par leurs systèmes, renforçant de fait leur position dominante.

Or, « si l’IA semble nécessiter une régulation urgente à une époque où les structures de pouvoir de l’après-guerre sont sur le déclin, ce n’est pas parce que ses capacités techniques sont à l’origine de l’instabilité. C’est plutôt parce que le mot d’ordre de l’IA, rend possible et concrétise la reconfiguration mondiale en faveur des acteurs de l’IA et de leur pouvoir. » Le problème n’est pas de réguler chaque chatbot, chaque technologie, que l’influence totale du projet IA sur le monde. Pour les chercheurs, les travaux existants dans les domaines social et réglementaire « doivent s’orienter vers le cœur du problème : la financiarisation, les possibilités de restructuration des entreprises et les nouvelles formes de monopole, de création et de capture de marché. Si nous voulons exiger que les systèmes d’IA rendent des comptes sur les relations et les infrastructures de la vie sociale et publique, nous devons remettre en question les conditions de possibilité de la construction de ce puissant réseau. Parmi les actions pertinentes, on peut citer l’augmentation de l’impôt sur les plus-values, le renforcement de l’application du droit de la concurrence et la suppression des failles juridiques permettant aux investisseurs d’accumuler des richesses. »

Réguler l’économie plutôt que l’IA ?

« L’IA est devenue le vecteur de transformations sociales majeures, non pas parce qu’une technologie engendrerait des résultats inédits, mais plutôt parce que des acteurs du marché disposant d’importantes ressources financières saisissent cette occasion pour restructurer les opportunités et les infrastructures à leur propre avantage sous l’étiquette IA ». Ce ne sont pas les capacités de chatbots bavards qui permettent au projet IA de s’imposer comme un phénomène tangible, mais bien la construction d’un réseau de pouvoir recelant le potentiel d’un « impact immense et durable sur la société ». Si l’IA semble tout bouleverser à l’heure actuelle, c’est précisément parce qu’elle offre une « occasion de structuration » sans précédent des réseaux de pouvoirs et d’infrastructure. 

Pour les chercheurs, la transparence algorithmique par exemple n’est pas la composante la plus efficace, stable ou influente de ce projet qui mérite d’être encadré.  Que l’intelligence artificielle générale apparaisse ou non, ou que les robots prennent nos emplois ou non, nous devrons composer avec des conditions structurelles durables et les infrastructures résiduelles d’une course entre les grandes entreprises et les gouvernements pour reconstruire les rouages ​​du pouvoir à leur avantage. Même si notre attention se porte sur des enjeux moralement urgents (comme les biais algorithmiques ou l’influence délétère des chatbots sur les plus fragiles…), nous devons abandonner une approche centrée sur les correctifs, sur les détails techniques, pour passer à un contrôle sur le développement du réseau de pouvoir du projet IA dans son ensemble.

« Nous ne souhaitons pas dénigrer le travail important mené au sein de cette communauté sur les questions liées à l’IA et à la société », modèrent les chercheurs. « Notre crainte est que, justement lorsque nous pensons responsabiliser les entreprises d’IA, nous risquions de nous laisser berner par un leurre et de passer à côté de la véritable source de responsabilité. Il est de notre devoir de prendre du recul et d’analyser les mécanismes complexes de ces systèmes. La transparence des outils algorithmiques n’est pas synonyme de responsabilité lorsque l’objectif est de construire une infrastructure de gouvernance incontestable pour maintenir le pouvoir d’une élite. L’équité d’un résultat algorithmique ou d’un ensemble de données particulier importe peu dans un monde où certaines des inégalités les plus massives et persistantes depuis l’ère féodale sont perpétuées par un système d’influence antidémocratique. » 

Mais chercher des points d’entrée pour exiger des comptes ou de la transparence au sein d’un réseau se heurte à sa capacité caractéristique à changer de forme, au risque de rendre le point d’intervention aussi insaisissable que le réseau lui-même. Les grands PDG ne sont pas même la cible idéale d’une intervention, quand c’est dans les coulisses que se joue l’essentiel : lors d’accords conclus entre dirigeants, membres de conseils d’administration, sociétés de capital-risque, gestionnaires d’actifs, responsables politiques et financiers de Wall Street. Le pouvoir de décision est réparti au sein d’une élite en réseau, dotée de ses propres mécanismes de consolidation du pouvoir qui agit partout en fonction du retour sur investissement. 

« La constitution de réseaux visant la conquête de marchés s’accompagne également de formes inédites de métamorphose organisationnelle et sociotechnique. Les entreprises peuvent aisément déplacer des éléments tels que la main-d’œuvre, le capital, le financement, les données et les infrastructures vers d’autres parties du réseau afin d’échapper à toute surveillance », comme l’expliquait Fred Turner récemment, en expliquant que nous étions passé de l’idéologie californienne à l’idéologie texane, de la contre-culture au conservatisme. La capacité d’agir comme la responsabilité sont devenues plastiques et peuvent être très facilement redistribué à travers le réseau, passant d’un data center l’autre, d’un travailleur du clic asiatique à un autre africain… 

Les entreprises d’IA reproduisent des stratégies de métamorphose bien établies, utilisées par des géants influents comme Facebook ou Uber qui n’ont cessé d’échapper et de contourner les réglementations. Même la réglementation environnementale exige de caractériser les formes de contamination industrielle, que les entreprises cherchent à occulter en recourant à des techniques éprouvées consistant à semer le doute et à entretenir l’ignorance. Des ressources telles que les puces électroniques, l’accès aux centres de données ainsi que les données ou l’entraînement de modèles ne sont pas réglementées en tant que monnaies à proprement parler, alors qu’elles sont devenues des actifs dont les échange cimentent les partenariat entre un groupe restreint d’élites, formant un circuit socio-économique propre à l’IA. « La recherche de cette responsabilisation exige de nouveaux cadres d’analyse qui abordent directement la constitution du réseau et ses dérives. »

Mais l’avenir n’est pas inéluctable, rappellent les chercheurs. « Si le projet d’IA est extraordinairement puissant, son pouvoir dépend de l’adhésion continue du public et des institutions à ce projet. À cette fin, il est impératif de reconnaître quand et comment nous pouvons exercer notre pouvoir d’action en ces temps tendus, et de résister aux leurres trompeurs entretenus par les acteurs de l’IA pour façonner l’avenir selon leurs conditions. » Pour cela, les chercheurs invitent à réorienter l’analyse vers l’économie politique de l’IA et à prendre au sérieux le pouvoir politique que le Projet IA laisse présager. Ils invitent à orienter la recherche vers quatre cadres d’analyses : 

Les lieux matériels d’assemblage des réseaux. Le Projet d’IA exige de tisser d’importantes infrastructures en des alignements inédits et souvent instables, en composant de manière créative des relations et des modèles d’échange entre des acteurs hétérogènes. Il nous faut mieux comprendre ces assemblages, les associations que les entreprises tissent entre elles, les « fonctionnalités » inédites qu’elles lancent, les financements qu’elle obtiennent et mobilisent… Et examiner comment les mécanismes d’assemblage, d’acquisition de capitaux et de mise en œuvre limitent la transparence et la responsabilité.

Le financement comme action technopolitique. Des travaux récents à l’intersection de la sociologie économique et des études sociales des sciences et des techniques démontrent comment le travail technique est imbriqué dans les structures financières. C’est le cas notamment du travail de Benjamin Shestakofsky et son livre, Behind the startup: how venture capital shapes work, innovation, and inequality (university of California press, 2024 – voir aussi le travail de Marlène Benquet dont nous rendions compte). Il nous faut mieux comprendre les mécanismes de capture du marché et comprendre pourquoi une réglementation axée sur la technologie tend à négliger les arrangements économiques et politiques qui sous-tendent le projet IA

Des objets aux flux mondiaux. Nous ne devons pas considérer l’IA comme un objet, mais mieux nous concentrer sur les flux circulant entre les sites qui participent à l’agencement mondial de l’IA, comme le montrait l’anthropologue Anna Tsing dans Friction (La découverte, 2020). Nous devons mieux saisir l’infrastructuration, c’est-à-dire comment les connexions entre les nœuds sont concentrées, fragmentées et maintenues de manières spécifiques pour reproduire des rapports de force. Comment les flux de données, de personnes et de capitaux sont-ils facilités ou entravés ? 

Résister au solutionnisme social. Il nous faut enfin résister au solutionnisme tant technologique que juridique, disciplinaire. Ne saisir l’IA que sous l’angle informatique ou juridique par exemple ne nous aide pas à interroger le Projet IA dans sa globalité. « Aucun domaine pris isolément n’apportera la solution face au Projet IA ». Nous devons élaborer des approches bien plus transdisciplinaires, afin qu’elles soient capables d’interrompre les flux et les reconfigurations de réseaux sur lesquels repose le Projet de l’IA. 

La recherche critique « a consacré beaucoup de temps à disséquer les paramètres techniques, dans une volonté sincère de bâtir un avenir plus juste et plus équitable ». Se faisant, elle a été bien plus enrôlée dans le projet IA par des acteurs ayant un intérêt économique et politique direct à façonner l’avenir selon leurs propres termes. « Nous devons trouver d’autres modalités pour exercer la transparence, l’équité et la responsabilité que nous n’arrivons pas à obtenir ». Il est temps de changer de braquet… Et finalement, de finir de politiser la question technologique.

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  • Collectivité ZéN Rimouski-Neigette: Lancement de la vision collective
    Quand j’ai lu le document de Collectivité ZéN1 Rimouski-Neigette, Tisser demain, ensemble, je me suis dit : « C’est donc ben beau! » Oui, c’est vraiment beau du monde qui rêve en gang. Plus de 200 personnes qui s’assoient, concrètement, pour rêver 2050. C’est beau! Parler de beauté et de rêve, ça ne fait pas trop sérieux quand on parle de développement des collectivités. Ça fait poète déconnecté du réel. Pourtant… Aurélien Barrau, l’astrophysicien français, a proposé, dans une conférence e
     

Collectivité ZéN Rimouski-Neigette: Lancement de la vision collective

14 juin 2026 à 12:26

Quand j’ai lu le document de Collectivité ZéN1 Rimouski-Neigette, Tisser demain, ensemble, je me suis dit : « C’est donc ben beau! » Oui, c’est vraiment beau du monde qui rêve en gang. Plus de 200 personnes qui s’assoient, concrètement, pour rêver 2050. C’est beau!

Parler de beauté et de rêve, ça ne fait pas trop sérieux quand on parle de développement des collectivités. Ça fait poète déconnecté du réel. Pourtant…

Aurélien Barrau, l’astrophysicien français, a proposé, dans une conférence en janvier dernier, de remplacer l’éthique par l’esthétique pour affronter la crise climatique. (Ça rime!)

Barrau nous invite à regarder autour de nous pour constater comment le productivisme capitaliste rend le réel laid. Comment, par exemple, un jardin communautaire est bien plus beau qu’une terre saccagée par la monoculture excessive…

Eh oui, c’est beau la vision collective qu’il y a dans le document Tisser demain, ensemble.

Ici, certains pourraient dire : « C’est ben beau la beauté et tout ça, mais c’est pas mal utopique. » Moi je répondrais : « Oui, bien sûr que c’est utopique, et tant mieux! »

Il y a plus de 20 ans, j’ai fait une thèse de doctorat en développement régional sur le thème de la pensée utopique2. Autrement dit, j’ai travaillé sur la pertinence concrète de l’utopie pour le développement des communautés.

Aujourd’hui, admiratif devant le travail accompli (et à accomplir) par le comité ZéN Rimouski-Neigette, je vais parler d’utopie, en espérant qu’il y aura un peu de parcelles de beauté dans mes humbles propos.   

