Ivado, un consortium de recherche en intelligence artificielle piloté par l’Université de Montréal, a créé l’automne dernier un code visant à encadrer un usage responsable de l’IA en politique.
En adhérant au code, les partis s’engagent notamment à:
favoriser la transparence;
limiter les risques liés aux hypertrucages et aux contenus trompeurs.
La Caq et Québec solidaire avaient adhéré à ce code de conduite en mars dernier.
Le Parti québécois et le Parti libéral du Québec viennent de signer.
Le Parti conservateur du Québec est le seul à ne pas adhérer au code.
Vincent Marissal sera candidat pour le Parti québécois dans la circonscription de Taschereau, à Québec. Député de Rosemont, à Montréal, depuis 2018, Marissal avait quitté Québec solidaire en novembre dernier. Il siégeait depuis comme indépendant.
Le Parti conservateur du Québec s’engage à atteindre l’équilibre budgétaire d’ici quatre ans. Pour y parvenir, il compte réduire les dépenses et supprimer des programmes, dont le Fonds du développement économique et le Fonds vert.
La Caq a dévoilé son slogan pour la campagne électorale: «Avançons». Tous les autres partis avaient déjà leur slogan [détails (20 août)].
Sol Zanetti, co-porte-parole de Québec solidaire, a expliqué à InfoBref quel chemin vers l’indépendance emprunterait un gouvernement solidaire.
Contrairement au Parti québécois, Québec solidaire n’attendrait pas que Donald Trump quitte la présidence des États-Unis, en janvier 2029, pour tenir un référendum sur l’indépendance du Québec.
Pour QS, seuls le processus québécois et la date à laquelle le projet de constitution serait prêt devraient déterminer la date de la tenue d’un futur référendum.
La démarche du Québec vers l’indépendance «ne doit pas dépendre de qui est le président des États-Unis», affirme le député de Jean-Lesage, à Québec.
«On ne sait pas qui va arriver après Trump», note-t-il. Son départ ne marquera pas forcément «un retour de la stabilité géopolitique mondiale».
«Dans un climat instable, dit-il, il est encore plus urgent de prendre nos décisions nous-mêmes.»
À l’intérieur d’un premier mandat, Québec solidaire compte:
élaborer la démarche constituante avec les Premières Nations;
mener une grande consultation sur l’ensemble du territoire;
rédiger un projet de constitution du Québec;
soumettre ce projet à un référendum; et
si c’est le choix que font les Québécois, déclarer l’indépendance du Québec.
«C’est important que le processus d’indépendance soit mené en un seul mandat, indique Sol Zanetti: ce serait catastrophique de démarrer le processus sans le terminer.»
L’arrivée d’un gouvernement opposé au projet d’indépendance pourrait «compromettre l’avenir du pays».
Or, selon le porte-parole solidaire, les étapes vers l’indépendance prévues par le Parti québécois dépasseraient la durée d’un mandat.
La date du référendum dépendra d’abord des discussions avec les Premières Nations.
«La démarche constituante doit rejoindre leurs aspirations et leurs exigences», assure Sol Zanetti.
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Québec solidaire proposerait une constitution avant le référendum pour:
offrir aux Premières Nations «des garanties sur le maintien de leurs droits»;
«construire un projet» pour permettre aux Québécois de savoir «dans quoi ils s’embarquent».
QS est le premier parti qui propose d’élaborer une constitution définitive avant de tenir un référendum sur l’indépendance du Québec.
Contrairement aux précédents référendums, «on ne demanderait pas un chèque en blanc».
Si les Québécois disent oui, Québec solidaire prévoit de «rencontrer le gouvernement canadien pour organiser la séparation».
Le gouvernement solidaire négocierait notamment avec Ottawa «le partage des actifs, de la dette, un traité de libre circulation de la main-d’œuvre et des marchandises».
Mais, «on ne négocie pas sa liberté, on la prend», assure Sol Zanetti.
Le rez-de-chaussée de la bibliothèque Gabrielle-Roy à Québec qui vient de remporter le prix de la bibliothèque publique de l’année de l’International Federation of Library Associations and Institutions
À noter : J’ai initialement entamé et publié cet article sur la plateforme Praxis de Projet collectif. Toutefois, consciente et soucieuse des aléas et des destins parfois incertains des plateformes numériques, je republie ces contenus également sur ma propre plateforme, afin d’en assurer la pérennité et l’accessibilité.
En 2024, l’Institut de la statistique du Québec a mené l’Enquête québécoise sur les loisirs culturels et le divertissement (EQLCD), une vaste étude auprès de plus de 16 000 personnes de 15 ans et plus. L’objectif est de mieux comprendre comment les Québécois et Québécoises pratiquent la culture aujourd’hui, dans un contexte caractérisé par l’essor du numérique et la diversification des usages. Ce rapport important mérite toute l’attention des acteurs et actrices œuvrant dans le milieu des bibliothèques incluant celleux qui les gouvernent.
Ce rapport attendu, qui vient d’être publié, s’inscrit dans la lignée des enquêtes réalisées depuis 1979 sur les pratiques culturelles. Il permet cette fois de capter l’ampleur des transformations numériques récentes : instantanéité, mobilité, interactivité, entre autres. Il donne à voir l’importance croissante des usages numériques, la variété des pratiques selon les secteurs (lecture, musique, audiovisuel, arts de la scène) et les déterminants sociaux, ainsi que la place des activités culturelles vécues dès l’enfance.
À travers ce portrait, se révèlent non seulement la vitalité culturelle du Québec, mais aussi les inégalités et les écarts générationnels qui continuent de structurer l’accès et la participation aux biens culturels et au capital culturel [1]. Je veux me pencher, plus particulièrement, sur les pratiques entourant les bibliothèques.
Les bibliothèques occupent une place singulière dans les pratiques culturelles des Québécois et des Québécoises. Elles se présentent à la fois comme des lieux de culture, de socialisation et d’apprentissage, mais aussi comme des portes d’entrée vers la lecture et les savoirs numériques. Plus que de simples dépôts de livres, on le répète souvent, elles constituent des espaces où se tissent des liens sociaux, des nouveaux tiers lieux (Jacobs, 1961 ; Putnam et Feldstein, 2003), où s’expérimentent des formes particulières de médiation culturelle et interculturelle (White et Martel, 2021). C’est en ce sens qu’elles peuvent être pensées comme de véritables infrastructures critiques (Mattern, 2014 ; Klinenberg, 2018), indispensables à la dynamique des communautés et à l’opérationnalisation de la justice sociale. Elles cristallisent cependant plus d’un paradoxe : très fréquentées, elles demeurent néanmoins largement invisibles dans le discours public sur la culture; conçues pour réduire les inégalités, elles tendent aussi, à certains égards, à les reproduire. Que nous apprend alors ce rapport dans ces circonstances?
Que nous apprend ce rapport au sujet des bibliothèques?
