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    Être bucké à protéger la langue française, c’est en faire une langue de bois, une langue de musée, une langue nostalgique du PQ des années 70 et au final une langue morte. Parce que le temps passe qu’on le veuille ou non. Défendre la langue française comme y’a cinquante ans, c’est comme s’accrocher très fort aux poignées d’un tapis roulant sans bouger les pieds – t’as juste l’air cave et tu risques de te péter la gueule! Pour moi, la seule façon de garder le français et surtout la culture qué
     

Pour un Québec en tabarnak!

23 mars 2026 à 10:25

Être bucké à protéger la langue française, c’est en faire une langue de bois, une langue de musée, une langue nostalgique du PQ des années 70 et au final une langue morte. Parce que le temps passe qu’on le veuille ou non. Défendre la langue française comme y’a cinquante ans, c’est comme s’accrocher très fort aux poignées d’un tapis roulant sans bouger les pieds – t’as juste l’air cave et tu risques de te péter la gueule!

Pour moi, la seule façon de garder le français et surtout la culture québécoise vivante – et pas juste une langue de loser qui ont peur de leur ombre – c’est de recommencer à faire du joual! Laisser la langue vivre sa vie sans essayer de l’emprisonner dans les barreaux de l’isolationnisme du toujours pareille. Embrasser un nouveau joual qui accueille les évolutions créoles de la langue et invite les autres cultures à enrichir un nouveau « nous » québécois. 

Parce que le français d’icitte y’a jamais été pur, ça toujours été une courte pointe rapaillée – de Bretagne, de Normandie, d’Irlande et puis de Grèce et d’Italie. Et pis crisse, le mot « Québec » on va pas se mentir à base y’est algonquin.

Alors, le français décline : que cela ne tienne, il faut faire des Michel Tremblay et des Michèle Lalonde de nous même! Pas se mettre à dire comme les autres colons : « Speak white t’au Québec icitte! ». Que ce soit Céline ou Xavier Dolan y’ont pas peur de leur montrer de quel bois elle se chauffe la culture québécoise. Ça s’ostine pas sur le fétichisme de la langue proprette, mais ça se salit pour quelle vive la culture.

Je m’en câlisse que Simple Plan ou Dead Obies chantent en anglais – si tu fais toute en français, mais la même estie d’affaire qu’aux États, bin est déjà morte la culture québécoise. Et il me font chier raide les souverainistes qui me rabbachent les oreilles avec les taux d’immigration et leurs « bonjour hi » et qui écoutent du Netflix, du Spotify et du Instagram ou que ça magasine au Walmart et au Costco. Ça s’appelle parler la bouche plein de marde et de la marde américaine en plus!

Si toute cet argent là était mise en culture, bin y’en aurait pas de problème de langue pis d’identité nationale triste dans son ptit coin : les chinois-e-s, les arabes, les haïtien-ne-s du pays ça slammeraient en français, ça ferait des jokes et des Tiktok en français, ça dirait « pantoute », « talheure » ou « retontir » comme d’autres disent « bro » ou « wesh ». Et peut-être que ça serait avec un différent accent, mais ça serait bin beau de même!

Un Québec en tabarnak plutôt que sur la défensive serait déjà en train de se libérer de l’impérialisme anglais parce qu’on s’en sacrerait complètement d’acheter leurs coccins chipettes ou leurs séries prémâchées! Ce Québec-là se nourrirait de ce qui existe de bigarré « chez nous » et se solidariserait avec les autres opprimé-e-s pour grandir et gagner en résistance. On aurait envie de le rejoindre et pas juste de le craindre comme un bully avec ces ami-e-s toutes pareilles. On aurait pas besoin d’une constitution de crapules en cravate et on mettrait notre énergie pour que la jeunesse puisse juste croire en un futur.

Et, on aurait pas à faire de l’indépendance sur le dos du monde dont les parents sont arrivés icitte avant que je sois né. Des québécois-e-s qui vont juste pas se reconnaître dans un référendum pur laine – achetée sur Amazon ou Market Place ta laine? – et moi non plus. Je passerais pas quatre chemins pour le dire : en faisant boutique aux politiques à courte vue d’à côté, on se magazine juste un troisième « non » à pleurnicher pendant les vingt prochaines années comme PSPParizeau.