L’utopie et la pensée utopique

Le mot utopie a été inventé par le philosophe anglais Thomas More dans un roman publié en 1516. Il signifie « lieu qui n’existe pas » ou « lieu parfait existant hors de la réalité ». More y décrivait de façon critique la réalité sociale de l’Angleterre de l’époque, et projetait, sur l’île d’Utopia, la société idéale qu’il imaginait.

Dans les décennies suivantes, plusieurs personnes se sont inspirées de cette « figure » pour rédiger des écrits politiques comportant une critique de « ce qui est » et une projection de « ce qui pourrait être ».

Jusqu’au début de XXe siècle, jusqu’à la révolution bolchévique en Russie, l’utopie avait une connotation assez positive. (Je dirais jusqu’au détournement autoritaire des aspirations révolutionnaires.)

Ainsi, délégitimée par cette première « tentative de réalisation », la figure de l’utopie a été associée à la terreur, à la dictature, etc., et réduite à ses dérives potentielles.

Voilà pourquoi, lorsqu’on soumet quelques propositions pour améliorer nos conditions d’existence, on entend des gens dire : « C’est ben beau tout ça, mais c’est utopique. » L’utopie, ce serait donc des bonnes idées, mais qui sont irréalisables, des belles vertus qui ne peuvent s’adapter au réel.

Vue de cette façon, l’utopie c’est dangereux. Ça nous fait rêver un monde parfait qu’on cherche à imposer par la terreur parce que la réalité résiste.

Mais au tournant du troisième millénaire, on assiste à diverses tentatives de « réhabilitation » de l’utopie. Plusieurs personnes, inspirées notamment par le mouvement altermondialiste, le Forum social et d’autres actions de la société civile (« Un autre monde est possible »), s’appliquent à repenser l’utopie pour insuffler un peu d’espoir dans un monde qui en a réellement besoin.

On est alors au cœur du monde néolibéral dominé par une « pensée unique » où la loi du marché s’impose comme entité presque divine (la productivité, la rentabilité, la rationalité économique confondue avec la pensée rationnelle, le profit comme seul moteur d’action, la concentration du pouvoir, etc.).

C’est à cette époque que j’ai élaboré ce que j’appelle la pensée utopique. J’ai essayé de proposer une méthode pour nous permettre d’effectuer une lecture plus diversifiée du réel, ce qui constitue la base si on veut vraiment agir pour changer les choses. Autrement dit, si on se limite à une lecture imposée (celle de ceux qui tiennent à ce que rien ne change), on se prive d’un espace d’agir.

En d’autres mots, il faut d’abord varier nos lectures de « ce qui est » si on veut diversifier nos possibilités d’action, pour mettre en œuvre « ce qui pourrait être ».

***

Mais c’est quoi, la pensée utopique?

La pensée utopique, c’est l’utopie réhabilitée, débarrassée des connotations négatives qu’elle a pu avoir dans l’histoire. En d’autres mots, c’est la bonne utopie.

Parce qu’il faut distinguer la bonne utopie de la mauvaise utopie. La mauvaise utopie, c’est celle qui promet le bonheur tandis que la bonne tente de réduire les conditions du malheur. La mauvaise utopie propose un modèle figé, tandis que la bonne envisage l’émergence de l’inédit, de l’alternative. La mauvaise utopie, enfin, procède par la négation des faits, tandis que la bonne utopie prend en considération la complexité du réel.

On peut donc identifier les critères d’une bonne utopie. Elle doit être de liberté : ne pas être figée. Elle doit être modeste en  considérant qu’il existe d’autres valeurs que les siennes. Elle doit être alternative, c’est-à-dire que plutôt que de promettre le bonheur une bonne fois pour toutes, elle se contente de créer des brèches. Finalement, elle doit être réaliste : tenir compte de la complexité du réel.

En d’autres termes, on peut dire que la bonne utopie n’est pas la projection d’un idéal dans un ailleurs, mais qu’elle est la quête de ce que le réel contient d’idéal. Ou encore, elle n’est pas la projection d’un futur meilleur des mondes, mais la quête des idéaux potentiels du présent.

Plus simplement, c’est n’est pas parce qu’on ne peut pas construire le meilleur des mondes qu’on ne peut pas agir pour rendre le monde meilleur.

Et c’est ça que j’appelle la pensée utopique, une conception dynamique du concept d’utopie.

***

Je me suis ici amusé à confronter le projet Collectivité ZéN aux fonctions de la pensée utopique. Et devinez quoi? On est en présence ici d’un vrai projet utopique, mais dans le sens de la bonne utopie.

Voici quelques-unes des fonctions de la pensée utopique en lien avec le projet.

Fonction propédeutique : Montre le chemin et révèle le « pouvoir devenir » du monde.

Il est clair que le projet Collectivité ZéN n’existerait pas si les personnes qui y sont impliquées ne croyaient pas à la base qu’elles ont un certain pouvoir sur le devenir du monde.

Fonction projective : Soumet un projet qui donne sens au futur.

Ici, on retrouve la dimension projective du projet Collectivité ZéN, qui pense la MRC Rimouski-Neigette de 2050.

Fonction défatalisante : Démonte les mécanismes de la fatalité.

Ici, on peut facilement constater que le projet Collectivité ZéN est un exemple concret d’antidote au fatalisme, son objet même étant la mise en action de la communauté – c’est le contraire de « ça donne rien, on peut rien changer, y a rien à faire ».

Fonction d’espérance : Exprime le besoin nécessaire de rêver une vie plus belle.

La beauté comme besoin, ce serait un peu ça qui serait à l’origine du projet. Dans un monde où on parle beaucoup de divisions, on oublie qu’on rêve toutes et tous d’une vie plus belle, pour soi et pour les autres.

Fonction praxéologique : Stimule l’action réelle.

Ici, ça signifie qu’on a tout à fait raison d’agir pour rendre le monde plus beau, que c’est scientifiquement prouvé qu’on n’agit pas pour rien. La preuve irréfutable : tout ce qui existe a d’abord été rêvé.

Fonction heuristique : Permet de saisir les espoirs des personnes.

En tenant compte de la pertinence des espoirs que les personnes ont pour l’avenir de leur collectivité, on se trouve du même coup à mieux comprendre ce qui est déjà en train de se réaliser, on saisit mieux les transformations en cours. Nos espoirs sont en quelque sorte des indices des développements en latence. Nos espoirs sont des matériaux aussi tangibles que les ressources naturelles, les espaces et les territoires, les infrastructures. Je pourrais dire autrement que nos espoirs sont des lectures du réel en train de se créer, et ça c’est concret. 

Fonction socio-politique : Permet d’« organiser » les imaginaires sociaux, favorise la transformation du « système » vers plus de démocratie.

Les démarches entreprises par le projet Collectivité ZéN sont en fait un processus d’organisation, de mise en action des espoirs des membres de la collectivité. La démocratie, c’est faire en sorte que le plus grand nombre possible de personnes participent aux délibérations sur les décisions qui concernent l’ensemble de la communauté.

***

Sur un plan disons stratégique, la pensée utopique contemporaine procède en trois étapes : il y a d’abord une critique de ce qui est, il y a une projection de ce qui pourrait être, puis une mise en action. Ici, on retrouve en quelque sorte les cinq étapes présentées dans Tisser demain, ensemble.

Sur une note plus poétique, je citerais Castoriadis : « Ce n’est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être qui a besoin de nous. »

À la lumière de tout cela, je n’hésite pas à dire qu’on a besoin d’initiative collective comme le projet ZéN Rimouski-Neigette.

Alors, lorsqu’on vous demandera si le projet Collectivité ZéN est utopique, vous pourrez répondre : « Oui, heureusement! » Et vous pourrez rajouter : « Et c’est tellement beau! »

1. ZéN pour Zéro Émission Nette.

2. Marcel Méthot, Le développement local au risque de l’utopie : vers une interprétation des enjeux du développement local au 21e siècle [Thèse de doctorat], Université du Québec à Rimouski, 2003, https://irec.quebec/ressources/repertoire/memoires-theses/Marcel_Methot.pdf

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  • POURQUOI FAUDRAIT-IL DÉFÉQUER DANS LA FORÊT?
    Ne vous êtes-vous jamais dit : « À quoi bon? » Vous savez, en parcourant par exemple les rangées d’une bibliothèque où des milliers de livres d’autrices et d’auteurs, ayant depuis longtemps sombré dans l’oubli, accumulent la poussière. À cette vue, il est difficile de ne pas être confronté à l’idée qu’après notre trépas, nous sombrerons inéluctablement dans cet abysse des oubliés… Épris sans doute par un désir d’immortalité, on peut se demander quel est le but de l’existence et a fortiori ce que
     

POURQUOI FAUDRAIT-IL DÉFÉQUER DANS LA FORÊT?

13 juin 2026 à 13:15

Ne vous êtes-vous jamais dit : « À quoi bon? » Vous savez, en parcourant par exemple les rangées d’une bibliothèque où des milliers de livres d’autrices et d’auteurs, ayant depuis longtemps sombré dans l’oubli, accumulent la poussière. À cette vue, il est difficile de ne pas être confronté à l’idée qu’après notre trépas, nous sombrerons inéluctablement dans cet abysse des oubliés… Épris sans doute par un désir d’immortalité, on peut se demander quel est le but de l’existence et a fortiori ce que notre si succinct passage aura apporté au monde. Et si ce but était aussi trivial que déféquer dans la forêt?

Cette idée extravagante a éclos au sortir de la lecture du très inspirant livre La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben; ma conception de ce qu’est une forêt s’est alors métamorphosée. Aidé par mes études en biologie, j’ai compris qu’une forêt est holistique, c’est-à-dire qu’elle est plus que la somme des arbres, des plantes et des animaux qui y vivent autant que notre individualité est bien plus que la somme de nos organes, de nos cheveux et des bactéries qui cohabitent en symbiose avec nous. Ce que nous apprend Darwin dans L’Origine des espèces est que, depuis plusieurs millions d’années, les êtres vivants ont évolué par sélection naturelle en fonction de leur écosystème et des autres vivants qui le partagent. Les fleurs, par exemple, ont besoin des insectes pollinisateurs — une espèce radicalement différente — pour assurer leur reproduction, tandis que les champignons mycorhiziens, qui innervent les forêts et permettent aux arbres de communiquer entre eux, requièrent le soutien de ceux-ci pour se nourrir. En d’autres mots, une forêt, c’est avant tout un ensemble de relations symbiotiques interreliées et formant un réseau de connivence nécessaire à la survie du collectif.

Ce n’est pas une coïncidence si la première mesure prise par le médecin lors d’un rendez-vous est notre pression artérielle. En effet, la communication entre les organes est nodale pour le bon fonctionnement de l’organisme. Chaque organe avec sa fonction propre collabore avec les autres dans le but commun de persévérer l’être. La forêt, eh bien, c’est pareil! Chaque arbre, plante, champignon ou animal collabore afin de persévérer l’organisme forêt. Chaque être vivant la constituant et ayant sa fonction permet la survie de l’organisme-forêt comme le font d’office les organes. On peut en déduire qu’il n’y a pas « d’êtres qui vivent dans la forêt » : habiter la forêt, c’est en fait être la forêt.

Il n’y a pas seulement les forêts que nous pouvons voir comme des organismes : les relations symbiotiques au sein des lacs et des océans autant que celles des plaines, des montagnes et des déserts évoluent de manière analogue. Avec un peu d’altitude, on prend conscience que chacun de ces systèmes biologiques est interrelié. Le phytoplancton par exemple, cette algue marine photosynthétique, produit à lui seul 50 % de l’oxygène sur Terre1. Cet oxygène est un déchet pour ces algues, mais est absolument nécessaire à tous les êtres vivants terrestres. De la même manière, des poussières de diatomées, vestiges sédimentaires d’un ancien lac aujourd’hui asséché et désertique au cœur du Sahara, traversent l’océan pour fertiliser la forêt amazonienne. Cette interdépendance nous convie de manière frappante vers la même déduction allégorique où chaque écosystème fait office d’organe permettant au grand organisme des vivants de persévérer.