D’abord, il faut souligner que l’EQLCD jette un nouvel éclairage sur le portrait des bibliothèques déjà tracé par les données provenant du bulletin Optique culture, no 99 (décembre 2024), « Les bibliothèques publiques québécoises en 2022 », rédigé par Sylvie Marceau (Observatoire de la culture et des communications du Québec) [2]. On pouvait lire dans cette étude qu’en 2022, les bibliothèques publiques québécoises, présentes dans 932 municipalités, rejoignant 97 % de la population, offraient un accès à 56 millions de documents, soit environ sept par personne habitante. Leur fréquentation a atteint 20 millions d’entrées, en hausse marquée par rapport à 2021 (+34 %), mais toujours inférieure de 30 % aux niveaux pré-pandémiques. La participation aux activités (1,1 million de personnes) suivait la même tendance, en nette reprise mais en deçà des 1,7 million de 2019. Les prêts progressaient (+19 %), avec un maintien élevé des usages numériques, preuve de leur ancrage durable. Au plan financier, les revenus et dépenses indiquaient une augmentation, traduisant des investissements accrus, mais timides, en services et en personnel. Ces résultats montraient donc que les bibliothèques sortaient progressivement de la crise sanitaire. Elles se devaient, comprenait-on dès lors, de consolider leur rôle en tant que lieux physiques de fréquentation régulière tout en tirant parti de la généralisation du numérique pour renforcer leur capacité sociale et culturelle.
Ces résultats chiffrés prennent un nouveau sens lorsqu’on les relie aux tendances dégagées par l’EQLCD : la croissance du numérique, la fracture générationnelle et sociale des pratiques culturelles, et la tension entre inclusion et distinction.
Mais que nous apprend donc ce rapport au sujet des bibliothèques?
Le numérique en plein essor
Le contexte : La quasi-totalité (96%) de la population utilise internet à des fins personnelles; 74% utilisent des outils numériques pour faire des achats en ligne. Dans les douze mois précédant l’enquête, 29 % de la population a emprunté ou réservé des livres en ligne (p. 9; p. 33). Ce chiffre grimpe à 34 % chez les femmes (c. 24%), à 34 % chez les 15-29 ans, 36 % chez les 30-44 ans et à 40 % chez les diplômés universitaires (c. 29% pour l’ensemble de la population); ce qui illustre le rôle grandissant des services numériques de bibliothèque. Derrière ces données se lit et se consolide une transformation profonde : la bibliothèque se déploie dans nos écrans, se rend accessible à distance, et touche des publics pour qui la mobilité, le temps ou la langue (peut-être plus particulièrement depuis l’application de la loi 14 dans ce dernier cas), sont des obstacles.
En parallèle, 6 % des Québécois et Québécoises ont participé à une activité culturelle en ligne offerte par une bibliothèque (p.33). Ce taux est plus élevé chez les jeunes familles, les 30-44 ans (10%) et les personnes immigrantes (11%). On explique ces résultats, entre autres, par le type d’activités proposées et visant généralement les familles, notamment en contexte interculturel : capsules vidéo, cours et jeux en ligne, ateliers de français ou de clubs de lecture virtuels, ces pratiques rappellent que la bibliothèque est aussi un espace d’intégration et d’accompagnement. On précise, de surcroît, que l’enquête ne permet pas d’observer de différence notable selon le revenu du ménage en ce qui a trait à la participation à une activité en ligne organisée par une bibliothèque ou autre (p. 34).
Avant d’aller plus loin, présentons brièvement les principales données concernant la lecture et l’écoute de livres (papier, numérique et audio), la fréquentation des bibliothèques étant encore intimement liée à la lecture.
Lecture et écoute de livres : principaux résultats de l’EQLCD
Le chapitre 4 de l’EQLCD (pp. 68-79) consacré à la lecture et à l’écoute de livres permet de mieux comprendre les pratiques actuelles, qu’elles soient liées aux formats papier, numériques ou audio. Trois volets sont abordés : le profil sociodémographique du lectorat, la lecture numérique et l’écoute de livres audio.
L’écosystème québécois du livre est à la fois vaste et diversifié : plus de 200 librairies, une centaine de maisons d’édition publiant près de 7 700 titres par an, et surtout, comme on l’a dit plus tôt, plus de 1 000 bibliothèques publiques desservant 97 % de la population (p.69). Ces institutions occupent une place stratégique dans l’accès et la démocratisation de la lecture, tout en étant confrontées à des défis et à des tensions qui viennent nuancer ce rôle.
Par « lecture de livres », on entend « habitudes de lecture de livres (papier ou numérique) durant les temps libres, en dehors des obligations professionnelles et scolaires. Cela comprend la lecture faite à des enfants, mais exclut la lecture de journaux et de magazines » (p.69).
Le « lectorat » est défini comme « la population de 15 ans et plus qui a lu un livre (papier ou numérique) au cours des 12 mois précédant l’enquête » (p. 19).
Qui lit des livres au Québec et comment ?
Selon l’enquête, 82 % des personnes de 15 ans et plus ont lu au moins un livre papier ou numérique dans leurs temps libres au cours des 12 mois précédents (p.69). La lecture est plus fréquente chez les femmes (89 %) que chez les hommes (75 %), et elle augmente avec le niveau de scolarité : 93 % des diplômés universitaires lisent, contre 68 % des personnes sans diplôme. Les ménages à revenu élevé (89 %) et les personnes nées à l’extérieur du Québec (88 %) présentent aussi des taux plus élevés de lecture (p.69-70). À l’inverse, la lecture est moins répandue en région en dehors de la métropole (75 % contre 83–85 % en milieu plus urbain) et chez les personnes dont la langue parlée à la maison est uniquement le français (79 % contre 88–90 % pour les autres groupes linguistiques) (p.70).
Un quart de la population de 15 ans et plus (23 %) lisent tous les jours ou presque, tandis que 19 % lisent au moins une fois par semaine, 20 % une fois par mois, 18% n’ont pas lu de livre pendant cette période (p. 70). Les jeunes de 15 à 29 ans lisent proportionnellement autant que les autres groupes d’âge (86 %), mais leur lecture est moins quotidienne (17 % contre 27–30 % chez les 60 ans et plus). Les femmes et les diplômés universitaires se distinguent par une plus grande régularité de lecture (p. 70).
Genres littéraires
Les genres les plus populaires sont les suivants :
Romans et nouvelles (36 % du lectorat), particulièrement chez les personnes aînées (44 % des 75 ans et plus).
Livres de développement personnel (17 %), surtout chez les 45–59 ans.
Livres pratiques (16 %), prisés par les 45–74 ans.
Bandes dessinées (15 %) chez les 15–29 ans.
Livres jeunesse (20 %) chez les 30–44 ans, en lien avec la lecture faite aux enfants.
Biographies (19 %) chez les 75 ans et plus (p. 71).