La morale c’est que quand tu veux plus accueillir du monde chez vous, c’est que t’es pu fière du ménage que t’as pas faite. Alors, siouplaît ciboire donnez-moi un Québec dont je puisse un peu être fière!

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  • Indépendance ou égalité? L’œuf ou la poule ou le PQ au bout du rouleau
    Avant la naissance du PQ, l’indépendance du Québec était une idée large. Il y avait bien sûr quelques nationalistes old-school adeptes du « maudits anglais », mais  à gauche émergeaient des adeptes d’un mouvement internationaliste et décolonial basé sur une lecture marxiste et pour qui l’ennemi est l’impérialisme. Syndicats, RIN, mouvements ouvriers, artistes forment une gauche indépendantiste avec, tout au bout, le FLQ, solidaire des luttes de décolonisation en Afrique et en Amérique du Sud.
     

Indépendance ou égalité? L’œuf ou la poule ou le PQ au bout du rouleau

11 mars 2026 à 14:39

Avant la naissance du PQ, l’indépendance du Québec était une idée large. Il y avait bien sûr quelques nationalistes old-school adeptes du « maudits anglais », mais  à gauche émergeaient des adeptes d’un mouvement internationaliste et décolonial basé sur une lecture marxiste et pour qui l’ennemi est l’impérialisme.

Syndicats, RIN, mouvements ouvriers, artistes forment une gauche indépendantiste avec, tout au bout, le FLQ, solidaire des luttes de décolonisation en Afrique et en Amérique du Sud. Comme elles, le front sera aussi un terrain d’émancipation pour des corps de police en mal d’héroïsme.

Idéateurs de cette gauche séparatiste : Charles Gagnon (du Bic) et Pierre Vallières. Frères de combats, clandestins, prisonniers, ils divergent pourtant d’opinion sur la primauté des choses. Si Gagnon attend le « grand jour » où la révolution prolétarienne mènera à l’indépendance, Vallières croit que la « conscience nationale » est la base d’une société libre. L’œuf ou la poule.

1972, Vallières se rallie au PQ et publie L’Urgence de choisir, un pamphlet qui invite la gauche à rallier les rangs du PQ.  Gagnon, lui, publie Pour le parti prolétarien, manifeste qui tire à plein feu sur les orientations du PQ, qualifiant Parizeau et Lévesque de fils spirituels de Duplessis. En entrevue, il assène : « Ya rien de pire que les nationalistes pour attaquer la classe ouvrière. »

Mais, dès 1972, quand Morin annonce que « les gauchistes, les anarchistes, les marxistes n’ont pas à s’attendre à un régime de faveurs dans un Québec indépendant », le mariage bat de l’aile entre Vallières et le PQ. En 1978, déçu, honteux, rageur, Vallières publie Les scorpions associés, ouvrage qui, sous forme de lettres adressées au premier ministre, exprime sa déception face aux orientations du PQ. On y lit :  « On est désagréablement surpris de voir le PQ déserté par plusieurs éléments de son aile gauche. Ce net glissement à droite laisse prévoir de sérieux conflits avec les syndicats […], de plus, il décourage les intellectuels, les étudiants, les écologistes et les féministes qui espéraient un bond en avant dans la conscience politique. » Dont acte.

Si le personnage Lévesque réussit à rassembler par sa simplicité et sa rigueur intellectuelle, les investitures post-Lévesque couronnent inévitablement des riches, des économistes, des gens du Québec INC., symboles mêmes du pouvoir impérialiste avec leurs grosses baraques, leurs majordomes et leurs complets cinq pièces. Johnson, Parizeau, Marois, ça boit pas de la bière flatte. Et Péladeau. Vous avez aimé l’Italie?

PSPP

40 ans après le départ de Lévesque, PSPP semble bien décidé à assumer l’image de nationaliste de la nouvelle droite, jeune, propre et décomplexée. Car aujourd’hui, on fait la politique du sondage, et qui c’est qui cartonne? C’est Jordan Bardella. Le facho présentable, porte-voix d’une droite populiste qu’on retrouve aussi bien en France, dans les médias Bolloré, ici dans le Journal de M, et des fois à TLMEP, au sud, dans la bouche du président.