Cette conception de l’ensemble des vivants sur Terre comme un grand et unique organisme, je la nomme « l’holobiotisme », mot provenant du terme holobionte qui désigne un superorganisme. Inéluctablement, cette manière audacieuse d’interpréter le vivant entraîne d’importantes considérations philosophiques. La plus cardinale est sans doute celle de l’Autre, cet autrui qui, héritier de notre culture naturaliste occidentale, s’est vu réifié et exploité jusqu’à l’extermination presque achevée. Cet Autre objectivé se transmute — lorsqu’il n’y a plus « la Nature » comme entité extérieure mais plutôt comme un tout duquel nul vivant ne peut se destituer — en subjectivité. Formant un seul et même organisme, que peut devenir l’Autre si ce n’est une part de nous-mêmes? Aussi différent peut-il être, tel un muscle de l’iris et une méninge du cerveau, ayant chacun leur fonction propre et travaillant conjointement pour que l’organisme puisse persévérer dans l’être, l’Autre ne peut que se singulariser. L’Autre n’est plus « autre » : il est nous, il est « Je » … Être au monde, c’est donc être Un : je suis l’arbre, le champignon et l’abeille, je suis la forêt, la nature et l’holobiote.

De plus, puisque notre espèce, comme toute autre, est pourvue d’une fonction inhérente, celle-ci doit être en adéquation avec celles des autres espèces et permettre à l’organisme des vivants de persévérer. Est-ce là peut-être le but a minima de l’existence humaine? Loin d’être les prédateurs que nous croyons être, notre espèce, par sa physiologie naturelle, se range plutôt dans la branche des frugivores/charognards/opportunistes2. Aussi trivial que cela puisse paraître, peut-être que notre fonction au sein de l’écosystème consiste à disséminer, par l’entremise de nos selles, des graines appartenant aux fruits que l’on consomme, comme c’est le cas pour de nombreux autres mammifères.

Toutefois, il n’en est rien. Notre civilisation a l’une des plus insignifiantes fonctions et sape celle des autres, nécrosant, tel un cancer, ce que Spinoza définit comme étant Dieu3. Notre lien-vie à « l’Autre » se meurt, se refroidit comme une roche inerte, qui, par folie de verticalité, se perd dans le firmament. L’extermination de la vie sur Terre ne pourrait pas être autre chose qu’un suicide au sens propre.

Ce serait cela, le progrès?

1. National Oceanic and Atmospheric Administration, « How much oxygen comes from the ocean? » National Ocean Service, 16 juin 2024.

2. K. Milton, « Nutritional characteristics of wild primate foods: do the diets of our closest living relatives have lessons for us?  », Nutrition, vol. 15, no 6, 1999, p. 488-498.

3. Pour Spinoza, Dieu et la Nature ne sont que deux modes d’une même substance.

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  • Chronique du gars en mots dits: Le mot en W
    (1re partie) Ma chronique de février, « Le Devoir dévoyé » a fait sortir de ses gonds le fondateur du Mouton NOIR, Jacques Bérubé. Je ne suis plus le seul « gars en mots dits »… Je m’enorgueillis du fait que mon appel au boycottage du vénérable Devoir ait mis fin à son mutisme, armé de sa plume acérée. Jean-François Vallée, La Pocatière Dans sa diatribe Alerte ! Au woke ! On « censure » Rioux !, Jacques Bérubé proclame haut et fort sa détestation du chroniqueur Christian Rioux et son am
     

Chronique du gars en mots dits: Le mot en W

11 juin 2026 à 13:21

(1re partie)

Ma chronique de février, « Le Devoir dévoyé » a fait sortir de ses gonds le fondateur du Mouton NOIR, Jacques Bérubé. Je ne suis plus le seul « gars en mots dits »… Je m’enorgueillis du fait que mon appel au boycottage du vénérable Devoir ait mis fin à son mutisme, armé de sa plume acérée.

Jean-François Vallée, La Pocatière

Dans sa diatribe Alerte ! Au woke ! On « censure » Rioux !, Jacques Bérubé proclame haut et fort sa détestation du chroniqueur Christian Rioux et son amour inconditionnel pour Le Devoir sauce woke. Je lui sais gré de me procurer ainsi une occasion en or d’inscrire ma pensée dans une réflexion plus large sur l’identité profonde de son bébé de papier maintenant sevré.

Le brûlot de Jacques Bérubé m’a poussé à relire les deux chroniques que tous les contempteurs de Christian Rioux utilisent comme grenade pour le démolir, même si, du même souffle indigné, l’auteur avoue candidement et péremptoirement ne l’avoir lu qu’« occasionnellement, peut-être pour [s]’en écœurer davantage ». J’étais donc curieux de découvrir par moi-même ce que ces chroniques avaient de si écœurant. La première s’intéresse à la définition du terme « génocide » pour voir s’il s’applique au cas des exactions commises par Israël à Gaza (72 549 Palestiniens tués) depuis les attentats du Hamas le 7 octobre 2023 (1 200 Juifs tués). La seconde porte sur l’arrestation de Nicolas Sarkozy à la suite d’un procès nébuleux et bâclé, que Rioux utilise surtout pour dénoncer le gouvernement des juges qui, des deux côtés de l’Atlantique, multiplie de plus en plus les entraves envers le pouvoir des élus. Si on ne me reproche que deux chroniques d’une telle eau quand je laisserai tomber la plume pour le plumard, le jour où la bien-pensance woke m’aura « cancellé » à mort, je serai déçu… Quoi! Prendre ma retraite avec seulement deux misérables chroniques à mon actif ayant provoqué de l’urticaire souvent à droite ou à gauche ? Je n’aurais été qu’un bien piètre pugiliste dans le ring des idées.

Les moutons gris

Jacques Bérubé pose des questions de grande importance, en filigrane de son pamphlet, pour comprendre ce qui fonde la singularité des collaborateurs du Mouton dans notre petit paysage médiatique, à savoir : comment se définit un véritable « mouton noir » ? Comment le distinguer parmi le troupeau bêlant ? Et, par extension, à partir de quelle conviction idéologique précise sort-on délavé à l’eau de javel, plus blanc que blanc ? Ou encore, quel tamis idéologique permet de séparer avec certitude le bon grain de l’ivraie, les collaborateurs fréquentables des infréquentables ?

Jacques Bérubé, pour sa part, semble avoir tracé une ligne rouge d’une extrême netteté : vous n’êtes plus un mouton « noir » dès que vous critiquez le néoprogressisme woke issu des universités états-uniennes de gauche né des tensions raciales et identitaires réelles propres au terreau de ce pays, ce mouvement vertueux autoétiqueté woke, c’est-à-dire « éveillé aux injustices de tous ordres. » Si j’ai bien compris son propos, Jacques Bérubé vient de décréter interdites à la fois l’utilisation du mot et la critique du mouvement, sauf pour l’encenser ; toute critique à son égard vous fait basculer illico dans le camp des frileux moutons blancs comme neige.

Mon cher Jacques, sachez que si je peux être très radical dans plusieurs de mes propos quand un rebond de l’actualité me pique à vif, je revendique haut et fort, sur plusieurs questions, le droit d’être un mouton gris pâle ou gris foncé. Si l’aiguille de mes chroniques penche le plus souvent à gauche, je ne m’empêche pas de flirter avec le centre droit. Que cela plaise au non, coûte que coûte, j’essaie de rester autant que possible nuancé. Parfois noir comme dans la tanière du loup, mais souvent gris pâle ou gris foncé. Si les moutons fâchés noirs s’en scandalisent, qu’ils blâment leurs propres œillères.

À 18 ans, un mouton noir, pour moi, ne pouvait que s’opposer à tout discours de droite, un social-démocrate en lutte contre les capitalistes, doublé d’un anticolonialiste militant. Je lisais de sulfureux pamphlets comme Nègres blancs d’Amérique, de Pierre Vallières, penseur du FLQ, avec la même passion que Le portrait du colonisateur suivi du Portrait du colonisé, d’Albert Memmi ou Les damnés de la terre de Franz Fanon. J’y reconnaissais ma condition, notre condition, en copie carbone. Je comprenais que le destin individuel était intimement lié au destin collectif, et nos tergiversations nationales, le reflet de nos tergiversations individuelles. Aujourd’hui, le wokisme scande ad nauseam que tout ça est suranné, dépassé. Et gratifie de l’étiquette « raciste » quiconque défend le destin collectif.

La suite de ce palpitant récit dans le prochain numéro.

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  • Carvalho doit s’en aller!
    De toute évidence les mobilisations citoyennes exemplaires à Pohénégamook comme aux Trois-Pistoles auront porté leurs fruits. Le projet du CISSS du Bas-Saint-Laurent de fermer les deux urgences les soirs et la fin de semaine a été mis sur la voie de garage pour l’instant. Bien lire ici qu’il s’agit de la fin d’une bataille, mais pas celle d’une véritable guerre pour défendre nos soins de proximité en périphérie. Fallait voir l’air patibulaire du directeur général qui devait pour une 3e fois c
     

Carvalho doit s’en aller!

10 juin 2026 à 11:35

De toute évidence les mobilisations citoyennes exemplaires à Pohénégamook comme aux Trois-Pistoles auront porté leurs fruits. Le projet du CISSS du Bas-Saint-Laurent de fermer les deux urgences les soirs et la fin de semaine a été mis sur la voie de garage pour l’instant. Bien lire ici qu’il s’agit de la fin d’une bataille, mais pas celle d’une véritable guerre pour défendre nos soins de proximité en périphérie.

Fallait voir l’air patibulaire du directeur général qui devait pour une 3e fois changer son discours de bord en bord devant des médias médusés. Après avoir raconté des peurs imaginaires sur des bris de services pour tenter de justifier les compressions budgétaires, après avoir affirmé que ce n’était pas des coupes, mais des réaménagements justifiés par l’impossibilité de maintenir le statu quo, le doc Carvalho a finalement trouvé ce même statu quo comme solution à la crise qu’il a lui-même causée.

Je vois très mal comment le docteur Carvalho peut rester encore plus longtemps à la tête du CISSS du Bas-Saint-Laurent. D’aucuns diraient qu’il est brûlé. Il va nous falloir du sang neuf, de la crédibilité et surtout de l’engagement. Les comités citoyens lui tendent des perches à la suite de son appel à la mobilisation, mais leurs demandes restent hélas lettres mortes.

Il faut aussi saluer la mobilisation qui se lève du côté du Kamouraska et de Mont-Joli, toujours sur les enjeux de soins de proximité. Les régions périphériques ont été laissées de côté par la centralisation de l’administration de la santé et par la quasi-privatisation de sa gestion. Il ne faudrait pas laisser les politiciens menacer ainsi nos soins de santé les plus précieux, incapables de défendre nos intérêts dans cette machine centralisée loin des soins et des soignants.

Les régions périphériques ne peuvent plus être à la remorque des partis politiques, des promesses de politiciens et de leur incapacité maintes fois démontrée à nous représenter dans l’exercice décisionnel à Québec comme à Ottawa.

Il faut établir une liste de revendications claires et atteignables sur les enjeux qui nous concernent comme nos soins de santé et nos infrastructures publiques. Il faut que les communautés territoriales entrent en négociation avec l’État centralisé pour s’assurer que les intérêts des populations soient entendus et respectés partout sur le territoire du Québec.

Yes we scan!

Les soins de santé en milieu périphérique ou rural revêtent leurs particularités propres et on semble en faire abstraction dans les cercles de décideurs.

Cela mérite d’être réfléchi sous des lunettes diverses : scientifiques, communautaires et citoyennes, et j’ai justement eu la chance d’assister à la représentation d’Urgences rurales 360 qui propose une réflexion documentaire sous forme de médiation culturelle qui intègre les arts du cirque. On a confié l’aspect artistique de cette démarche, qu’on pourrait qualifier de recherche-action, à la troupe Les 7 doigts de la main appuyée de l’École nationale de cirque.