Ce panorama illustre bien la segmentation générationnelle des goûts littéraires : les jeunes privilégient les genres visuels et ludiques (BD, jeunesse), les personnes adultes d’âge moyen s’orientent vers des ouvrages pratiques ou de développement personnel, tandis que les personnes aînées restent attachés aux formes plus classiques (romans, biographies). On retrouve ici une structuration des préférences en fonction des cycles de vie, mais aussi des rôles sociaux associés à chaque étape (parentalité, retraite, etc.).
Motivations et obstacles
Les principales motivations de lecture sont le plaisir et le divertissement (82 %), la détente (80 %) et l’apprentissage (71 %). Chez les 30-44 ans, la lecture revêt une dimension familiale marquée : une personne sur deux lit pour ses enfants, ce qui souligne le rôle de la lecture comme pratique de transmission intergénérationnelle (p. 72). Ici encore, la bibliothèque est susceptible d’agir comme médiatrice culturelle et éducative.
Du côté des personnes non-lectrices (18 % de la population), les raisons évoquées sont surtout le manque d’intérêt (71 %), le prix élevé des livres (61 %) et le manque de temps (44 %). Les difficultés de lecture comme frein à la pratique sont plus souvent évoquées par les 75 ans et plus (29 %) et, dans une moindre mesure, par les 15-29 ans (21 %), comparativement aux groupes intermédiaires (13 à 21 %) (p. 73). Ce constat suggère que les obstacles liés à la lecture touchent à la fois les âges avancés, souvent en raison de facteurs physiques et/ou cognitifs, et les plus jeunes, possiblement en lien avec des enjeux scolaires ou de littératie.
Seules de faibles proportions mentionnent l’absence de bibliothèque (9 %) ou la complexité des modalités d’emprunt (14 %) (p.73). Ceci souligne la valeur du réseau public déjà largement accessible, mais dont l’utilisabilité pourrait encore être améliorée.
Langues et provenance des auteurs
La langue de lecture illustre un clivage générationnel : 64 % du lectorat lit surtout en français, mais cette proportion chute à 48 % chez les 15–29 ans, qui lisent davantage en anglais (26 %) ou de manière bilingue (23 %) (p.74).
Quant à la provenance des personnes autrices, 18 % du lectorat privilégient surtout les autrices et auteurs québécois. Cette proportion grimpe à 22–26 % chez les 60 ans et plus, mais tombe à 15 % chez les 15–29 ans, qui se tournent majoritairement vers des auteurs et autrices non québécoises (54 %). Ce décalage générationnel met en lumière la difficulté pour la littérature québécoise de s’imposer auprès des plus jeunes, malgré la vitalité de l’édition locale (p.74).
Lecture numérique et audio
Depuis les années 2000, les livres numériques ont élargi l’accessibilité à la lecture, notamment grâce aux bibliothèques publiques qui contribuent à une offre en ligne généreuse. Ils favorisent la diversité des usages et, avec leurs fonctionnalités interactives, enrichissent l’expérience des personnes usagères.
La lecture numérique a été adoptée par 24 % de la population, principalement les jeunes (32 % des 15–29 ans) et les universitaires (32 %):
« La lecture de livres numériques semble être associée au diplôme obtenu. Les personnes n’ayant aucun diplôme ou celles ayant tout au plus un diplôme de niveau secondaire sont moins nombreuses en proportion à avoir lu des livres numériques (respectivement 17 % et 18 %) que les personnes détenant un diplôme de niveau collégial (23 %) ou universitaire (32 %) » (p. 76).
Ce serait aussi le cas en ce qui concerne le revenu. En outre, les personnes immigrantes lisent proportionnellement plus en numérique (34 %) que les natives du Québec (21 %) (p.77).
L’écoute de livres audio concerne 15 % de la population, avec une surreprésentation des 15–44 ans et des ménages à revenu élevé. Cette pratique serait également associée au diplôme et au revenu (pp. 78-79). Comme pour les livres numériques, les personnes vivant dans la région métropolitaine ou nées à l’extérieur du Québec sont plus nombreuses à adopter cette pratique (23 % contre 13 % des personnes natives)(p.79).
Il semble que les bibliothèques publiques évoluent dans un contexte où la lecture demeure une pratique culturelle majeure mais socialement différenciée. Elles contribuent à atténuer les inégalités d’accès, particulièrement face au prix élevé des livres, tout en ayant à relever le défi de la diversification des publics et des supports (numérique et audio).
La fréquentation physique, entre fidélité et comparaison
Considérons maintenant les résultats du chapitre 5 sur les lieux et événements culturels (pp. 80-86). On y apprend que près d’une personne sur deux (49 %) visite une bibliothèque au moins une fois par an, et que 24 % s’y rendent plusieurs fois (voir la capture d’écran du tableau 5.1). Ce taux est légèrement inférieur à celui des musées (51 %) et nettement en deçà de celui des librairies (62 %) (p.81).
Toutefois, les bibliothèques se démarquent par la régularité de leur fréquentation : un quart des Québécois et Québécoises y retournent plusieurs fois par an. Comparativement aux autres lieux culturels (seulement 11 % retournent plusieurs fois dans les musées par exemple), elles figurent parmi les rares institutions à maintenir une régularité d’usage « ordinaire ». Cette donnée souligne encore que les bibliothèques ne relèvent pas seulement d’une sortie culturelle ponctuelle, mais qu’elles s’imposent comme de véritables tiers lieux, des lieux de vie dont l’offre est intégrée aux routines sociales, éducatives et communautaires. Comme le rappelle l’EQLCD : « près du quart (24 %) des personnes de 15 ans et plus ont fréquenté plusieurs fois dans l’année des bibliothèques publiques, et 29 % ont visité plusieurs fois des librairies » (voir capture d’écran du tableau 5.1). Cette fidélité s’explique par l’offre particulière de ces lieux consacrés au livre et à la lecture (prêt de documents, activités culturelles et rencontres littéraires) qui contribue à ancrer durablement les bibliothèques dans leur communauté (p. 83).
En revanche, plus de la moitié des personnes répondantes déclarent ne pas avoir fréquenté une seule fois une bibliothèque au cours de cette période.
Qui fréquente les bibliothèques ?