Un modèle de marketing politique punché

Au diable l’équité, les bons sentiments de la gauche, on part un show de boucane, on lance l’œuf et on jacasse avec la poule que c’est la faute des minorités, des immigrants, des universitaires qui sont biaisés, blablabla… Comme Trump, il envoie des diarrhées, dans une rhétorique qui prouve sa méconnaissance des enjeux dont il parle et qui font preuve de son désir de diviser, de faire la « wedge politic ». On reprend le moulin à vent woke …

Quand je l’entends, ça me rappelle ce sketch d’Yvon Deschamps, sur la situation du français où il finit par dire que s’il veut éviter l’assimilation c’est parce que, je le cite : « Moi, mes enfants, y sont épais! Y s’ront jamais capables d’apprendre l’anglais. »

Quand PSPP nie l’existence du racisme systémique (qu’il a reconnu il y a quelques années – comme Doug Ford, le gauchiste), quand il s’attaque à l’intégrité des chercheurs financés par le fédéral, à la « loyauté » des artistes, je me dis qu’il nous prend vraiment pour des épais. La preuve qu’il a tort : ce journal reçoit des revenus publicitaires du gouvernement du Québec et je peux écrire : Va chier PSPP!!

Avec une moyenne de 17 k$ de revenu annuel, avec le soutien des deux gouvernements, ils sont morts de faim, Paul, les artistes loyalistes. Et de toute façon quand un gouvernement croit pouvoir dicter un code moral à ses créateurs, là il faut appeler une poule Poule Pot (rire mitigé).

Allons, Paul. Je le sais au fond que tu n’es pas un parfait imbécile – personne n’est parfait. Tu n’es sans doute pas méchant, non plus. Alors, svp arrête de jouer ce personnage grossier.

Parce que l’histoire que tu nous racontes là, ça finit par « Quelque chose comme un ti-peuple ».

C’est moi ou la poule pond des œufs bruns.

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  • CONTRÔLE BIOLOGIQUE SÉLECTIF DES INSECTES PIQUEURS?
    Voilà une phrase parfaitement formulée pour séduire une population encore peu informée sur ce qu’est réellement le Bacillus thuringiensis israelensis (Bti). Bienvenue dans le monde du marketing, de l’écoblanchiment et du lobbying. Décortiquons ce que chaque mot veut vraiment dire: CONTRÔLE : devrait plutôt être changé pour « pesticide » ou « insecticide » ou « larvicide », car le Bti est avant tout un produit utilisé pour détruire des insectes à la base de la chaîne alimentaire, ceux-là mê
     

CONTRÔLE BIOLOGIQUE SÉLECTIF DES INSECTES PIQUEURS?

8 mars 2026 à 13:26


Voilà une phrase parfaitement formulée pour séduire une population encore peu informée sur ce qu’est réellement le Bacillus thuringiensis israelensis (Bti). Bienvenue dans le monde du marketing, de l’écoblanchiment et du lobbying.


Décortiquons ce que chaque mot veut vraiment dire:


CONTRÔLE : devrait plutôt être changé pour « pesticide » ou « insecticide » ou « larvicide », car le Bti est avant tout un produit utilisé pour détruire des insectes à la base de la chaîne alimentaire, ceux-là mêmes qui nourrissent des insectivores comme des poissons, des oiseaux, les libellules et les batraciens. Pis encore, aucun contrôle n’est effectué par les instances gouvernementales sur les quantités résiduelles de Bti sur le terrain, après épandage. Pourtant, le Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, dans son dernier rapport sur le Bti “Orientation relative au contrôle des insectes piqueurs à l’aide du Bti” préconise le principe de précaution et l’utilisation d’alternatives, et ce, en raison d’études récemment publiées qui démontrent des effets directs et indirects du Bti sur d’autres espèces. Malgré cela, ce même ministère continue à émettre des autorisations aux municipalités et aux propriétaires privés.