Le chercheur et médecin d’urgence originaire de Charlevoix, Richard Fleet, est le maestro derrière cette démarche. Les représentations accompagnées de discussions sont offertes dans toutes les communautés en périphérie des grands centres. Le 3 avril dernier, nous étions une trentaine de citoyens des Basques en délégation à bord d’un autobus jaune pour nous rendre à la représentation au Théâtre du Bic.

La démarche, en plus d’offrir un état des lieux de la situation de nos urgences rurales, fait émerger des pistes de solutions pour changer concrètement les choses, ce qui implique entre autres la participation citoyenne et la décentralisation des lieux décisionnels.

Pour améliorer un bilan selon lequel une personne qui habite en ruralité a trois fois plus de chance de mourir de sa condition qu’une personne en milieu urbain, les menaces de fermeture des urgences de Pohénégamook et de Trois-Pistoles apparaissent encore plus anachroniques et déconnectées des besoins de la population.

Au lieu de ces menaces, j’aimerais voir le docteur Carvalho expliquer comment nous pouvons ajouter du matériel de diagnostic comme des scans pour appuyer le travail dans nos urgences en région et pour sauver plus de vies. Yes we scan!

Apprenez-en plus sur Urgences rurales 360 :https://www.medecineurgence.ca/ur360

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  • Bilan de l’ère Legault : Est-ce qu’il a cru à l’entrepreneuriat québécois ?
    Quel héritage François Legault laisse-t-il au Québec ? En termes d’interventionnisme économique, il suit une longue tradition québécoise. En effet le gouvernement de la Coalition avenir Québec s’est engagé dans plusieurs projets de développement économique. Voulant amener l’industrie des batteries au Québec, la CAQ souhaite incarner le parti de l’économie à l’Assemblée nationale. Rappelons les faits : en 2023, 11 milliards de dollars de projet sont annoncés par le gouvernement Legault. De ces
     

Bilan de l’ère Legault : Est-ce qu’il a cru à l’entrepreneuriat québécois ?

9 juin 2026 à 08:33

Quel héritage François Legault laisse-t-il au Québec ? En termes d’interventionnisme économique, il suit une longue tradition québécoise. En effet le gouvernement de la Coalition avenir Québec s’est engagé dans plusieurs projets de développement économique. Voulant amener l’industrie des batteries au Québec, la CAQ souhaite incarner le parti de l’économie à l’Assemblée nationale.

Rappelons les faits : en 2023, 11 milliards de dollars de projet sont annoncés par le gouvernement Legault. De ces 11 milliards, 46 % viendraient des différents paliers de gouvernement1. Le gouvernement fait le pari que ces investissements amèneront une nouvelle industrie au Québec.

Nous pouvons nous questionner sur la définition de l’économie selon nos élites politiques. En effet, nous assistons plutôt à une succession de gouvernements qui se plient aux volontés des différentes chambres de commerce, du Forum mondial et de l’élite économique. En analysant le plan de la CAQ, nous pouvons soulever trois failles importantes.

En premier lieu, l’ingérence du gouvernement du Québec dans le libre marché a un effet pervers sur le développement économique et les PME. En choisissant quelles compagnies bénéficieront des subventions, des crédits d’impôt et de l’énergie au rabais, on contourne un des mécanismes les plus puissants de notre économie de marché : la compétition. Comme pour toute compétition, les mêmes règles doivent s’appliquer à tous. Or, nous assistons plutôt à un gouvernement qui dirige l’économie.

En deuxième lieu, le fait de subventionner les multinationales a comme effet d’établir de la concurrence déloyale dans le marché de l’emploi. En subventionnant cette nouvelle industrie, le gouvernement s’attaque par le fait même aux autres entreprises ayant la même catégorie d’employés. Elles devront faire compétition avec ces nouveaux géants pour attirer et retenir la main-d’œuvre. Les nouveaux venus bénéficient de subventions auxquelles leur compétiteur n’a pas droit. Cela aura comme effet d’augmenter artificiellement les salaires et les conditions des travailleurs et d’accentuer l’inflation.

François Legault argumente que c’est le coût de la création de richesse. Or, la vraie création de richesse se fait par des gens ordinaires qui mettent toutes leurs économies sur la table et qui prennent des risques en se lançant en affaires. Les entrepreneurs locaux québécois, qui sont les plus taxés de l’Amérique du Nord, subventionnent indirectement les nouveaux venus. Il se retrouve donc dans la fâcheuse situation de subventionner leur compétiteur! Quel cauchemar kafkaïen!

En troisième lieu, il est pertinent de se questionner sur le type d’entreprise que nous attirons. À première vue, nous sommes portés à croire que l’industrie de la batterie est une industrie de haute pointe. Cependant, une analyse nous mène à des conclusions différentes. En effet, 80 % du coût manufacturier d’une batterie réside dans la recherche et le développement4. Cependant, cette étape du processus se fait hors Québec, parce que nous sommes les manufacturiers et non les concepteurs.

Avec la présence d’universités de premier plan et une ingéniosité pouvant rivaliser avec celle de n’importe quel peuple, le Québec peut aspirer à développer des technologies de pointe. En faisant venir des entreprises d’ailleurs, toute l’ingénierie, les choix stratégiques ainsi que la propriété intellectuelle seront hors de nos frontières. On peut se demander si les grands centres d’innovation mondiaux auraient décidé de faire les mêmes choix économiques que notre administration.

Enfin, pouvons-nous vraiment dire que l’ère Legault aura été celle du développement économique?

1. Sylvain Larocque, « 2023, l’année des milliards de dollars pour la filière batterie », Le Journal de Montréal, janvier 2024,https://www.journaldemontreal.com/2024/01/03/2023-lannee-des-milliards-de-dollars-pour-la-filiere-batterie#:~:text=Selon%20le%20gouvernement%20Legault%2C%20ce,%25

2. Anuj Narkhede, « Pourquoi les économies planifiées échouent-elles? », Readers Blog, octobre 2020, https://timesofindia.indiatimes.com/readersblog/understanding-new-concept/why-planned-economies-fails-26749/

3. Fred McMahon, « As the world shifted to free markets, poverty rates plummeted », Fraser Institute, novembre 2018,

« https://www.fraserinstitute.org/blogs/as-the-world-shifted-to-free-markets-poverty-rates-plummeted#:~:text=In%201950%2C%20as%20free%20markets,power%20parity%20adjusted%20US%24).

4. Anton Beck, « Why are Lithium Batteries so Expensive to Manufacture? », Engineered Technologies, août 2023, https://blog.epectec.com/why-are-lithium-batteries-so-expensive-to-manufacture

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  • Parlementarisme canadien : Où est l’esprit de collaboration?
    (Avertissement : Je fais partie du Comité pour le bulletin le plus long.) À l’approche du 160e anniversaire de la Confédération canadienne (2027) et alors que le gouvernement libéral vient tout juste d’obtenir une majorité parlementaire lors de trois élections partielles (plafond de dépense : 100 000 $ par circonscription), j’ai eu l’idée de nous offrir un petit rappel historique du fonctionnement du parlement canadien à une époque pas si lointaine… Au fil de mes années d’implication polit
     

Parlementarisme canadien : Où est l’esprit de collaboration?

6 juin 2026 à 13:51

(Avertissement : Je fais partie du Comité pour le bulletin le plus long.)

À l’approche du 160e anniversaire de la Confédération canadienne (2027) et alors que le gouvernement libéral vient tout juste d’obtenir une majorité parlementaire lors de trois élections partielles (plafond de dépense : 100 000 $ par circonscription), j’ai eu l’idée de nous offrir un petit rappel historique du fonctionnement du parlement canadien à une époque pas si lointaine…

Au fil de mes années d’implication politique, j’ai eu l’occasion de rencontrer des centaines de candidates et de candidats, de nombreux députés, parfois des ministres, j’ai pris une bière avec Jack Layton et j’ai même serré la main de Stephen Harper. (Un peu de name dropping ne fera pas de tort à ce journal d’extrême gauche!) Une anecdote m’a particulièrement marqué : un ancien député du NPD, dont j’oublie le nom, critique de la justice pendant le gouvernement de Trudeau Ier, racontait avoir reçu, un soir vers minuit, un appel du ministre de la Justice, qui lui avait dit : « Je vais présenter une pièce législative demain au Parlement. Viens à la maison, j’aimerais te la présenter. » Une rencontre avait alors eu lieu à la résidence du ministre libéral, en présence des députés conservateur et néo-démocrate, tous deux critiques de la justice dans leur cabinet fantôme.

Voilà un bel exemple de l’esprit de collaboration qui régnait autrefois au Parlement canadien. Une tradition où les partis d’opposition et le parti au pouvoir travaillaient ensemble pour servir l’intérêt public. Et on parlait déjà de réformer le mode de scrutin, qui était désuet à l’époque! Les politiciens élus étaient là pour participer activement à la vie démocratique, dans un esprit de collaboration populaire.

Vous ne verrez jamais ça aujourd’hui.

Le feuilleton est gardé secret jusqu’à la dernière minute.

Encore mieux, on fait couler des éléments d’un projet de loi directement dans les médias : les pires passages, les morceaux les plus extrêmes, afin de faire vivre une émotion forte à la population. Et lorsque le projet est déposé en chambre : « Miracle! On a enlevé ces éléments de la loi! » Et le tout a l’air beaucoup plus acceptable!

Les partis politiques sont polarisés et polarisants. Tout est fait pour discréditer l’adversaire politique, parfois même sur des bases aussi futiles que l’apparence plutôt que les idées. On voit le chef conservateur monter au front pour insulter ses opposants, et les libéraux ne sont pas en reste. Prenons l’exemple actuel : le premier ministre Mark Carney, quelques heures après avoir obtenu une majorité, annonce qu’il va « accélérer le pas »sur différents chantiers. Ce que je comprends, c’est qu’il compte profiter de cette majorité – obtenue en partie grâce à cinq députés conservateurs transfuges – pour imposer ses projets aux Canadiens sans véritable consultation de l’opposition.

Pourtant, depuis 2019, nous sommes en situation de gouvernement minoritaire, une configuration qui était censée favoriser la collaboration entre les partis. Or, même dans ce contexte, l’opposition n’a que très peu été consultée. Et maintenant, on nous annonce que ça va être encore pire.

Il y a aussi la question de la distorsion électorale. Le Parti vert, par exemple, est passé de 6,5 % d’appui en 2019 à 2,3 % en 2021, puis à 1,2 % en 2025. Oui, on peut dire que la performance des chefs et les luttes internes sont en partie en cause, mais le mode de scrutin est certainement très présent dans ces résultats : on avait tellement peur que Poilievre devienne premier ministre en 2025 qu’on a tout misé sur les libéraux. Et aujourd’hui, on se fait servir quoi? Une soupe aux libéraux majoritaires, une concentration du pouvoir exécutif monolithique. Une situation que personne ne voulait réellement avoir. Et les libéraux vont bien sûr scander : « Les Canadiens et les Canadiennes voulaient […] ». My 2 cents1, yo!

Et pendant ce temps, que font les médias? La Presse et une ancienne députée bloquiste continuent de taper le clou sur le Comité du bulletin de vote le plus long parce que nous présentons une quarantaine de candidats et de candidates dans l’élection partielle de Terrebonne. Le mode de scrutin aurait dû être changé il y a 50 ans, on nous accuse d’avoir ralenti le processus électoral – alors qu’en réalité nous avons retardé les résultats électoraux de 45 minutes par rapport aux élections ayant eu lieu le même soir – et cerise sur le gâteau : le citoyen moyen va se tromper en aller voter2! Les chroniqueurs prennent la population pour des épais, les ministres modifient la loi électorale pour empêcher les longs bulletins de vote (mais ne changent pas le mode de scrutin), et les partis politiques se font rembourser 50 % de leurs dépenses de campagne : pourquoi est-ce que le gouvernement n’envoie pas le chèque directement à Facebook?