Les profils révèlent des écarts persistants. Les femmes fréquentent davantage les bibliothèques (55 % contre 44 % des hommes), de même que les diplômés universitaires (63 % contre 36 % des personnes sans diplôme). On note, en outre, que les écarts de fréquentation liés au revenu sont nettement moins prononcés lorsqu’il s’agit des bibliothèques publiques (45 % à 53 %), contrairement à ce qu’on observe pour les librairies ou les musées. Cela met en évidence la fonction particulière des bibliothèques comme espaces culturels accessibles et inclusifs, capables d’atténuer certaines inégalités sociales dans l’accès à la culture :
« On observe de grandes disparités entre les personnes détenant un diplôme de niveau universitaire et celles n’ayant aucun diplôme, notamment en ce qui concerne la fréquentation d’une librairie (77 % c. 40 %), d’un musée, d’un centre d’exposition ou d’une exposition (67 % c. 31 %) ou d’une bibliothèque publique (63 % c. 36 %). Les personnes vivant dans un ménage à revenu élevé sont, en proportion, plus susceptibles que celles vivant dans un ménage à faible revenu de visiter régulièrement une librairie (70 % c. 50 %) ou un musée, un centre d’exposition ou une exposition (63 % c. 39 %). Cependant, les écarts selon le niveau de revenu du ménage sont moindres quant à la fréquentation des bibliothèques publiques (proportions variant de 45 % à 53 %), ce qui illustre l’importance de ces établissements dans la réduction des inégalités en matière d’accès à la culture » (p. 81).
Les personnes immigrantes affichent des taux de fréquentation plus élevés (63 % contre 45 % des personnes natives), confirmant que les bibliothèques jouent un rôle interculturel significatif dans les parcours d’intégration. De même, les personnes en milieu urbain fréquentent davantage les bibliothèques (56 % à Montréal contre 40 % en région) (p. 82).
Revenons sur cette fréquentation régulière de la bibliothèque en considérant l’âge (voir capture d’écran du tableau 5.2). On constate que l’analyse des groupes d’âge met en évidence une courbe en U inversé : la fréquentation est particulièrement élevée chez les jeunes adultes (26 %) et les familles en âge scolaire (31,3 % chez les 30-44 ans), diminue à l’âge actif (19,3 % chez les 45-59 ans, 18,9 % chez les 60-74 ans), puis remonte chez les aînés (23,2 %). Cette variation illustre ce que Bourdieu associe à l’habitus ou à la structuration des pratiques par les rythmes sociaux : les bibliothèques sont sollicitées différemment selon les étapes de la trajectoire de vie (études, parentalité, contraintes professionnelles, retraite).
Comparées aux librairies, qui demeurent les lieux consacrés au livre les plus fréquentés (29,2 % plusieurs fois par an), les bibliothèques se distinguent par une fonction égalisatrice. La librairie suppose un capital économique, alors que la bibliothèque repose sur la gratuité et l’accessibilité. La remontée de la fréquentation chez les aînés témoigne aussi de leur rôle de proximité et de socialisation, là où la consommation marchande du livre diminue vraisemblablement en importance.
L’EQLCD souligne aussi que le lien avec les bibliothèques s’enracine dès l’enfance : 78 % des adultes se rappellent y avoir participé entre 6 et 15 ans (p. 98). Cette expérience d’éveil culturel reste un point de passage majeur, mais elle n’assure pas à elle seule la fidélité à l’âge adulte : elle doit être relayée par le capital scolaire et social qui se transmet, s’incorpore et se consolide au fil de la vie et des trajectoires sociales.
Des défis
Il semble donc que L’EQLCD met en lumière une transformation des pratiques culturelles au Québec, fortement influencée par le numérique et la diversification des modes de consommation. Pour les bibliothèques publiques, plusieurs défis se profilent. Sur le plan de l’accessibilité, elles demeurent des espaces stratégiques pour la réduction des inégalités, mais elles doivent composer avec la fracture numérique, particulièrement marquée chez les personnes âgées, à faible revenu ou vivant hors des grands centres. Elles sont aussi confrontées à la concurrence des plateformes numériques, qui attirent par l’instantanéité et la personnalisation, les obligeant à repenser leur attractivité et à renforcer leur offre hybride assez fragile actuellement.
Par ailleurs, les bibliothèques jouent un rôle crucial dans la diversité culturelle et linguistique, en valorisant la production québécoise, francophone, autochtone et issue de l’immigration. Elles doivent aussi accompagner les cycles de vie, en consolidant la transmission culturelle dès l’enfance et en soutenant l’apprentissage et la lecture tout au long de la vie.
À la croisée des chemins, elles affrontent simultanément l’expansion du numérique, les attentes croissantes en matière de justice sociale et d’inclusion, ainsi que les défis environnementaux. Et, comme l’avait montré Bourdieu, l’institution culturelle, en l’occurrence ici la bibliothèque, demeure un espace à la fois d’inclusion et de distinction.
Une conclusion : Les bibliothèques, entre démocratie, distinction et care
Ces données, en effet, suggèrent fortement que les bibliothèques sont à la fois inclusives et sélectives. Inclusives, parce qu’elles desservent presque toute la population et réduisent certains écarts liés au revenu. Sélectives, parce que leur fréquentation demeure fortement corrélée au capital scolaire et culturel. Bourdieu rappelle, dans La Distinction (1979), que les pratiques culturelles ne sont jamais neutres : elles traduisent et reproduisent la distribution inégale des capitaux. Ce qui est une autre manière de questionner la neutralité de la bibliothèque.
L’ancrage précoce à la bibliothèque pendant l’enfance illustre également ce que Bourdieu et Passeron analysent dans La Reproduction (1970) – et aussi, mais autrement, dans Les Héritiers (1967) : les dispositions acquises tôt ne portent leurs fruits qu’en interaction avec les ressources scolaires et sociales ultérieures. Celleux qui accumulent le capital culturel nécessaire poursuivent la fréquentation, tandis que d’autres s’en éloignent.
À l’ère du numérique, l’inégalité ne disparaît pas, elle se reconfigure. L’accès aux nouvelles formes de culture suppose la maîtrise de codes et de compétences techniques spécifiques, inégalement distribuées (Bourdieu, 1989). Ainsi, si les personnes diplômées et les jeunes adoptent massivement les services numériques, ces outils ne gomment pas les hiérarchies : ils en dessinent de nouvelles.
Les bibliothèques apparaissent dès lors comme des infrastructures critiques de savoirs, mais aussi comme des institutions paradoxales prises dans une tension entre ouverture et distinction. Elles peuvent certes être vues comme des lieux de démocratisation, voire de démocratie culturelle, mais aussi comme des espaces où se rejouent les luttes symboliques du champ culturel (Bourdieu, 1992).
S’il faut parler d’avenir, à ce point, celui-ci dépendra de la capacité des bibliothèques à retrouver leurs publics, à redéfinir les formes de capital culturel qu’elles valorisent, à reconnaître la pluralité des savoirs et à se positionner comme actrices de justice sociale et environnementale dans un monde traversé par de multiples urgences – qu’il s’agisse de l’intelligence artificielle ou de la crise écologique. Redéfinir le capital culturel implique, par exemple, d’élargir la reconnaissance des pratiques légitimes en intégrant les littératies communautaires, numériques, médiatiques et informationnelles, mais aussi la culture populaire – mangas, balados ou jeux vidéo – au même titre que la littérature dite « classique » (Dufour et al., 2021). Cela suppose également de poursuivre le développement des espaces de création et de participation, tels que les fab labs ou les laboratoires citoyens, qui diversifient les pratiques reconnues et contribuent au soutien des cultures numériques. Reconnaître la pluralité des savoirs veut dire valoriser, dans la foulée des stratégies d’équité-diversité-inclusion-réconciliation en émergence (Martel et Dufour, 2024), les perspectives autochtones et interculturelles, comme celles des personnes issues de l’immigration dans les collections, mais aussi co-construire avec les communautés des ressources vivantes et accessibles, qu’il s’agisse d’archives communautaires ou de ressources éducatives libres, et ce, malgré un climat d’adversité.