BIOLOGIQUE : L’industrie, et même parfois des fonctionnaires, nous présentent le produit comme étant biologique, comme on a retrouvé cette bactérie naturellement dans le sol en Israël. Il faut savoir que les formulations utilisées ne comptent que pour environ 10 % du contenu en Bti et que pour rendre ce pesticide utilisable à grande échelle, l’industrie rajoute près de 90 % d’autres ingrédients, produits chimiques, notamment des agents de conservation, des surfactants et des agents de protection contre le rayonnement UV et on ne sait quoi encore! De plus, compte tenu de la législation sur le secret industriel, il est impossible pour les chercheurs indépendants des entreprises qui préparent les formulations commerciales de démontrer l’impact exact de ces additifs. Dans ce contexte, qui peut vraiment affirmer que le Bti est biologique?


SÉLECTIF : L’industrie prétend que le Bti ne tue que les moustiques et les mouches noires alors que c’est faux. Le produit affecte aussi, notamment, leur proche cousin, les chironomes (non-piqueurs), une espèce plus prolifique que les moustiques et qui se trouve, elle aussi, à la base de la chaîne alimentaire. Plusieurs études ont également démontré des effets directs néfastes sur des espèces comme certaines grenouilles.
INSECTES PIQUEURS : Des insectes qui piquent, il y en a une panoplie : les abeilles, les guêpes, les acariens, les punaises de lit, les taons, les tiques et j’en passe. Ces dernières années, ce sont les tiques qui nous menacent, et cela, bien plus que les moustiques et les mouches noires et le Bti n’a aucun effet sur les tiques. Lorsque l’industrie utilise le terme INSECTES PIQUEURS, il tend à induire un faux sentiment de sécurité chez les citoyens.


Personne n’aime les moustiques, mais TOUS, nous avons la responsabilité de protéger notre biodiversité régionale. C’est ce qu’ont fait plusieurs villes au Québec, dont Saint-Colomban, Labelle, Terrebonne (2022), Longueuil, Mont-Saint-Grégoire, Mirabel, Nicolet et Gatineau (2023), Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson et Bégin (2024), Repentigny et Blainville (2025); chacune de ces municipalités a choisi de se responsabiliser et de protéger la biodiversité en votant en faveur d’un arrêt définitif sur leur territoire de ces programmes d’épandages, injustifiés à tous points de vue. Il ne faut pas oublier qu’il y a de moins en moins d’insectes en général, incluant les moustiques et les mouches noires, et qu’il y a moyen de se protéger c.-à-d. d’éloigner ces espèces avec des répulsifs.

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  • Lettre ouverte: L’escalade des budgets militaires : une menace pour notre sécurité
    Le 17 février, Mark Carney a dévoilé la Stratégie industrielle de défense du Canada. Cette orientation majeure prévoit l’ajout de centaines de milliards de dollars en dépenses militaires, sans véritable débat public. Or, ce choix politique priorise l’économie de guerre au détriment d’investissements essentiels pour la population, y compris dans des régions comme le Bas-Saint-Laurent, où les besoins en logement, en infrastructures, en services publics et en adaptation aux changements climatiques
     

Lettre ouverte: L’escalade des budgets militaires : une menace pour notre sécurité

1 mars 2026 à 13:58

Le 17 février, Mark Carney a dévoilé la Stratégie industrielle de défense du Canada. Cette orientation majeure prévoit l’ajout de centaines de milliards de dollars en dépenses militaires, sans véritable débat public. Or, ce choix politique priorise l’économie de guerre au détriment d’investissements essentiels pour la population, y compris dans des régions comme le Bas-Saint-Laurent, où les besoins en logement, en infrastructures, en services publics et en adaptation aux changements climatiques sont bien réels. Une telle décision engage l’avenir social, économique et environnemental du pays.

Le Canada a accéléré l’augmentation de ses dépenses militaires afin d’atteindre la cible de 2 % du PIB exigée par l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Pour l’année 2025-2026 seulement, près de 45 milliards de dollars seront consacrés au ministère de la Défense nationale, un montant appelé à croître de façon soutenue.

Prendre autant d’argent dans le budget national a forcément des effets. Pour financer ces nouvelles dépenses, il faut soit couper ailleurs — dans la santé, l’éducation ou d’autres services — soit emprunter davantage, soit augmenter les impôts.