1. Arrondi à la caisse, ça donne 0 cent! #free #gratuit
2. Non seulement les résultats sont très proches de ce qui était attendu, mais l’analyse des résultats de huit élections « long bulletin de vote » permet de découvrir que le nombre de votes annulés est largement inférieur à ce qui a lieu dans les autres circonscriptions. C’est donc dire que ceux qui allaient annuler leur vote ont plutôt décidé de… voter!

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  • Un LOUPerivois dans la bergerie: De la musique avant toute chose
    La musique adoucit les morses, la preuve en est qu’un certain phoque en Alaska fait vibrer le cœur et les cordes vocales des Québécois depuis plus de cinquante ans, comme le relate Jean-François Brassard dans une publication qui retrace les péripéties de la saga Beau Dommage. Et pour ne pas quitter trop tôt l’univers des pinnipèdes (vite, le petit Robert), j’ai moi-même interprété récemment une sympathique composition signée Plume-Landru intitulée Le loup fuck?  Fuck le loup! C’était à l’occasio
     

Un LOUPerivois dans la bergerie: De la musique avant toute chose

5 juin 2026 à 12:13

La musique adoucit les morses, la preuve en est qu’un certain phoque en Alaska fait vibrer le cœur et les cordes vocales des Québécois depuis plus de cinquante ans, comme le relate Jean-François Brassard dans une publication qui retrace les péripéties de la saga Beau Dommage. Et pour ne pas quitter trop tôt l’univers des pinnipèdes (vite, le petit Robert), j’ai moi-même interprété récemment une sympathique composition signée Plume-Landru intitulée Le loup fuck?  Fuck le loup! C’était à l’occasion d’un cabaret « déjanté » en hommage à notre plumesque camarade présenté dans le cadre du Salon du livre de Québec, Salon où l’on a d’autre part cherché à mettre en parallèle deux entités légèrement incompatibles, soit celle du géant Beaupré et celle de l’ineffable Sainte-Trinité. On aurait pu tirer de cette rencontre un mix assez original : « Crois-moi, crois-moi pas, j’viens d’débarquer d’un drôle de trip, j’pas mal fucké, j’tout mélangé pis j’sais pus trop où m’garrocher, c’est comme ça quand ta blonde t’a lâché… »

Les deux groupes sont nés à quelques années d’intervalle, et après que leurs membres respectifs eurent baigné dans des eaux à la salinité passablement différente : Plume, Pierrot et moi, davantage chats de ruelle, chants de poubelle, tandis que l’autre cohorte frayant plutôt du côté « sunny side of the street », pour puiser dans le catalogue du Great American Songbook. On parvient malgré tout de temps à autre à naviguer sous les mêmes cieux, car même si on peut se lasser de voir pousser palmiers et bananiers, il n’en demeure pas moins que l’hiver est moins rude sur une plage, n’est-il pas? Ceci étant, Ginette a cependant peu à voir avec Bobépine ou avec une certaine Polonaise droguée supposément fréquentée par Plume, lequel aurait semble-t-il choqué un tant soit peu la sensibilité d’un Pierre Huet, travestissant le nom de la formation dont ce dernier était membre en la rebaptisant de la douce appellation de Beau Crémage… Pour notre part, c’est plutôt du glorieux titre de Cellule divertissement dont on nous a affublés pendant la crise d’Octobre.

Bon. Trêve de ragots et de méchanceté. N’ai-je pas amorcé cette chronique en vantant les mérites lénifiants et apaisants de la chanson? Et pour que le baume s’étende judicieusement et avec bonheur, comment ne pas raviver le souvenir de cette mémorable soirée où, dans une superbe maison sise en plein bois en bordure de la rivière Assomption (merci Guylaine), nous avons caressé le répertoire des Beatles pendant des heures et des heures, jusqu’à plus voix, accompagnés par une pléiade de superbes musiciens dont Michel Hinton au clavier et Pierre Bertrand à la basse?

Toujours est-il que nous descendions la rue Saint-Jean ma blonde et moi après avoir quitté le brouhaha du Salon du livre. La soirée était fraîche telle que cette mauvaise fin d’hiver nous en a servi plus que de raison cette année. Place D’Youville, Le Diamant resplendissait de tous ses cristaux, le Palais Montcalm brillait de tous ses feux, le Capitole s’imposait majestueusement, exhibant sa fière et arrogante façade Second Empire. Et tout à coup, montant de ce décor enchanté, au cœur même du berceau de cette Amérique française qu’on nous a volée, à deux pas de la porte Saint-Jean, voilà que nous parvient, véritable souffle d’ange, un joyau polyphonique, les voix magistrales d’un chœur formé d’une douzaine de jeunes filles, assemblées en cercle, debout, sur le trottoir, à quelques pas devant nous et qui chantent. En harmonie. Et en français. Les épithètes en viennent à manquer quand vient le temps d’exprimer la parfaite beauté, quand elle est à ce point saisissante, quand elle vous atteint comme un direct au cœur. La grâce. Sublime. Majestueux. Car elles chantaient juste et bien, ces jeunes filles de Laval, et lorsque, médusés et charmés, seuls spectateurs conviés à ce concert improvisé, nous nous sommes mis à applaudir, elles se sont tournées vers nous pour entonner le refrain de la chanson Je reviens chez nous. J’en suis convaincu, quelle que soit l’oasis où il repose, Jean-Pierre en a certainement frémi jusqu’à la moelle de son âme.

Et rentrant chez nous, justement, j’apprends que Viktor Orban vient de concéder la victoire. Toujours et encore : de la musique à mes oreilles.

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  • Prioriser notre santé, un choix de société
    Depuis plus de 40 ans au Québec, chaque élection provinciale est le théâtre d’une surenchère politique où tous promettent de régler les problèmes de notre système de santé. À quelques mois du déclenchement des élections provinciales, nous jugeons important d’apporter des précisions sur l’idéologie qui a transformé notre réseau public, la structure qui nous a été proposée et le rôle de la privatisation sur l’accessibilité générale aux soins et aux services. Une idéologie à questionner Dans
     

Prioriser notre santé, un choix de société

4 juin 2026 à 06:03

Depuis plus de 40 ans au Québec, chaque élection provinciale est le théâtre d’une surenchère politique où tous promettent de régler les problèmes de notre système de santé. À quelques mois du déclenchement des élections provinciales, nous jugeons important d’apporter des précisions sur l’idéologie qui a transformé notre réseau public, la structure qui nous a été proposée et le rôle de la privatisation sur l’accessibilité générale aux soins et aux services.

Une idéologie à questionner

Dans les années 1970, notre système de santé faisait l’envie du monde entier. Des sociologues et des gouvernements étrangers envoyaient des missions étudier le modèle québécois pour mieux comprendre comment nous avions pu, en l’espace de quelques années, nous doter d’un des systèmes de santé les plus performants et égalitaires de la planète.

Dès les années 1980, des pratiques associées à la droite économique néolibérale des Reagan et Thatcher se frayaient un chemin jusqu’au sommet de notre appareil de santé et de services sociaux. En pleine crise inflationniste, on cherchait à contenir l’augmentation des coûts, à privatiser certains soins et services et à limiter le pouvoir des travailleurs et des travailleuses. Les principes de cette «nouvelle gestion publique» se traduiront par la transformation du cadre administratif, de la négociation et des structures de notre réseau public. Des transformations qui se font encore sentir aujourd’hui.

Perte démocratique et enlisement bureaucratique

Graduellement depuis le début des années 1990-2000, les instances locales autonomes, démocratiques et orientées vers les besoins de leurs milieux ont cédé le pas à une structure hiérarchique hautement centralisée. En l’espace de vingt ans, nous avons assisté à la disparition de centaines de conseils d’administration locaux, organisés par quartier, ville ou village, et à leur remplacement par de véritables colosses bureaucratiques.

Situé à l’origine à la base d’un appareil décentralisé, le pouvoir décisionnel est désormais concentré au sommet de la structure du réseau. De là-haut, on ne voit malheureusement pas tout ce qui se passe sur le terrain, ce qui provoque un manque important d’agilité au sein de nos établissements de santé. Un manque qu’on associe souvent à tort à la présence syndicale.

Cette inversion du pouvoir engendre également une grave déconnexion : les gestionnaires ne sont pas en contact avec les besoins réels des usagers, des communautés, des travailleuses et des travailleurs sur le terrain. La distance physique, et parfois même culturelle, des milieux où sont offerts les services et des gens qui les donnent prive les gestionnaires d’éléments importants pour comprendre la réalité. Cela les prive également de la nécessaire ouverture aux solutions disponibles localement.

Pour pallier cette distance, le courant de la « nouvelle gestion publique » a imposé le développement d’un lourd appareil de collecte de données statistiques. Ces données, nous dit-on, permettraient de mieux connaître la réalité des opérations en temps réel et d’en améliorer l’efficacité.

Les travailleurs et les travailleuses qui produisent ces données y laissent une part importante de leur temps et même de leur intérêt pour le travail. Perte de temps productif, perte de sens au boulot, baisse de l’attractivité des emplois sont autant de conséquences majeures de ce virage. Compilées en vastes quantités, puis analysées en vases clos, comparées et rapportées en plus haut lieu, ces données quantitatives ont nécessité la création d’une large classe de gestionnaires et d’un lourd appareil de surveillance. Chaque réforme ces vingt dernières années n’a fait qu’alimenter cette inefficace entreprise statistique.

Une surcentralisation à endiguer

Ces dernières années, les centres décisionnels se sont d’abord regroupés par territoire local de services (globalement par territoire de MRC au Bas-Saint-Laurent) avec la création des CSSS, puis ont été centralisés à Rimouski dans la foulée de la réforme Barrette et la création des CISSS et des CIUSSS.

Depuis le déploiement de l’agence Santé Québec, les décisions sont désormais prises ou validées à Québec ou à Montréal, selon des critères établis nationalement. Alors qu’on réfléchissait jadis localement à l’offre de services en fonction des besoins exprimés à petite échelle, on le fait désormais sur des bases nationales. Loin des yeux, loin du cœur, parlez-en aux communautés qui se mobilisent pour le maintien de leurs services de proximité au Bas-Saint-Laurent.

C’est ainsi qu’on mène chaque réforme en santé et en services sociaux au Québec depuis trop longtemps : on établit une nouvelle structure et on cherche ensuite à adapter les soins et les services aux besoins de la machine et non l’inverse.

La privatisation tranquille

Un élément dont on parle très peu lorsqu’il est question de la place du privé en santé, c’est que la province en est la championne au Canada. En effet, plus de 90 % des médecins s’étant retirés du régime public de soins de santé (comme la RAMQ pour le Québec) se trouvent dans la Belle Province. Et cela ne concerne pas que les médecins. On le voit de plus en plus dans les soins spécialisés, l’hébergement, les prélèvements, les services de diagnostic, les soins de santé mentale, les chirurgies mineures, les services de réadaptation physique et même dans les services sociaux. Combien d’entre nous se font diriger vers le privé à la suite d’un diagnostic sous prétexte que les listes d’attente au public sont trop longues?

Et si le privé était au moins partiellement responsable des enjeux rencontrés dans le secteur public? C’est du moins la position de plusieurs acteurs des milieux sociaux, syndicaux et professionnels, dont le Collège des médecins du Québec1.

En plus du coût excessif, le nœud du problème avec le privé en santé, c’est qu’il n’est pas guidé par un impératif d’accessibilité universelle. Sa mission prioritaire étant le profit, il se concentre sur les activités les plus lucratives et les plus simples à exploiter. Facile d’être efficace quand on se concentre sur ce qui rapporte gros.