Mais cet avenir repose aussi sur la responsabilité et la responsabilisation des gouvernements locaux et nationaux, qui ne peuvent se contenter d’ajustements marginaux. Ils doivent envisager le financement des bibliothèques comme un investissement structurant, stable et conséquent – car une augmentation ponctuelle n’aboutit pas forcément à un budget suffisant et durable, même bien géré – et reconnaître politiquement leur rôle stratégique pour la société, l’éducation, la démocratie culturelle.
Enfin, le rôle des bibliothèques dans la justice sociale et environnementale s’exprime déjà, à certains égards, dans leurs fonctions d’accueil – refuges climatisés en période de canicule ou chauffés en hiver – et pourrait s’élargir à des initiatives de sobriété numérique ou à l’organisation d’ateliers citoyens sur les enjeux écologiques et technologiques. Dans cette perspective, leur mission s’enrichit d’une véritable dimension de care, telle que définie par Joan Tronto dans Un monde vulnérable (2010), fondée sur la responsabilité éthique, la réciprocité et l’attention aux interdépendances. Prendre soin des communautés, c’est non seulement répondre à leurs besoins culturels et sociaux immédiats, mais aussi reconnaître leur vulnérabilité, soutenir leur agentivité et favoriser une participation inclusive. En ce sens, les bibliothèques apparaissent comme des infrastructures critiques et résilientes, mais aussi comme des institutions attentives, capables de contribuer activement à la justice sociale et écologique.
Notes
[1] Bourdieu, P. (1979). Les trois états du capital culturel. Actes de la recherche en sciences sociales, 30(1), 3-6. https://doi.org/10.3406/arss.1979.2654
[2] Les données proviennent de l’Enquête annuelle sur les bibliothèques publiques (EABP) réalisée par le MCC et BAnQ.
[3] L’article présente une parité dans les citations puisque presque autant de personnes identifiées comme hommes et femmes sont mentionnées; ce qui rappelle l’importance de la représentativité dans la production et la reconnaissance du savoir.
Références [3]
Bourdieu, P., et Passeron, J.-C. (1967). Les héritiers: Les étudiants et la culture. Paris: Éditions de Minuit.
Bourdieu, P., et Passeron, J.-C. (1970). La reproduction: Éléments pour une théorie du système d’enseignement. Paris: Éditions de Minuit.
Bourdieu, P. (1979). La distinction: Critique sociale du jugement. Paris: Les Éditions de Minuit.
Bourdieu, P. (1989). La noblesse d’État: Grandes écoles et esprit de corps. Paris: Éditions de Minuit.
Bourdieu, P. (1992). Les règles de l’art: Genèse et structure du champ littéraire. Paris: Seuil.
Dufour, C., Martel, M. D., Lacelle, N., Kiamé, S., Garneau-Gaudreault, L.-A. & Poulin, T. (2021). Littératie communautaire : analyse de la production documentaire et revue de la littérature. Revue de recherches en littératie médiatique multimodale, 14. https://doi.org/10.7202/1086911ar
Jacobs, J. (1961). The Death and Life of Great American Cities. New York, NY: Random House.
Klinenberg, E. (2018). Palaces for the people: How social infrastructure can help fight inequality, polarization, and the decline of civic life. New York, NY: Crown.
Marceau, S. (2024, décembre). Les bibliothèques publiques québécoises en 2022 (Optique culture, no 99). Observatoire de la culture et des communications du Québec. Ministère de la Culture et des Communications du Québec et Bibliothèque et Archives nationales du Québec. https://statistique.quebec.ca/fr/fichier/bibliotheques-publiques-quebecoises-2022.pdf
Martel, M. D., et Dufour, C. (2024, 31 octobre). Enquête RÉDI : Rapport final. Résultats des analyses des réponses au questionnaire RÉDI. Rapport préparé en collaboration avec le Comité ÉDI de la Fédération des milieux documentaires (FMD) et l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information (EBSI), Université de Montréal.
Putnam, R. D., & Feldstein, L. M. (2003). Better together: Restoring the American community. Simon & Schuster.
Tronto, J. (2010). Un monde vulnérable: Pour une politique du care (S. Laugier, Trad.). Paris: La Découverte.
White, B. & Martel, M. D. (2021). An Intercultural Framework for Theory and Practice in Third Place Libraries, Public Library Quarterly, DOI: 10.1080/01616846.2021.1918968
Le rassemblement dans le jardin de la Grande Bibliothèque
Le 10 mai 2025, un rassemblement citoyen a eu lieu dans le jardin de la Grande Bibliothèque (BAnQ) à Montréal. Organisé en opposition au projet d’Hydro-Québec d’y installer un poste de transformation électrique de 315 000 volts, l’événement a réuni des citoyen·nes, bibliothécaires, archivistes, artistes, urbanistes et personnalités politiques autour d’une même conviction : cet espace est un bien commun, culturel et mémoriel, et ne doit pas être sacrifié.
Un terrain stratégique, pas un terrain vague
Dès 1998, lors du choix du site de la Grande Bibliothèque, le terrain adjacent avait été réservé pour permettre une éventuelle expansion, conformément aux normes internationales en bibliothéconomie. Guylaine Beaudry, bibliothécaire chevronnée ayant œuvré dans plusieurs universités, a rappelé que le choix du terrain de la Grande Bibliothèque avait été guidé par une analyse rigoureuse. Ce site avait été retenu pour son potentiel à accueillir un lieu inspirant, tout en répondant aux besoins futurs en matière d’espaces pour BAnQ — conformément aux recommandations de la Fédération internationale des associations de bibliothèques, qui préconise une capacité d’agrandissement de 60 à 70 %.
« Le Jardin d’art n’est pas une incongruité ou une anomalie pour BAnQ. Le Jardin d’art n’est pas un actif superflu à vendre pour combler un déficit ou assurer les coûts d’un projet. Le Jardin de BAnQ n’est pas à vendre, il fait partie du tissu du Quartier latin et de l’avenir de la Grande Bibliothèque. »
Le jardin de la Grande Bibliothèque
De plus, dans ses 30 années de pratique, elle n’a « jamais vu un poste de transformation électrique à côté d’une bibliothèque ».