À titre comparatif, le ministère du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités dispose d’environ 9 milliards de dollars, celui de l’Environnement de 3,1 milliards et celui de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire de 3,9 milliards. Une seule année de dépenses militaires dépasse largement ces budgets réunis. Dans une région comme la nôtre, où le vieillissement de la population accentue la pression sur le réseau de la santé et où l’accès aux services spécialisés demeure un défi, chaque dollar retranché aux services publics a un impact concret sur la vie des gens mais aussi sur l’avenir des jeunes.

La Stratégie industrielle de défense prévoit la création de 125 000 emplois. Or, de nombreuses études montrent que les investissements dans le logement, la transition écologique, la santé, l’éducation et l’agroalimentaire créent davantage d’emplois par dollar investi, tout en répondant à des besoins fondamentaux. Dans le Bas-Saint-Laurent, où l’économie repose largement sur les services publics, l’agriculture, la transformation alimentaire, la forêt, l’économie maritime et la recherche, ces secteurs offriraient des retombées beaucoup plus structurantes et durables que l’industrie militaire.

L’augmentation fulgurante des dépenses militaires normalise par ailleurs un discours d’économie de guerre, alors que les droits et libertés démocratiques sont fragilisés ici comme ailleurs et que nous devons nous en inquiéter. Cette trajectoire comporte des risques sociaux, environnementaux et politiques importants.

L’argument sécuritaire invoqué pour justifier cette escalade repose sur des bases fragiles. On évoque la nécessité de réduire la dépendance envers les États-Unis, alors même que cette hausse des dépenses répond en partie aux pressions exercées au sein de l’OTAN. Les pays membres de l’OTAN représentent déjà plus de la moitié des dépenses militaires mondiales. L’histoire récente montre que la course aux armements accentue les tensions internationales et détourne des ressources essentielles à la prévention des crises réelles de notre époque.

Prétendre renforcer la sécurité en misant sur l’armement revient à négliger les causes profondes de l’instabilité mondiale : inégalités croissantes, exploitation des ressources, dérèglement climatique et insécurité alimentaire. La diplomatie, la coopération internationale, la répartition des richesses et un commerce réellement équitable, qui représentent une fraction du budget militaire, demeurent des moyens plus efficaces pour prévenir durablement les conflits.

Il faut aussi considérer l’impact environnemental considérable de l’industrie militaire, responsable d’environ 5,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre selon l’Observatoire des conflits et de l’environnement. La course aux minéraux critiques nécessaires à la production d’équipements militaires risque par ailleurs d’intensifier l’extractivisme, au Québec comme ailleurs, avec des conséquences sociales et écologiques importantes, notamment sur les populations paysannes et autochtones déjà grandement marginalisées et réprimées.

La véritable sécurité

Nous assistons actuellement à une mobilisation sans précédent en faveur de l’industrie militaire, qui bénéficie de puissants lobbys, d’un accès privilégié aux décideurs politiques et de programmes de soutien financier spécifiques.

Le gouvernement du Québec s’inscrit lui aussi dans cette orientation, en affichant clairement sa volonté de positionner la province comme un acteur majeur de l’industrie militaire et d’y consacrer des sommes importantes d’argent public.

La question n’est pas de savoir si le Canada doit assurer sa sécurité, mais de définir ce que nous entendons par sécurité. Une sécurité humaine et durable repose sur la satisfaction des besoins fondamentaux (se loger, se nourrir) pour tous et toutes, une économie résiliente et décarbonée, une agriculture locale forte, des services publics fonctionnels et de qualité notamment en éducation, culture et santé et une solidarité internationale active puisque nous sommes totalement interconnectés au reste du monde. Plus les inégalités sociales grandissent, plus nos environnements naturels se dégradent, plus l’eau et l’air perdent en qualité, moins nous sommes en sécurité.

La véritable sécurité ne passe donc pas par la fabrication d’armes toujours plus sophistiquées, mais par la co-construction de sociétés plus justes, plus solidaires et plus écologiques.