En ciblant les opérations les plus rentables, le secteur privé s’installe d’abord là où il a la plus forte clientèle potentielle. Et cela signifie généralement que le privé déploie d’abord ses tentacules dans les grands centres urbains et les banlieues, où l’on retrouve une plus forte densité de population, mais également une population qui a des revenus parmi les plus élevés. Avec la rapide progression du secteur privé en santé au Québec, l’accessibilité générale aux soins de santé et aux services sociaux est en voie de devenir différenciée, selon que l’on demeure en ville ou en région rurale, ce qui devrait grandement nous inquiéter.

La présence de plus en plus grande du privé au Québec doit également être perçue comme une menace sérieuse pour la continuité des soins dans le réseau public. En plein cœur d’une pénurie historique de main-d’œuvre, le privé nuit directement à l’organisation des soins dans le secteur public, en y recrutant massivement techniciens, professionnels et médecins. La présence des agences de placement de personnel en est un exemple éloquent. À terme, le drainage des ressources du public vers le privé accentuera les disparités entre les soins et les services offerts dans ces réseaux et portera atteinte à l’accessibilité universelle aux soins et aux services publics.

Regarder en avant

À l’aube du déclenchement de la prochaine élection provinciale, il est temps d’exiger mieux que la création d’une nouvelle superstructure pour notre réseau public. La santé et les services sociaux devront être au cœur de la prochaine campagne électorale, et des propositions pour démocratiser et humaniser tant la dispensation des soins et des services que les conditions de travail devront faire partie de la solution. Et si nous retournions à l’essence de ce qui a jadis fait le succès de notre modèle québécois? Un réseau décentralisé, démocratique, agile et prioritairement axé sur les besoins des populations locales, qui sont après tout les expertes de leurs propres besoins.

1. Collège des médecins du Québec, Place du privé en santé : des faits et des chiffres pour y voir plus clair, 2025, https://www.cmq.org/fr/informer-sante/infocmq/pratique-medicale/place-prive-sante

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  • L’Iran, un conflit inutile
    La guerre en Iran, telle qu’elle se déroule aujourd’hui, n’est pas seulement un affrontement militaire de plus dans une région déjà fragile : elle est le symptôme d’un échec politique profond, collectif et répété. Derrière les frappes, les représailles et les discours martiaux, se cache une réalité plus dérangeante : cette guerre n’aurait jamais dû avoir lieu, et rien ne justifie qu’elle se prolonge. Depuis le début du conflit, les événements s’enchaînent avec une logique implacable d’escalad
     

L’Iran, un conflit inutile

3 juin 2026 à 12:47

La guerre en Iran, telle qu’elle se déroule aujourd’hui, n’est pas seulement un affrontement militaire de plus dans une région déjà fragile : elle est le symptôme d’un échec politique profond, collectif et répété. Derrière les frappes, les représailles et les discours martiaux, se cache une réalité plus dérangeante : cette guerre n’aurait jamais dû avoir lieu, et rien ne justifie qu’elle se prolonge.

Depuis le début du conflit, les événements s’enchaînent avec une logique implacable d’escalade. Des frappes israélo-américaines ont visé des infrastructures stratégiques iraniennes, notamment des sites liés au nucléaire. En réponse, l’Iran a multiplié les attaques contre des intérêts régionaux, allant jusqu’à menacer le trafic pétrolier mondial en perturbant le détroit d’Ormuz, par lequel transite une part essentielle de l’énergie mondiale. Ce cycle de représailles illustre une constante tragique : chaque camp prétend se défendre, mais tous contribuent à aggraver la situation.

Le problème fondamental réside dans l’illusion stratégique. Cette guerre était censée être rapide, ciblée, maîtrisée. Or, comme tant d’autres conflits avant elle, elle s’enlise. Aux États-Unis mêmes, des responsables reconnaissent que la durée et le coût de l’intervention dépassent largement les prévisions initiales. L’histoire récente aurait pourtant dû servir de leçon : les guerres modernes, surtout au Moyen-Orient, échappent presque toujours aux plans initiaux et produisent des conséquences imprévisibles.

Mais au-delà des erreurs de calcul, c’est la logique même de la guerre qui doit être interrogée. Que cherche-t-on réellement ? La sécurité ? La stabilité ? La fin du programme nucléaire iranien ? Rien, dans les faits observables, ne permet d’affirmer que ces objectifs se rapprochent. Au contraire, la guerre renforce les postures les plus dures de chaque côté. À Téhéran, le pouvoir se raidit et refuse les négociations. À Washington et chez ses alliés, la pression militaire s’intensifie, nourrissant un engrenage dont personne ne semble capable de sortir.

Les premières victimes de cette impasse ne sont ni les dirigeants ni les stratèges, mais les populations civiles. Bombardements, destructions d’infrastructures, isolement économique : la guerre impose un coût humain considérable, souvent invisibilisé derrière les discours géopolitiques. À cela s’ajoute une autre conséquence majeure : l’instabilité globale. Le conflit a déjà des répercussions économiques importantes, notamment sur les prix de l’énergie et l’inflation mondiale. Une guerre locale devient ainsi un problème planétaire.

Il faut également dénoncer une forme d’hypocrisie internationale. Chaque acteur invoque le droit, la sécurité ou la paix pour justifier ses actions, mais ces principes semblent à géométrie variable. Les mêmes puissances qui appellent à la désescalade participent, directement ou indirectement, à la militarisation du conflit. Cette contradiction affaiblit toute crédibilité diplomatique et entretient un climat de méfiance généralisée.

Plus inquiétant encore, cette guerre semble avancer sans véritable vision politique de sortie. Une fragile trêve a été évoquée, mais elle reste précaire et suspendue à des calculs stratégiques de court terme. Or, une guerre sans perspective de paix claire devient une guerre sans fin. Et une guerre sans fin est, par définition, une faillite politique.

Critiquer la guerre en Iran, ce n’est pas prendre parti pour un camp contre un autre. C’est refuser la logique binaire qui réduit des enjeux complexes à des affrontements simplistes. C’est rappeler que la sécurité ne peut être durablement construite par la force seule. C’est exiger que la diplomatie reprenne sa place, non pas comme un aveu de faiblesse, mais comme une nécessité.

Car au fond, la question essentielle est la suivante : combien de destructions faudra-t-il encore avant de reconnaître l’évidence ? Cette guerre n’apporte ni paix, ni stabilité, ni solution durable. Elle ne fait que déplacer les problèmes, les amplifier et préparer les conflits de demain.

L’histoire jugera sévèrement ceux qui auront préféré la confrontation à la négociation, l’orgueil à la lucidité. Mais il est encore temps de changer de cap. Refuser la guerre en Iran, c’est affirmer une conviction simple, mais essentielle : aucune victoire militaire ne compensera jamais le prix humain et moral d’un tel conflit.

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  • Identité et laïcité
    Être descendants de colonisateurs colonisés à leur tour, ce n’est pas l’héritage identitaire le plus simple. Quelques siècles après les faits, la population du Québec est plus nombreuse et plus diversifiée que jamais, sa terre n’ayant cessé d’être un lieu d’accueil. Et on se demande maintenant s’il y a de la place pour tout ce beau monde, pour leurs us et coutumes si différents de ceux importés jadis avec fierté (et condescendance) depuis la vieille Europe. Tout d’un coup, ça nous prend de dé
     

Identité et laïcité

2 juin 2026 à 10:08

Être descendants de colonisateurs colonisés à leur tour, ce n’est pas l’héritage identitaire le plus simple. Quelques siècles après les faits, la population du Québec est plus nombreuse et plus diversifiée que jamais, sa terre n’ayant cessé d’être un lieu d’accueil. Et on se demande maintenant s’il y a de la place pour tout ce beau monde, pour leurs us et coutumes si différents de ceux importés jadis avec fierté (et condescendance) depuis la vieille Europe.

Tout d’un coup, ça nous prend de définir « l’identité québécoise » au-delà de la définition géographique ou nationale. Ça nous prend d’affirmer comment « on vit1 » au Québec.

Un des mots d’ordre, c’est la laïcité. La laïcité, on le sait, c’est le « principe de séparation de la société civile et de la société religieuse2 ». La séparation signifie l’absence de lien entre l’État et l’Église et donc, une « neutralité à l’égard des confessions religieuses3 ». En d’autres mots : l’État laïque n’est lié à aucune Église et n’est ni pour ni contre les religions, quelles qu’elles soient.

Quand les Européens sont venus coloniser les Amériques, ils se sont fait un devoir d’imposer leur religion et d’interdire celles des Autochtones. À l’époque, le mot laïcité existait peut-être, mais n’était certainement pas vu comme une vertu à atteindre.

Si la Révolution tranquille a été relativement tranquille, elle n’en a pas moins signifié un rejet assez radical de l’omnipotence catholique. Quelques bonnes décennies plus tard, le gouvernement cherche d’un côté à officialiser ce rejet et de l’autre à protéger l’héritage catholique face aux religions de nos concitoyens d’autres traditions. Dans ce double mouvement, l’État entre en conflit avec ses propres valeurs et préfère souvent trancher contre la laïcité et pour la protection de l’héritage catholique.

On l’a vu avec le fameux crucifix de l’Assemblée nationale, finalement exposé à proximité. D’autres crucifix continuent d’orner en toute légalité mairies, écoles et autres bâtiments publics supposément laïques. On ne compte pas au Québec les écoles Christ-Roi, Immaculée-Conception, Notre-Dame-de-Ceci-ou-de-Cela sans que cela ne heurte les visées laïques de nos dirigeants. Mais qu’une femme à l’intérieur d’une telle école se couvre les cheveux, ça oui, ça heurte la sacro-sainte laïcité. Je le répète : la laïcité, c’est la neutralité de l’État à l’égard des confessions religieuses.

Petite anecdote personnelle : dans ma jeunesse, nous avons eu dans notre école un enseignant disciple de Bhagwan, tout habillé en rouge comme l’exigeait sa secte et portant autour du cou un médaillon avec la photo du gourou. Assez ostentatoire comme signe religieux! Cet homme était un excellent professeur avec qui nous avons eu des discussions très enrichissantes. Aucun élève de l’école n’est devenu disciple de Bhagwan à sa suite. Son passage dans nos vies nous a plutôt permis de nous ouvrir sur la diversité des croyances et de comprendre qu’une personne peut être brillante, très bonne pédagogue et pourtant, pour des raisons qui lui appartiennent, vouer une partie de sa vie personnelle à un gourou détraqué. Belle leçon d’humilité!

Peut-être que ce genre de leçon manquait à notre ancien premier ministre quand il a eu le malheur de regarder par la fenêtre juste au moment où des gens priaient à genoux dans la rue et que lui est venue l’idée d’une loi interdisant ces gestes incompréhensibles venus perturber sa sérénité. Les processions du Vendredi saint ou de la sainte Anne, elles, ne semblent pas empêcher notre premier ministre de dormir : elles peuvent se poursuivre impunément dans l’espace public.

Interdire certaines cérémonies et pas d’autres, veut, veut pas, ça a des relents d’histoire qu’on cherche pourtant à oublier. À une autre époque, pas si différente finalement, on interdisait des cérémonies autochtones sous prétexte qu’elles « nuisaient à l’assimilation ». Ainsi, les potlatchs ont été interdits jusqu’en 19514. Même chose pour certains vêtements et accessoires de cérémonie. Par incompréhension devant l’étrangeté, par sentiment de menace devant l’inconnu, on a édicté des lois pour bien montrer qu’ici, « c’est comme ça qu’on vit ». Au Québec, on l’a fait avec ceux qui étaient ici avant nous, on le fait maintenant avec ceux qui arrivent après nous. Et on ose appeler ça laïque.

1. François Legault a affirmé le 31 mars 2019 lors du dépôt du projet de loi 21 sur la laïcité de l’État : « Au Québec, c’est comme ça qu’on vit ».