Plus préoccupant encore, le projet prévoit de réserver deux étages dans le poste électrique pour entreposer des collections de BAnQ. « Ahurissant ! », s’indigne Guylaine Beaudry, en rappelant que les collections de bibliothèques et les archives doivent être conservées dans des conditions strictes : « à environnement contrôlé et selon des critères de température et d’humidité très précis. » Elle affirme : « Dans toutes ces normes, rien, mais absolument rien, ne peut permettre d’aménager un centre de conservation dans un poste électrique. »
Guylaine Beaudry souligne également que les pires cauchemars des bibliothécaires et archivistes concernent « le feu, l’eau et les cyberattaques », et qu’un poste électrique adossé à une bibliothèque fait partie des risques majeurs. Des études en ingénierie démontrent que les risques d’incendie pour ce type d’installation peuvent être quatre fois plus élevés que dans un édifice public traditionnel.
« D’un point de vue urbanistique, il s’agit d’une proposition inacceptable. Aux plans archivistique et bibliothéconomique, ce projet est saugrenu, insoutenable et insensé. En augmentant les risques quant aux conditions de conservation, on met en péril une partie de la mission de
La première présidente-directrice générale, Mme Lise Bissonnette et Guylaine Beaudry, bibliothécaire
BAnQ. »
La première présidente-directrice générale, Mme Lise Bissonnette, était présente à ce « love-in » pour la Grande Bibliothèque, qui célébrait le 30 avril dernier ses 20 ans d’existence. En 2024, ce sont un million et demi de personnes qui ont franchi ses portes. Sa présence témoignait de l’attachement durable à cette institution née d’un projet visionnaire, devenu un lieu emblématique de savoir, de culture et de vie citoyenne.
Les racines d’une aberration
Pierre MacDuff, pour sa part, rappelle que la construction du poste de transformation projetée nécessite une superficie de 80 000 pieds carrés — soit l’équivalent d’un terrain et demi de football américain. « La volumétrie de ce bâtiment sera plus imposante que celle de la Grande Bibliothèque elle-même », précise-t-il.
Comment a-t-on pu en arriver à une telle « aberration » : implanter un poste électrique massif au cœur du jardin de la Grande Bibliothèque ? Plusieurs éléments se conjuguent pour expliquer cette dérive.
MacDuff dénonce, premièrement, le « catimini » dans lequel ce projet a été développé. Il est stupéfiant de constater que « deux sociétés d’État, on ne parle pas de promoteurs privés désireux de se soustraire aux regards de la compétition, ont fait avancer ce projet dans l’ombre ». Cette absence totale de transparence soulève de sérieuses questions quant au processus décisionnel.
Deuxièmement, « l’aplaventrisme » manifeste de BAnQ et de ses instances dirigeantes. On ne peut que déplorer que « son conseil d’administration accepte sans broncher de se laisser déposséder de ce terrain et que sa présidente-directrice générale refuse incidemment toute entrevue sur le sujet ».
Troisièmement, « l’insensibilité » dont fait preuve Hydro-Québec face aux enjeux culturels et urbanistiques. La société d’État démontre une complète « insensibilité à l’égard des besoins de la Grande Bibliothèque ainsi qu’à l’égard du Quartier latin dont ce sera le plus imposant bâtiment». Cette approche technocratique ignore les dimensions patrimoniales et communautaires.
Ramon Vitesse, zinester et acteur innovant du monde des bibliothèques
Enfin, et non le moindre des aspects, « le silence » assourdissant des autorités municipales. Plutôt que de défendre les intérêts des citoyens et des citoyennes ainsi que du patrimoine culturel, « la Ville de Montréal a eu peur d’affronter Hydro-Québec ». Plus révélateur encore, « il y a un an, elle a plutôt renoncé, au profit d’Hydro-Québec, à une partie de la servitude de passage de ce terrain ». Même les récentes prises de position politiques semblent timides, préférant demander des consultations plutôt que d’opposer un refus catégorique à ce projet inapproprié.
Une lueur d’espoir: la vente du terrain nécessite encore l’autorisation gouvernementale via un décret qui n’a pas été signé.
Une mobilisation politique face à un projet opaque
Manon Massé, députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques, Québec solidaire
La députée de Québec solidaire, Manon Massé, revient sur son implication et la mobilisation qu’elle mène contre le projet de poste électrique d’Hydro-Québec. Informée dès l’automne 2023 par un lanceur d’alerte, elle a entrepris depuis une série d’interventions soutenues auprès du gouvernement caquiste. Courriels, questions, interpellations : rien n’y fait. Les réponses tardent, ou se contentent de reprendre les arguments de la société d’État.
« Ça a été long… j’ai à peu près jamais eu de réponse, sinon mot pour mot le même discours qu’Hydro-Québec », déplore-t-elle, en évoquant ses échanges avec Christine Fréchette, ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, également responsable de la Métropole. Cette dernière la renvoie finalement à Mathieu Lacombe, ministre de la Culture, qui finit par lui répondre :
« Ce que je peux vous dire, c’est que lorsqu’il y aura transaction, ma condition, c’est que ce soit au bénéfice du milieu culturel. »
Une déclaration jugée évasive, inquiétante et largement déconnectée par rapport à l’ampleur de l’enjeu. Manon Massé prévient que la bataille citoyenne est loin d’être terminée et que les citoyennes et citoyens qui sont engagés ici sont « du bon côté de l’histoire ».
Une voix de l’intérieur contre le projet
Sylviane Cossette, représentante syndicale et travailleuse de la Grande Bibliothèque, a dénoncé à son tour avec force le projet. Elle y voit un symptôme de plus du sous-financement chronique de cette institution culturelle pourtant vitale :
« Ceci fait remonter un problème récurrent : le manque de financement chronique de cette institution et son manque d’espace pour la conservation des archives du Québec. »
Sylviane Cossette, représentante syndicale et travailleuse de la Grande Bibliothèque
Elle rappelle que cela fait vingt ans que les citoyennes et citoyens se sont approprié·es la Grande Bibliothèque et son jardin, un espace qui vit, respire et rayonne à travers des projets inspirants de médiation culturelle, comme le jardin de plantes comestibles en 2023 ou les œuvres d’art en plein air.
Elle critique aussi l’absence de vision durable, et l’hypocrisie d’une solution qui ferait de l’espace pour les archives au cœur même d’un poste électrique : « C’est tout simplement mettre un pansement sur une plaie déjà ouverte. »
Sylviane Cossette rappelle que des institutions comme Bibliothèque et Archives Canada, confrontées aux mêmes défis, ont su obtenir des investissements majeurs pour construire de véritables centres de conservation. BAnQ, elle, voit son potentiel d’expansion compromis. « La vente des terrains empêcherait de bâtir un projet du type de celui dont a besoin BAnQ pour ses collections. » Elle conclut en lançant un appel à la transparence, à la démocratie participative, et à la protection de l’intérêt public.