À l’heure où chaque dollar public compte et où la population subit de plein fouet la hausse du coût de la vie, à l’épicerie, pour se loger ou pour se déplacer dans un vaste territoire comme le Bas-Saint-Laurent, faire de l’industrie militaire le moteur de notre stratégie économique n’est ni une évidence ni une fatalité. D’autres choix sont possibles. Il est urgent d’ouvrir un véritable débat public sur cette orientation qui aura des répercussions importantes sur notre avenir collectif.

Le CIBLES est un organisme communautaire à but non lucratif basé à Rimouski depuis 2023. Il est membre du Collectif Échec à la guerre, de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) et du Regroupement québécois des groupes écologistes (RQGE).

N.B. Cette lettre est fortement inspirée d’une lettre ouverte co-rédigée par le CIBLES,  co-signée par 16 autres organisations et parue dans Le Devoir le 27 février 2026
https://www.ledevoir.com/opinion/idees/959679/escalade-militaire-menace-notre-securite

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  • Le coût de la paix pour la Russie
    On parle souvent du coût de la guerre pour la Russie: en dépenses pour la défense, en impact des sanctions, en hommes. On ne réfléchit pas assez au coût inverse, celui du risque politique qu’entraînerait, pour le pouvoir russe, l’arrêt des combats. Quelques notes rapides pour évoquer cet aspect rarement abordé. Le premier risque politique est lié à la démobilisation des combattants actuellement engagés sur le front. La Russie a traité avec une grande violence l’ensemble des hommes qu’elle a
     

Le coût de la paix pour la Russie

14 février 2025 à 05:44

On parle souvent du coût de la guerre pour la Russie: en dépenses pour la défense, en impact des sanctions, en hommes. On ne réfléchit pas assez au coût inverse, celui du risque politique qu’entraînerait, pour le pouvoir russe, l’arrêt des combats. Quelques notes rapides pour évoquer cet aspect rarement abordé.

Le premier risque politique est lié à la démobilisation des combattants actuellement engagés sur le front. La Russie a traité avec une grande violence l’ensemble des hommes qu’elle a engagés dans la guerre. Les militaires sous contrat que comptait l’armée en 2022 ont été cloués au front par une transformation de leurs contrats en engagement à durée indéterminée, sans possibilité de démissionner. Les mobilisés, civils recrutés de force en 2022 et envoyés au front dans des conditions terribles, y demeurent toujours deux ans et demi plus tard. Les nouveaux soldats sous contrat bénéficient, certes, d’une rémunération confortable, mais ne sont ni correctement formés, ni correctement équipés, ni traités avec respect.
Démobiliser ces hommes, même en les glorifiant, et les laisser revenir dans la vie civile, c’est prendre le risque de voir le récit des facettes sombres de la conduite de la guerre se diffuser dans la société. C’est aussi devoir faire face à des centaines de milliers d’hommes qui pourraient en vouloir à leur pouvoir politique, qui sont profondément traumatisés, et qui savent désormais manier les armes. Le Kremlin a en partie conscience du problème et met en place de modestes politiques d’intégration des vétérans dans la vie civile, mais vu le contour de ces dispositifs, ils risquent de se révéler très insuffisants. Le pouvoir russe s’est refusé jusqu’à maintenant de démobiliser le moindre combattant et essaiera, autant que possible, de reculer le moment de la démobilisation.

Le second risque politique est la conséquence d’une transformation du système de rentes et de rétributions liées à la guerre. La croissance affichée par l’économie russe est une croissance nourrie par la conduite de la guerre. L’économie s’est recentrée sur la commande militaire, les actifs économiques ont été redistribués et réorganisés pour faire face aux sanctions. La guerre et les sanctions ont frappé beaucoup d’acteurs économiques, mais représentent également une nouvelle rente pour beaucoup d’autres. Si la Russie veut maintenir l’apparence de solidité économique et garder la loyauté des élites, elle ne peut se permettre, dans les années qui viennent, de sortir de ce modèle économique centré sur la conduite de la guerre.