2. Le Robert, Dico en ligne, « Laïcité », https://dictionnaire.lerobert.com/definition/laicite

3. Wikipédia, « Laïcité », 2026, https://fr.wikipedia.org/wiki/La%C3%AFcit%C3%A9

4. L’Encyclopédie canadienne, « Interdiction du potlatch », 2024, https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/interdiction-du-potlatch

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  • Mon point de vue philosophique : philosophie moderne, Saint-Augustin et mathématiques
    1- Je soutiens que la philosophie moderne est, d’un point de vue épistémologique, partiellement augustinienne. Depuis Descartes, elle accorde en effet une place centrale à l’intériorité du sujet:  certitude du cogito, primauté du sujet transcendantal, évidence première de l’entendement, bref un ensemble d’éléments qui résonnent avec certains thèmes augustiniens. Toutefois, la philosophie moderne ne s’y réduit pas, car elle développe parallèlement une approche critique et systématique de la conna
     

Mon point de vue philosophique : philosophie moderne, Saint-Augustin et mathématiques

21 mai 2026 à 13:26

1- Je soutiens que la philosophie moderne est, d’un point de vue épistémologique, partiellement augustinienne. Depuis Descartes, elle accorde en effet une place centrale à l’intériorité du sujet:  certitude du cogito, primauté du sujet transcendantal, évidence première de l’entendement, bref un ensemble d’éléments qui résonnent avec certains thèmes augustiniens. Toutefois, la philosophie moderne ne s’y réduit pas, car elle développe parallèlement une approche critique et systématique de la connaissance qui lui est propre.

2- Sur le plan méthodologique, la philosophie moderne tend vers un idéal mathématique. Elle cherche à se fonder sur des principes universels et nécessaires : clarté et distinction des idées chez Descartes, méthode axiomatique et déductive chez Spinoza, formes a priori chez Kant. Une telle orientation répond à une exigence de rigueur inspirée des mathématiques et contribue à structurer l’élaboration de la “raison philosophique moderne”. 

3-On pourrait toutefois m’opposer l’objection suivante : où situer l’empirisme humien dans ce cadre d’analyse ? Mon propos n’exclut nullement David Hume. Certes, le philosophe écossais critique la philosophie abstraite d’inspiration chrétienne et le modèle more geometrico, mais il ne les rejette pas entièrement ; il en propose plutôt une transformation. En articulant les « relations d’idées » à ses « questions de fait », il confère à la raison une assise empirique et concrète. Ainsi, chez Hume, l’héritage rationaliste auquel l’augustinisme et l’idéal mathématique ont contribué, se trouve rééquilibré par l’expérience. Il s’inscrit donc, à sa manière, dans la dynamique générale de la modernité philosophique, tout en redéfinissant les contours.  

4- En définitive, la philosophie chrétienne, notamment augustinienne,  et l’essor des mathématiques à l’époque moderne ont contribué, selon moi, à l’émergence de la philosophie moderne. Non pas comme ses uniques fondements, mais comme deux des forces intellectuelles majeures ayant orienté son « développement épistémologique et méthodologique. »

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  • L’accompagnement philosophique : un espace de clarification et d’orientation
    Dans un contexte marqué par l’accélération des rythmes de vie, la complexité des choix et la pluralité des valeurs, il devient difficile de discerner ce qui fonde réellement nos décisions. L’accompagnement philosophique propose un temps d’arrêt structuré, orienté vers la clarification, la cohérence et l’approfondissement de la réflexion personnelle ou collective. À la croisée de la philosophie, des sciences humaines et des pratiques d’aide, cette démarche ne vise ni le conseil directif ni la
     

L’accompagnement philosophique : un espace de clarification et d’orientation

20 mai 2026 à 08:14

Dans un contexte marqué par l’accélération des rythmes de vie, la complexité des choix et la pluralité des valeurs, il devient difficile de discerner ce qui fonde réellement nos décisions. L’accompagnement philosophique propose un temps d’arrêt structuré, orienté vers la clarification, la cohérence et l’approfondissement de la réflexion personnelle ou collective.

À la croisée de la philosophie, des sciences humaines et des pratiques d’aide, cette démarche ne vise ni le conseil directif ni la résolution technique de problèmes. Elle ouvre plutôt un espace d’examen critique où les convictions, les émotions et les valeurs peuvent être interrogées avec rigueur. Il s’agit d’un travail de mise en lumière : comprendre les fondements de ses choix afin d’agir avec davantage de lucidité.

Une démarche exploratoire

L’accompagnement philosophique repose sur un dialogue attentif et structuré. Il mobilise l’écoute active, le questionnement conceptuel et l’analyse des présupposés qui orientent les décisions. Cette pratique favorise

  • L’identification des valeurs sous-jacentes aux choix et aux tensions vécues;
  • La clarification des conflits intérieurs;
  • L’élaboration d’une pensée plus personnelle et cohérente.

Particulièrement pertinent en période de transition, de doute ou de remise en question, cet espace réflexif permet de reconstruire un cadre de sens ajusté à sa situation actuelle.

Pour les personnes, les groupes ou les artistes

Toute personne confrontée à une interrogation existentielle, à une bifurcation professionnelle ou personnelle, ou à un besoin de cohérence intérieure peut bénéficier de cet accompagnement. Il ne s’agit pas de fournir des réponses toutes faites, mais d’élaborer les siennes avec méthode, précision et liberté.

Les entreprises, organismes et collectifs sont également confrontés à des enjeux de sens. Clarifier la mission, expliciter les valeurs directrices, harmoniser les pratiques avec les intentions déclarées : autant de dimensions qui peuvent être travaillées dans des ateliers participatifs adaptés aux dynamiques propres à chaque équipe. Ces rencontres favorisent un dialogue éthique structuré et contribuent à aligner intention, mission et pratiques.

La création artistique implique souvent un questionnement identitaire et symbolique. L’accompagnement philosophique offre aux artistes un espace d’exploration approfondie des thématiques qui traversent leur œuvre. Il permet d’affiner le message, de renforcer la cohérence expressive et de soutenir une démarche créative ancrée dans une compréhension plus claire de ce qui anime le geste artistique.

Comment se déroule un accompagnement?

Chaque rencontre individuelle prend la forme d’un dialogue attentif, structuré et rigoureux. À travers une écoute active et des questionnements ciblés, le travail consiste à clarifier les pensées, à mettre au jour les présupposés implicites et à identifier les valeurs sous-jacentes aux choix, aux hésitations ou aux tensions vécues. Les questions essentielles sont progressivement formulées avec précision, afin de déplacer le regard porté sur la situation et d’en affiner la compréhension.

Le philosophe praticien n’apporte pas de solution prédéfinie. Il ne prescrit ni conduite ni orientation. Il ouvre un espace réflexif dans lequel émergent des pistes d’analyse, des distinctions conceptuelles et des reformulations structurantes. L’enjeu est de rendre à la personne la pleine appropriation de sa réflexion, en favorisant l’élucidation de ses motivations et de ses cadres de référence.

L’objectif est une compréhension plus lucide de soi et de ses déterminations, permettant des choix davantage alignés avec ses convictions profondes et sa cohérence intérieure.

Pour les organismes et les groupes, l’accompagnement se déploie sous forme d’ateliers thématiques adaptés aux enjeux spécifiques du milieu. Ces espaces collectifs visent à expliciter les valeurs communes, à clarifier le sens des actions entreprises et à renforcer l’alignement entre mission, pratiques et orientations stratégiques, dans une perspective de cohérence et d’ancrage éthique.

À Rimouski, de l’accompagnement philosophique est offert depuis trois ans, entre autres à la Clinique l’Horizon. La pratique, qui s’adresse aux individus, aux groupes, aux entreprises, aux organismes et aux artistes, intègre des apports issus de la philosophie, de la psychologie, de la sociologie, de l’anthropologie, de l’art et de la biologie, dans une approche à la fois rigoureuse, sensible et accessible.

L’accompagnement philosophique : une pratique à découvrir!

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  • OUI l’espionnage existe : Les centres de sécurité et des télécommunications (CST).
    Tout récemment, lorsque Paul St-Pierre Plamondon évoque la possibilité que le Parti québécois soit espionné par le gouvernement fédéral, certains y voient une paranoïa souverainiste. Pourtant, l’histoire prouve que ses craintes ne sont pas infondées. Les Centres de sécurité et des télécommunications (CST), créés pendant la Seconde Guerre mondiale, ont évolué pour devenir un outil clé de la surveillance mondiale, notamment via le réseau Échelon. Ce système, révélé au grand public en 1988 par le j
     

OUI l’espionnage existe : Les centres de sécurité et des télécommunications (CST).

19 mai 2026 à 12:32

Tout récemment, lorsque Paul St-Pierre Plamondon évoque la possibilité que le Parti québécois soit espionné par le gouvernement fédéral, certains y voient une paranoïa souverainiste. Pourtant, l’histoire prouve que ses craintes ne sont pas infondées. Les Centres de sécurité et des télécommunications (CST), créés pendant la Seconde Guerre mondiale, ont évolué pour devenir un outil clé de la surveillance mondiale, notamment via le réseau Échelon. Ce système, révélé au grand public en 1988 par le journaliste Duncan Campbell, permet aux pays alliés (Canada, États-Unis, Royaume-Uni, Australie, Nouvelle-Zélande) d’intercepter et analyser les communications privées et publiques à l’échelle planétaire. Si le Canada a longtemps nié son implication, les lois antiterroristes de 2001 ont légitimé ces pratiques. Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si l’espionnage existe, mais qui est surveillé, et dans quel but.

Bref survol

Les centres de sécurité et des télécommunications (CST) sont apparus lors de la seconde guerre mondiale et étaient sous le contrôle de l’armée. Ils sont importants à définir pour comprendre en quoi s’inscrivent les enjeux de sécurité nationale à l’ère numérique considérant qu’ils sont un acteur clé. En effet, à l’origine les CST avaient pour mission de protéger les pays alliés (Canada, États-Unis, Angleterre, Nouvelle-Zélande, Australie) pour « assurer que les communications émises par les pays alliées sont chiffrées (cryptées) correctement pour ne pas être lues pas les pays ‘ennemis’ et que l’on puisse intercepter et déchiffrer (décrypter) (SIGINT), si nécessaire, les renseignements émis par les pays ‘ennemis’. » (Beauchesne, 2022, p.3). En structurant initialement les CST sous contrôle militaire, ils sont restés, par le fait même et jusqu’en 1988, invisibles pour les citoyens ordinaires. Le traité UKUSA en 1946 créa une collaboration par l’échange des données et une hiérarchisation entre les pays alliés quant à la place qu’ils occupent au sein des CST. Le traité USUKA permit alors d’établir, avec un plus grand nombre d’acteurs, un réseau mondial d’interception des communications privées et publiques, soit le réseau Échelon. Par ailleurs, même si les pays membres ont pour tâche de collecter de l’information (captation des messages, etc.), seuls les États-Unis et l’Angleterre ont la capacité de traiter et d’analyser les données stockées. Par ailleurs, il faut également souligner que le que le réseau Échelon se situe au sein du quartier général de la NSA américaine (National Security Agency) qui « possède une puissance technologique inégalée » (Beauchesne, 2022, p.4).

Ce n’est qu’en 1988, quand le journaliste écossais Duncan Campbell révèle au grand jour le réseau Échelon que « Plusieurs pays, dont le Canada, leur donneront un mandat en bonne et due forme dans le cadre des lois antiterroristes en 2001. » (Beauchesne, 2022, p.4). Avec la fin de la deuxième guerre mondiale, le mandat des CST a considérablement évolué pour prendre en considération les contextes socio-économiques et politiques changeants. On peut noter quatre périodes: la première (années 50-60) pour surveiller le bloc soviétique, la deuxième (années 70) pour contrôler des cibles internes (comme les mouvements nationalistes du Québec), la troisième (années 80-90) pour se battre contre le terrorisme international mais aussi pour défendre la sécurité économique des intérêts américains, la quatrième (années 2000) pour lutter contre la cyberguerre qui menace la sécurité nationale des États. Comme l’explique Beauchesne : « En lien avec cette priorité et les développements technologiques, c’est à cette époque également que les pays vont commencer à utiliser leur CST pour assurer la cybersécurité de leurs institutions gouvernementales, des universités (innovation technologique), des secteurs stratégiques (énergie, etc.) et des grandes industries. » (2022, p.5). Paul St-Pierre Plamondon n’est pas un complotiste. Il est un réaliste : l’espionnage existe, et le Québec, en tant que nation distincte avec des ambitions souverainistes, est une cible plausible.