Pour une culture centrale, pas périphérique
Lorraine Pintal insiste sur l’importance, pour une nation rassemblée autour de la devise « Je me souviens », de se remémorer les idéaux qui ont inspiré la création de la Grande Bibliothèque, portée avec tant de conviction par Lise Bissonnette. Aujourd’hui, ces raisons demeurent : une métropole culturelle digne de ce nom doit pouvoir compter sur une institution phare au cœur de la ville, à la fois lieu de mémoire, de savoir et de transmission.
« Ce poumon vert au cœur du Quartier Latin en pleine métamorphose, est un espace de réflexion où bon nombre de citoyens et citoyennes viennent puiser une élévation de l’esprit en lien direct avec la richesse littéraire de BAnQ. C’est aussi un lieu de rassemblement où la culture dans toute sa diversité regroupe des communautés avides de découvertes et de dialogues. »
Lorraine Pintal, metteure en scène, comédienne, autrice
L’idée d’y implanter un poste de transformation électrique d’Hydro-Québec témoigne d’une forme d’« amnésie collective », oubliant que Montréal a déjà souffert de décisions hâtives, de projets mal situés, conçus sans consultation sérieuse. Toutefois, « il est encore temps d’empêcher l’inévitable […] Nous pourrons dire avec fierté Je me souviens.»
Dans une adresse vibrante, Hugo Fréjabise, a proclamé que la culture n’est pas une option ni un loisir de fin de semaine, mais un besoin vital et politique :
« Nous pensons tout ce qui est art et culture comme une urgence très sérieuse, très centrale et vitale. »
Hugo Fréjabise, auteur et metteur en scène
Engagé dans la Grande mobilisation pour les arts, qui a contribué à l’obtention d’une hausse du financement public en culture, il témoigne de l’impact concret que peut avoir la résistance citoyenne planifiée et déterminée. Il dénonce le réflexe de reléguer la culture « au vendredi cinq à sept » ou « au samedi après-midi », comme si elle ne méritait pas d’être au cœur des décisions publiques. Hugo Fréjabise termine avec les mots percutants de Jean-Luc Lagarce, rappelant la mission fondamentale des lieux culturels :
« Nous devons préserver les lieux de la création, les lieux du luxe de la pensée, les lieux de l’invention de tout ce qui n’existe pas encore… Ce sont nos maisons à tous. »
La forêt civilisée de 2005 par Robert Gaudreau dans le jardin de la Grande Bibliothèque
Pas un terrain vacant
Ce terrain n’est pas vacant. Depuis des années, il accueille des projets de médiation culturelle, des œuvres d’art en plein air, des activités communautaires et des jardins comestibles. Il constitue un refuge urbain et un tiers lieu précieux au cœur d’un quartier en transformation, marqué par la densification, la fermeture de commerces de proximité et la fragilisation du tissu social.
Face à cette situation déplorable, les attentes citoyennes que Pierre MacDuff réitère sont claires et se déclinent en trois points essentiels :
La Ville de Montréal, tant Projet Montréal qu’Ensemble Montréal, doit exprimer sans ambiguïté son opposition au projet, en raison de sa non-acceptabilité sociale.
Le gouvernement du Québec ne doit pas signer le décret autorisant la vente du terrain appartenant à BAnQ.
Et surtout, Hydro-Québec doit renoncer à cet emplacement, définitivement.
Pour Pierre MacDuff, l’élan citoyen qui s’est formé au fil des mois témoigne d’un refus clair et organisé. En l’espace d’un an, des lettres ouvertes ont été publiées, une page Facebook a été créée, une pétition a recueilli près de 1 300 signatures. Des citoyen·nes sont intervenu·es en conseil municipal, l’ensemble des député·es de l’Assemblée nationale ont été contacté·es, et la députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques, Manon Massé, a relayé ces préoccupations jusqu’à Québec. Le rassemblement d’aujourd’hui n’est qu’une étape. Il y en aura d’autres, affirme-t-il, tant qu’Hydro-Québec n’aura pas renoncé à ce site.
Militantisme documentaire
Un des affiches de l’auteur et artiste Clément de Gaulejac en contexte
Cet article s’inscrit dans une démarche de militantisme documentaire : il rassemble, documente et articule des prises de parole citoyennes, politiques, culturelles et professionnelles autour d’un enjeu urbain majeur, soit le projet d’implantation d’un poste électrique sur le terrain de la Grande Bibliothèque. Témoignages, citations, références médiatiques, et appels à l’action y sont consignés non seulement pour informer, mais pour nourrir la mémoire collective d’une mobilisation en cours.
En cela, le texte fonctionne comme une archive militante : il conserve les traces d’un moment de résistance civique, tout en donnant sens et portée aux gestes, aux voix et aux arguments qui s’y expriment. Il contribue à fixer une mémoire vive, ancrée dans la défense d’un bien commun culturel et environnemental.
Parmi les traces de cette mobilisation, les logos d’invitation et les illustrations des pancartes créées, entre autres, par l’auteur et artiste Clément de Gaulejac distribuées par les organisateurs et organisatrices. Un zine d’amour a aussi été partagé.
L’affiche J’aime BAnQ de Clément de GaulejacL’affiche N’Hydro ni Maître de Clément de Gaulejac Le verso d’une affiche N’Hydro ni Maître, conçu par Réjean Gagnon (à l’aide d’une IAG) Le feuillet du syndicatLe zine
Pour aller plus loin : comprendre les enjeux autour de BAnQ et du projet de poste électrique
Album photo – Mobilisation du 10 mai 2025 Une série de photos publiées sur Flickr documente le rassemblement citoyen en soutien à la Grande Bibliothèque et contre la vente de son terrain.
L’Action nationale – « BAnQ / Le saccage » Un dossier qui analyse en profondeur la crise institutionnelle que traverse Bibliothèque et Archives nationales du Québec et les menaces qui pèsent sur sa mission.
Le Devoir – Quartier latin unis contre le projet d’Hydro-Québec Article de Jean-François Nadeau, 5 février 2025 Un reportage qui rend compte de la mobilisation locale et de l’attachement des citoyens à ce lieu emblématique.
Le Devoir – BAnQ à vendre, une institution de moins en moins grande et une décision sans vision pour l’avenir Une tribune publiée le 1er mars sur les enjeux politiques et symboliques liés à la vente du terrain et au projet de poste électrique.
Radio-Canada – Berri 2 : un projet d’Hydro-Québec qui suscite de l’opposition Article de Jérôme Labbé, 18 février 2025 Un article de synthèse qui expose les tensions entourant le projet de poste électrique à proximité de BAnQ.
Actualitté – Non au béton et aux kilovolts à la place de la culture et des espaces verts Article de Hocine Bouhadjera, 28 avril 2025 Un article relayant les préoccupations citoyennes et professionnelles quant à l’avenir de ce lieu public.