Le troisième risque politique est celui des territoires qui resteraient sous occupation russe. L’expérience d’intégration des territoires saisis par la force par la Fédération de Russie se limite aujourd’hui à la Crimée; or, celle-ci a été annexée dans des conditions très différentes, avec un usage limité de la violence et les faveurs d’une partie de la population. Installer l’État russe sur les territoires conquis depuis 2022 sera un défi d’une autre taille, car la population de ces régions a une forte conscience de vivre sous occupation militaire. La violence, notamment contre les civils, y est considérable: le pouvoir russe n’a pas le consentement des habitants de ces régions. A certains égards, la situation risque d’y être plus proche de la Tchétchénie en 1995 que de la Crimée en 2014. C’est une guerre diffuse que la Russie devra conduire dans les territoires annexés.
Pour les républiques séparatistes du Donbass, j’ai beaucoup plus de difficultés pour l’instant à évaluer la situation et à faire des projections. Ces régions qui ont été dévastées et maltraitées depuis 10 ans, mais j’ai peu de sources fiables pour prendre le pouls de ce qui s’y passe et de la manière dont les habitants qui y vivent encore se projettent dans l’avenir.

Existe-t-il un risque réputationnel, où Poutine pourrait être accusé par son entourage de ne pas avoir atteint ses objectifs de guerre? Ce risque me semble limité, car en cas de cessez-le-feu ou d’un autre type d’accord, le pouvoir aura sécurisé sa victoire principale: arriver à faire admettre aux Occidentaux qu’ils sont impuissants face à la Russie.

Les trois risques structurels que j’ai pointés ici me semblent en revanche sérieux. Ils peuvent, me semble-t-il, amener la Russie à privilégier tout scénario où la guerre ne s’arrête pas vraiment, où le pouvoir peut garder un gros volume de forces armées mobilisé, investir dans la consolidation de l’industrie militaire et dans la production massive d’armes, maintenir une occupation militaire (plutôt qu’une administration civile) dans les territoires annexés.

On a souvent dit que la Russie n’avait pas intérêt à une négociation autre qu’une capitulation, parce qu’elle se voyait en train de gagner sur le front. Mais la Russie est aussi dans une situation politique interne qui la pousserait plutôt à éviter les scénarios de paix durable qui seraient paradoxalement aujourd’hui plus déstabilisateurs que la guerre. Le scénario le plus favorable au Kremlin, celui qui lui permettrait de garder le contrôle interne, serait celui d’une baisse de l’intensité de la guerre sans démobilisation, sans abandon de la rhétorique guerrière, et sans ralentissement de l’économie de guerre et du réarmement. Une guerre moins coûteuse en hommes et en armes, plus confortable pour l’économie, moins stressante pour la population, mais toujours une guerre.

Un cessez-le-feu instable et régulièrement violé serait peut-être le meilleur cadeau que l’on pourrait faire aujourd’hui au Kremlin.

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  • Regarder vraiment le Bélarus
    Il n’a jamais été simple de parler du Bélarus en France sans tomber dans le cliché. La formulation « dernière dictature d’Europe » a encore été reprise par les médias aujourd’hui pour évoquer le scrutin présidentiel qui s’est tenu dimanche, et j’en veux un peu aux journalistes pour cette paresse intellectuelle.« Dernière dictature d’Europe » était une formule confortable pour se rassurer sur le processus de démocratisation qui aurait été en voie de généralisation sur le continent européen; certe
     