RÔLE ET ÉVOLUTION DU MANDAT DES CENTRES DE SÉCURITÉ ET DES TÉLÉCOMMUNICATIONS (CST)

Contexte :Objectif(s) :Acteurs :Combat :Structure :Rôle des parties :
Seconde guerre mondialeCrypter et décrypter les messages pour assurer la sécurité des pays alliés durant la guerre.États-Unis Angleterre Canada Australie Nouvelle-ZélandeGagner la guerre et pour la liberté de la démocratieStructure militaire sous le secretCollecter les données militaires et traitement des données militaires (tous les pays)
Guerre froide 1950-1960 (Élément déclencheur : Traité UKUSA en 1946)Apparition du réseau Échelon qui permet l’interception des communications privées et publiques de tous les pays.États-Unis Angleterre Canada Australie Nouvelle-Zélande   Allemagne Norvège Turquie Etc.Combattre le bloc soviétique et le surveiller.Structure militaire sous le secret Quartier général du réseau Échelon : NSA américaineCollecter les données privées et publiques et traitement des données par É.-U. et Angleterre
1970’sInterception des communications privées et publiques de tous les pays.États-Unis Angleterre Canada Australie Nouvelle-Zélande   Allemagne Norvège Turquie Etc.Combattre le bloc soviétique et le surveiller. Surveiller les cibles internes des pays alliésStructure militaire sous le secret Quartier général du réseau Échelon : NSA américaineCollecter les données privées et publiques. Traitement des données par É.-U. et Angleterre
1980’s : Contexte de paix relatif. Début de néolibéralisme et fin de l’État-providence. Début du « War on Drugs » aux États-Unis.Interception des communications privées et publiques de tous les pays.États-Unis Angleterre Canada Australie Nouvelle-Zélande   Allemagne Norvège Turquie Etc.Surveiller les cibles internes du pays Combattre le terrorisme international ainsi que le trafic d’armes. Espionnage des É.-U. à l’ensemble des pays alliés selon leurs besoins.Structure militaire sous le secret Quartier général du réseau Échelon : NSA américaineCollecter les données privées et publiques. Monopole des États-Unis dans le traitement et le stockage des données. Début des tensions entre les pays membres du réseau Échelon.
1990’s : Rivalités économiques entre les pays industrialisés.Sécuriser les secteurs économiques et industriels. Chaque pays développe leur CST pour assumer leur cybersécurité.  États-Unis Angleterre Canada Australie Nouvelle-Zélande   Allemagne Norvège Turquie Etc.Protéger le modèle économico-politique des pays démocratique. Espionnage des É.-U. à l’ensemble des pays alliés selon leurs besoins.Structure militaire sous le secret Quartier général du réseau Échelon : NSA américaineCollecter les données privées et publiques.Monopole des États-Unis dans le traitement et le stockage des données. Tension des pays membres avec la NSA américaine.
2000’s : Lutte au terrorisme et cyberguerre et cybersécuritéInterception des communications privées et publiques de tous les pays. Sécuriser les secteurs économiques, industriels et militaire.États-Unis Angleterre Canada Australie Nouvelle-Zélande Allemagne Norvège Turquie Etc.Combattre le terrorisme international Combattre les intrusions informatiques de pays ‘ennemis’ ou ‘ennemis’ à l’interne Espionnage des É.-U. à l’ensemble des pays alliés selon leurs besoins.Les CST reçoivent un mandat officiel suite aux nouvelles lois antiterroristes. Quartier général du réseau Échelon : NSA américaineCollecter les données privées et publiques.Monopole des États-Unis dans le traitement et le stockage des données. Tension des pays membres avec la NSA américaine.

BIBLIOGRAPHIE

BEAUCHESNE, L. (2022) Notes de cours Première partie CRM 4725A, Département de criminologie, Université d’Ottawa.

BORNSTEIN, R. (2020). Ingérence numérique, mode d’emploi. Le débat, no.208, 42-55

D’ÉLIA, D. (2014) La guerre économique à l’ère du cyberespace.  Hérodote, Vol.1,

no.152-153, p.240-260.

DOUTRIAUX, C. (2013) Droit et piraterie virtuelle : les hacktivistes face à la loi

Sécurité Globale, Vol.2, no.24, 69-80.

FRÉNOT, S. et S. GRUMBACH (2014) Les données sociales, objets de toutes les

convoitises Hérodote, Vol.1, no.152-153, 43-66.

LACROIX, D. (2014) Ranger la Terre. Le nommage des domaines est-il l’expression

d’une stratégie des États-Unis de domination des réseaux ? Hérodote, Vol.1, no.152-153, p.185-200.

MELO, A.A. (2017) Un câble pour les BRICS : un défi stratégique insurmontable.

Hermès, CNRS Éditions, p.145-149.

NOCETTI, J. (2018) Géopolitique de la cyber-conflictualité. Politique étrangère, no.2, 15-27.

PÉTINIAUD, L. (2014) Cartographie de l’affaire Snowden Hérodote, Vol.1, no.152-153,

p. 35-42.

SERVICE CANADIEN DU RENSEIGNEMENT ET DE SÉCURITÉ (SCRS),

programme de liaison-recherche (2018). Examen du Brexit : ascension et déclin

d’un réseau de zombies sur twitter. Dans Qui dit quoi ? Défis sécuritaires

découlant de la désinformation aujourd’hui. Points saillants de l’atelier, 51-59.

Publication no 20118-02-01 de la série Regards sur le monde : avis d’experts.

TAGUIEFF, P.A. (2021). Les théories du complot. Presses universitaires de France.

Extrait p.66-79.

VAN RAEMDONCK, N. (2019). The Echo chamber of anti-vaccination conspiracies:

mechanisms of radicalisation on Facebook and Reddit. Dans The Digital Age,

Cyber Space, and Social Media: the Challenges of Security & Radicalization. (IPAG – Institute for Policy and Governance) Knowledge Series Book. Extrait – 11 pages.

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  • La vie s’appelle Richard, de la rue Ouellet.
    J’aime le vent quand il fait des fouilles mon coeur s’emballe comme un animal j’aime quand les nuages farfouillent avec les soucis qui s’baladent en sandales – Jean-Claude Vannier, La chanson de la pluie J’aime le hasard. Les objets trouvés. L’humour et la modestie de l’imprévu. Les petites choses du quotidien qui nous font symboliser, créer des liens, organiser la conjoncture poétique de nos vies. Parmi ces objets que l’on rencontre, que l’on fréquente et qui nous défini
     

La vie s’appelle Richard, de la rue Ouellet.

14 mai 2026 à 11:41

J’aime le vent quand il fait des fouilles

mon coeur s’emballe

comme un animal

j’aime quand les nuages farfouillent

avec les soucis qui s’baladent en sandales

– Jean-Claude Vannier, La chanson de la pluie

J’aime le hasard. Les objets trouvés.

L’humour et la modestie de l’imprévu. Les petites choses du quotidien qui nous font symboliser, créer des liens, organiser la conjoncture poétique de nos vies.

Parmi ces objets que l’on rencontre, que l’on fréquente et qui nous définissent, les disques et les livres occupent une place particulière. Il faut dire qu’ils sont un peu faits pour ça : nous offrir du sens, de la poésie, des moments d’errance ou de réflexion.  En plus, il existe des meubles faits exprès pour les ranger, les classer, pour manager nos affects et nos points de fuite.

L’autre matin, en mettant une galette sur ma platine, je me suis mis à me questionner sur les raisons qui faisaient que je m’entête à acheter des disques tandis que 90 % de mes concitoyens utilisent les plateformes? «  Tu achètes même des CD*? », me demande mon jeune voisin. Oui, oui, les petits et les grands.

Car, si elles peuvent sembler issues de quelques anxiétés orwelliennes, ces raisons ne sont pas moins fondamentales que celles qui me poussent à acheter des tomates d’un producteur local ou du café équitable.

Acheter, c’est voter. Streamer, c’est laisser voter, comme je dis.

Ce matin-là, la réflexion a été stimulée par ce disque de Big Audio Dynamite que je posais sur la table tournante, et que j’aurais eu bien peu de chance de retrouver sur Spotify. Résonnait une musique née d’une rencontre temporelle insolite, résultante d’une promenade en brocante enjouée.

Ce qui est encore plus formidable : sur le dos du disque, au stylo, on lit que l’album a été acheté par Richard, de la rue Ouellet, à sa sortie, en 1985. Je me demande alors si c’était un Richard qui avait dansé comme un fou sur ce disque, charmé par les rythmes du hip-hop naissant et des accents de world music ou encore Rich, le punk, remisant l’album marquant la déchéance finale de ses héros des Clash.

Anyway, j’ai eu bien du plaisir à l’écouter, avec la distance. Il y a quand même quelque chose d’assez symptomatique dans notre vision de l’histoire des musiques populaires : bien que Big Audio Dynamite marque la première collaboration d’un duo d’auteurs-compositeurs remarquables depuis le « Only Band That Matters », l’album No. 10, Upping Str. est très peu connu, commenté aujourd’hui.

Pour moi, ce disque se présente comme une apparition du réel. Alors que ma vie connectée ne m’offre que du modélisé, rien de simple, pas de Richard de la rue Ouellet, juste cette folie d’idéal consumériste et de clientélisme poussé à son ridicule absolu par la puissance de l’algorithme et de l’IA; une prise en charge vertigineuse de mes goûts, par espionnage et statistiques, afin de les consensualiser, de les conformer, et surtout de générer des clics et des profits car, plus de honte à le dire, à l’ère numérique, we are only in it for the money.

L’algorithme, c’est le capitalisme qui nous poursuit dans nos goûts, comme un poison dans nos veines, comme le marketing de l’envie qui nous vend à chacun une pomme personnalisée du jardin d’Éden. Finie l’idée du libre choix, tout finit dans le grand canal publicitaire de l’influence et de la visibilité monnayée….

Décidément, ce disque me fait beaucoup trop réfléchir. Je devrais peut-être le donner à quelqu’un de moins angoissé.

Je ne me sens pas très bien. Je décide d’aller fouiner dans les bacs de ma voisine de friperie afin de voir si je ne trouve pas de quoi de plus léger à me mettre dans les oreilles.

Eurêka. En moins de 15 minutes je reviens à la maison avec quelques excitantes découvertes : d’abord, un album de Steve Waring, toujours réjouissant, une copie du « Blues de la poisse », mais encore un étrange opus d’un certain Michel Maurice Fortin. L’album, publié à compte d’auteur en 1979, est toujours dans son « shrink », lequel est savamment déchiré afin de permettre à l’auto-produit de numéroter, au crayon mine svp : 175/500. N’ayant aucunement la fibre du collectionneur (j’ai brisé plusieurs objets qui avaient survécu bien plus que mon âge), je m’empresse de déballer le truc et de lui poser une aiguille. Une entrée en matière audacieuse aux allures de complainte a capella, une bonne voix, une belle maîtrise instrumentale, un côté folk-prog. Je passe un bon moment. Mais, c’est la vie, on ne peut pas tous passer à l’histoire.

Si j’avais voulu trouver celui-là sur Spotify, j’aurais cherché catégorie folklore nordique au patchouli?

*Abréviation de disque compact

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