Pétition contre le projet de poste électrique L’appel lancé par des citoyen·nes, chercheur·es et membres de la communauté universitaire pour préserver les terrains de la Grande Bibliothèque.
Sélection d’activités de médiation culturelle proposées dans le jardin
Médiation culturelle, expositions et installations artistiques Le Jardin d’art accueille des œuvres en plein air, offrant aux visiteurs une expérience culturelle immersive.
Potager éducatif et plantes comestibles. Un potager urbain a été aménagé pour sensibiliser à l’agriculture urbaine et à l’autonomie alimentaire; certaines en collaboration avec Montréal, métropole en santé et l’organisme Sentier urbain.
Lectures pour les enfants dans le jardin. Des séances de lecture sont organisées en plein air, offrant aux enfants une expérience littéraire au milieu de la nature.
Paul St-Pierre Plamondon a annoncé hier que si le Parti québécois remporte les élections en octobre:
il consultera les Québécois sur l’indépendance du Québec;
mais il n’organisera pas de référendum sur la question tant que Donald Trump sera président des États-Unis.
Le second mandat de Trump doit se terminer en janvier 2029.
Le mandat du prochain gouvernement québécois doit, lui, se terminer en octobre 2030.
Le chef péquiste soutient que l’avenir politique du Québec exige «un débat éclairé et serein», et que ce débat ne doit pas «être confisqué par les coups d’éclat d’un président imprévisible».
Christine Fréchette et le premier ministre terre-neuvien Tony Wakeham ont présenté hier le nouveau contrat d’approvisionnement d’Hydro-Québec à partir de trois installations du Labrador:
la centrale de Churchill Falls;
la future centrale de Gull Island;
un projet d’énergie éolienne.
Si l’entente est ratifiée, le Québec obtiendrait à terme une capacité de 10 000 mégawatts et paierait en moyenne 6,2 cents du kWh.
Pour comparaison,l’entente conclue en 2024 prévoyait que le prix de l’électricité de Churchill Falls payé par Hydro-Québec serait de:
2 cents/kWh jusqu’en 2040; puis
7 cents/kWh jusqu’en 2075.
Le projet dans son ensemble exigerait des investissements majeurs, de l’ordre de 70 milliards $, pour notamment:
agrandir la centrale de Churchill Falls;
construire celle de Gull Island;
construire de nouvelles lignes de transport d’électricité.
Christine Fréchette est à Saint-Jean, la capitale de Terre-Neuve-et-Labrador, avec Mark Carney.
Ils s’apprêtent à présenter, aux côtés du premier ministre terre-neuvien, un deuxième contrat d’approvisionnement d’Hydro-Québec à partir de la centrale de Churchill Falls, au Labrador, pour remplacer le contrat actuel en vigueur depuis 1969.
En 2024, après 4 ans de négociations, les gouvernements du Québec et de Terre-Neuve avaient signé une entente de principe pour un nouveau contrat qui devait aller jusqu’en 2075.
Mais le gouvernement terre-neuvien avait ensuite demandé de renégocier l’entente.
Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, a présenté plusieurs mesures qui visent à réduire les dépenses de l’État québécois de 47 milliards $ sur 5 ans.
Pour y parvenir, le PCQ compte notamment:
réduire les subventions directes et les crédits d’impôt aux entreprises;
instaurer un gel permanent des embauches dans la fonction publique;
accélérer la numérisation de l’État, en s’appuyant sur l’intelligence artificielle.
Duhaime promet par ailleurs «les plus importantes baisses d’impôts et de taxes de l’histoire du Québec».
Le comédien et musicien montréalais se présentera pour la deuxième fois en octobre prochain dans la circonscription de Rosemont, à Montréal.
Il était arrivé troisième aux élections de 2022.
Pierre-Luc Brillant avait expliqué à InfoBref il y a 4 ans ce qui l’avait poussé à se lancer en politique [entrevue (juin 2022)].
Le Parti libéral du Québec a récemment présenté James Hughes, président de la Mission Old Brewery à Montréal, comme candidat dans Vaudreuil, en Montérégie.
Québec solidaire a présenté Yv Bonnier-Viger, ancien directeur régional de la santé publique pendant la pandémie, comme candidat dans Bonaventure, en Gaspésie.
Selon un sondage réalisé la fin de semaine dernière par la firme Pallas Data pour le magazine L’actualité et le site Qc125, les péquistes recueillent 31% des intentions de vote.
Le Parti libéral est deuxième avec 27%.
La Caq se maintient en troisième position, à 19%.
Le Parti conservateur du Québec récolterait 14% des votes.
Michel Leblanc se présentera pour le Parti libéral du Québec dans la circonscription de Marguerite-Bourgeoys, à Montréal, lors des élections générales d’octobre.
L’annonce, confirmée par plusieurs médias, doit avoir lieu aujourd’hui.
Leblanc avait quitté au printemps son poste de PDG après 16 ans à la tête de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.
Le chef du Parti libéral du Québec a affirmé, devant le consulat général des États-Unis à Québec, que le Canada devrait s’abstenir de riposter aux nouveaux droits de douane imposés récemment par les États-Unis.
Il estime que ce n’est pas la solution à privilégier face à un président américain «imprévisible».
Un mois avant le début officiel de la campagne électorale, Milliard propose de:
rétablir une alliance entre le Québec et l’Ontario, qu’il accuse la Caq d’avoir rompue;
La tenue d'un registre est obligatoire pour toute organisation, peu importe la gravité de l'incident. Pour une gestion conforme et efficace, il est crucial de centraliser l'information, de l'alimenter de façon exhaustive et d'y appliquer les principes de responsabilisation.
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Sanctions jusqu'à 25 M$, registre des incidents, gouvernance des données... Votre OBNL est-il conforme à la Loi 25 ? Étapes clés et solutions CRM.
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Les lois qui régissent les organismes municipaux, la Loi sur les cités et villes (LCV) et le Code municipal du Québec (CM), encadrent la constitution et la composition du comité de sélection, ainsi que les étapes à suivre pour l’analyse des soumissions.
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L'article 55, alinéa 1 de la LCOM (Loi sur les contrats des organismes municipaux) impose la création d'un comité de sélection d'au moins 3 membres pour l'évaluation des soumissions.
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La personne responsable de l’accès aux documents et de la protection des renseignements personnels doit veiller, en tout temps, au respect et à la mise en œuvre de la Loi sur l’accès. De ce fait, elle doit notamment s’assurer que son organisation dispose des ressources nécessaires et qu’elle met en place les moyens appropriés pour se conformer à l’ensemble des exigences de cette loi.
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L'entreprise est responsable de protéger les renseignements personnels qu'elle recueille, détient, utilise, communique et conserve. La personne ayant la plus haute autorité dans l’entreprise, par exemple son dirigeant, est par défaut responsable de la protection des renseignements personnels. Elle exerce cette fonction en assurant le respect et la mise en œuvre de la Loi sur le privé.
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