Regarder vraiment le Bélarus

27 janvier 2025 à 03:15

Il n’a jamais été simple de parler du Bélarus en France sans tomber dans le cliché. La formulation « dernière dictature d’Europe » a encore été reprise par les médias aujourd’hui pour évoquer le scrutin présidentiel qui s’est tenu dimanche, et j’en veux un peu aux journalistes pour cette paresse intellectuelle.
« Dernière dictature d’Europe » était une formule confortable pour se rassurer sur le processus de démocratisation qui aurait été en voie de généralisation sur le continent européen; certes, à des vitesses variables, mais quand-même quasiment certain. Le Bélarus faisait alors office d’épouvantail et de dernier bastion d’un monde en cours de disparition. Cela empêchait de voir les dynamiques réelles sur place (et de s’interroger par exemple sur la manière dont la stabilité, les politiques sociales et le progrès économique pouvaient atrophier la sensibilité politique). Cela faisait aussi du bien à l’égo européen.
Nous n’en sommes plus là aujourd’hui, bien évidemment, et dans un contexte de montée d’attractivité des autoritarismes, le Belarus est plutôt un cas d’école qui devrait attirer notre attention. Dire que l’élection présidentielle qui vient de s’écouler était un simulacre, c’est à la fois vrai et stérile, parce que c’est une manière de dire « point, à la ligne, on passe à autre chose » qui neutralise toute volonté de compréhension.
Malheureusement, la guerre conduite par la Russie contre l’Ukraine m’a empêché d’être suffisamment vigilante sur le Bélarus pour livrer une analyse approfondie. Ce que je dis est à prendre avec des pincettes; ce sont des pistes à creuser.
Un régime politique autoritaire fonctionne grâce à un certain dosage de coercition et d’adhésion; il doit non seulement mettre en place une répression suffisamment forte pour bloquer les oppositions, mais aussi distribuer suffisamment de bénéfices pour susciter l’adhésion. Plus le ratio est en faveur des bénéfices, plus le pouvoir est stable; plus il penche du côté répressif, plus le régime est fragile. Pendant longtemps, le régime politique du Belarus s’est attaché à distribuer beaucoup de bénéfices à la population, notamment à travers des politiques sociales, des politiques de développement et une promesse de stabilité et de prévisibilité. Les Bélarusses vivaient – économiquement – plutôt mieux que beaucoup de leurs voisins, et en avaient conscience. Le prix politique à payer apparaissait donc comme acceptable.
Evidemment, le soutien de la Russie était et reste l’exosquelette du régime bélarusse, aussi bien d’un point de vue politique qu’économique.
Les protestations massives de 2020 étaient intervenues dans le contexte d’une certaine fragilisation du modèle, et notamment d’une perception du régime comme moins protecteur, mais aussi en décalage avec les demandes de la société. Les répressions violentes qui ont suivi et qui se sont maintenues tout au long des années suivantes ont fait basculer le ratio répression/bénéfices en faveur de la répression. Cette période violente va compter dans l’histoire politique bélarusse: on ne le perçoit pas encore, mais elle a donné naissance à une expérience différente, moins marginale de l’opposition politique, de la répression et de la prison. Elle a aussi permis de structurer une opposition à l’étranger et de lui donner des canaux de prise de parole. Derrière les apparences de « il ne se passe rien », le Belarus est en réalité bien plus prêt qu’en 2020 à entamer une transition politique, avec une nouvelle génération de citoyens jetés avec violence dans la politique.
Cependant, et paradoxalement, c’est la guerre en Ukraine qui a redonné de la stabilité au régime bélarusse. En effet, dans un contexte où la Russie essaie de toutes ses forces de faire du Bélarus un cobelligérant, il y a des choses que Loukachenko a réussi à protéger. Certes, des unités armées russes et des complexes d’armement sont désormais basés au Belarus, qui sert de base aux attaques contre l’Ukraine. Cependant, aucune unité armée bélarusse ne combat aux côtés de la Russie contre l’Ukraine. Pensez au paradoxe: des soldats nord-coréens, mais pas de soldats bélarusses, alors que le pays se déclare être le plus proche allié de la Russie. Le territoire du Bélarus reste un territoire en paix. Cela, les citoyens savent qu’ils le doivent en partie à Loukachenko… mais aussi en partie aux Ukrainiens qui ne désespèrent pas de retourner les Bélarusses contre Moscou, et qui ne les perçoivent pas de la même manière que les Russes.
La politique menée par Loukachenko vis-à-vis de la Russie a été caractérisée par un de mes anciens collègues bélarusses par la formule suivante: « on dit oui à tout, puis on bureaucratise au maximum le processus pour finalement ne rien faire ». C’est aussi une stratégie que les Bélarusses appliquent au quotidien vis-à-vis de leur Etat. Il y a une certaine résilience stratégique de la société bélarusse qu’on ferait bien de souligner. Ne nous laissons pas tromper par cette apparence de calme plat: le Bélarus n’est pas la Russie et suivra une dynamique qui lui sera propre.

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