Vue normale

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Le miracle « Je raccroche »
    Je marche sur la rue Monseigneur-Plessis pour me rendre au Centre de formation Rimouski-Neigette. Il fait gris. Au propre comme au figuré. Mais les jeunes de Je raccroche vont me remonter le moral. Je vais passer l’après-midi avec 16 des élèves qui forment la cohorte 2025-2026. Elles et ils m’accueillent chaleureusement avec leurs intervenants pour discuter de leur école de rue. Et de ce qui fait son succès depuis 2004. Philippe Garon – Quel est le but de Je raccroche? Je raccroche – Termi
     

Le miracle « Je raccroche »

6 mai 2026 à 13:53

Je marche sur la rue Monseigneur-Plessis pour me rendre au Centre de formation Rimouski-Neigette. Il fait gris. Au propre comme au figuré. Mais les jeunes de Je raccroche vont me remonter le moral. Je vais passer l’après-midi avec 16 des élèves qui forment la cohorte 2025-2026. Elles et ils m’accueillent chaleureusement avec leurs intervenants pour discuter de leur école de rue. Et de ce qui fait son succès depuis 2004.

Philippe Garon  Quel est le but de Je raccroche?

Je raccroche  Terminer les études qu’on a abandonnées. Nous aider à poursuivre notre parcours, notre cheminement scolaire. Nous préparer à la vie adulte aussi, pour pouvoir être autonomes sur le plan financier et assumer notre rôle de citoyens et de citoyennes. L’équipe d’intervention nous accompagne dans notre vie actuelle et future, nous fait découvrir autre chose que ce qu’on peut voir dans le cursus normal. Cela nous amène à vivre des expériences qu’on n’a pas nécessairement eu l’occasion de vivre dans notre enfance ou à l’école avant. En plus, le dépassement de soi, ici, c’est important. On en parle beaucoup. Pour être la meilleure personne qu’on peut devenir, pour s’améliorer.

P. G. On retrouve qui à Je raccroche?

J R  On a entre 16 et 30 ans. Mais une fois qu’on est passé par ici, c’est pour la vie. Je raccroche, c’est plus qu’une école. C’est une famille. On est là pour se soutenir les uns les autres. Ça s’adresse à celles et à ceux qui veulent vraiment finir leur école, devenir quelqu’un dans la vie.

Tu peux pas être lâche pour venir ici. Des fois, c’est tough, mais il faut continuer. Il y a une belle équipe d’intervenants et d’intervenantes.

P. G. Qu’est-ce que ça prend pour travailler à Je raccroche?

J R  Il faut vouloir aider les jeunes. Ça prend de la force d’esprit. Certaines personnes peuvent avoir une histoire compliquée. Il faut rester impassible par rapport à ça, neutre. Être capable d’avoir une opinion externe.

Oui, parce qu’ils nous disent pas tout le temps ce qu’on veut entendre. (Rires…)

Ça prend aussi un intérêt profond pour l’éducation, pour les stratégies d’apprentissage. Il faut savoir être empathique, ouvert d’esprit.

P. G. Pourquoi choisir Je raccroche?

J R  Parce que sinon, on ne serait juste pas à l’école. Ici, il y a de l’encadrement, du soutien. Le fait d’avoir toujours quelqu’un qui nous ramène à l’ordre quand on dévie, ça aide. Pour commencer, on travaille les savoir-être. C’est la base. Avec une meilleure attitude, ça rend capable de prendre les critiques, de participer, de s’appliquer puis de s’impliquer. D’accepter d’être là plutôt que de subir.

Quand on nous a expliqué les règles au début, je me disais : « Ça se peut que je reste pas longtemps… »  J’avais beaucoup de préjugés en arrivant. J’étais très mal à l’aise. Mais on s’habitue aux règles. Par respect pour les autres, pour le groupe. Les responsables du groupe ont à cœur que ça marche. Maintenant, je vois pourquoi les règles sont là et pourquoi elles doivent être là. Puis je suis fier d’être ici.

P. G. À quoi ressemble une semaine typique?

J R  Le matin, on travaille les matières, le français, l’anglais, les maths. Ça fonctionne avec des cahiers, comme aux adultes, sauf qu’on profite d’un meilleur accompagnement. Le midi, avec le conseil étudiant, on a des activités comme le club de lecture, le cinéclub, des jeux vidéo, du rempotage, en plus des tâches comme le ménage et l’arrosage des plantes. En après-midi, c’est des ateliers de toutes sortes, en lien avec l’éducation à la citoyenneté, la connaissance de soi, les saines habitudes de vie, etc.

P. G.  Pourquoi Je raccroche existe?

J R  Pour répondre aux besoins de la société sur le plan du décrochage scolaire. Et on en a encore plus besoin maintenant qu’en 2004, car plus de jeunes décrochent. On n’a jamais eu une aussi grosse liste d’attente. Si on pouvait, on partirait un deuxième groupe et malgré ça, on n’arriverait pas à répondre aux besoins. L’école est pleine.

Ici, je me sens en sécurité. Aucune menace n’est acceptée. On nous fournit un espace sain et sécuritaire.

L’équipe s’adapte à nos différentes façons d’apprendre. On nous accompagne dans nos démarches, on nous fait prendre conscience de nos difficultés, mais pour nous aider. À l’école conventionnelle, je me sentais comme s’il y avait un moule dans lequel on essayait de me faire entrer. Ce qu’on vit ici, ça devrait être partout dans le système scolaire. Plus tard, j’aimerais que mes enfants puissent bénéficier de ce que je vis ici.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Le train de passagers en Gaspésie : une ligne de vie
    Le train de passagers en Gaspésie existe depuis 1902, jusqu’à Paspébiac et jusqu’à Gaspé depuis 1911. Plusieurs compagnies se sont succédé jusqu’en 1929 où le Canadien National Railways (CNR devenu CN) devient propriétaire des voies ferrées et gère le train de passagers et de marchandises au nom du gouvernement du Canada. Le train de la Gaspésie jouit d’une belle notoriété et est reconnu à travers le monde. En 1977, année de la création de VIA Rail par le gouvernement canadien, la situation c
     

Le train de passagers en Gaspésie : une ligne de vie

5 mai 2026 à 13:32

Le train de passagers en Gaspésie existe depuis 1902, jusqu’à Paspébiac et jusqu’à Gaspé depuis 1911. Plusieurs compagnies se sont succédé jusqu’en 1929 où le Canadien National Railways (CNR devenu CN) devient propriétaire des voies ferrées et gère le train de passagers et de marchandises au nom du gouvernement du Canada. Le train de la Gaspésie jouit d’une belle notoriété et est reconnu à travers le monde.

En 1977, année de la création de VIA Rail par le gouvernement canadien, la situation change. VIA a le mandat d’exploiter un service public national de transport ferroviaire de passagers reliant les grandes villes, les régions et les communautés éloignées à travers le Canada et les rails appartiennent toujours au CN.

Durant l’année 1984-1985, 80 565 voyageurs ont pris le train entre Matapédia et Gaspé. Malgré cela, tranquillement mais sûrement, les services commencent à diminuer. Les gares de la Gaspésie jouent un rôle important dans l’organisation sociale, comme celle de Maria qui relie les gens de partout dans la Baie-des-Chaleurs à leur unique hôpital.  Pourtant elle est fermée dans la première vague de réduction des services. Plusieurs fermetures subséquentes font qu’il ne reste que cinq gares en 2013.

En 1990, le train de la Gaspésie, nommé Le Chaleur, ne passe plus que trois fois par semaine au lieu de sept allers-retours hebdomadaires. Évidemment l’achalandage chute à 42 000.

En 1995, le CN est privatisé, il demeure propriétaire des rails, et VIA paie un droit de passage. Malheureusement, l’entente donne la priorité de circulation aux trains de marchandises plutôt qu’aux trains de passagers. Ce qui aura un impact désastreux sur les trains de passagers.

En 2011, des problèmes sur la structure d’un pont à Grand-Pabos, oblige VIA à suspendre le service de New Carlisle à Gaspé mais conserve la portion de New Carlisle à Matapédia, jusqu’en 2013. En août 2013, en raison de problèmes aux passages à niveau, le service est complètement suspendu à l’est de Matapédia. Malgré que les problèmes aux passages à niveau se règlent rapidement et que le train de marchandises recommence à circuler, VIA refuse de revenir, demandant rapport après rapport.

À ce moment, Le Chaleur a déjà moins de voitures-lits, plus du tout de voiture-restaurant, ni panoramique et il fonctionne avec des voitures en mauvais état.  

La Coalition pour le retour du train de passagers, fondée en 2013, milite depuis tout ce temps pour le retour des services de qualité d’un train de passagers en Gaspésie.

D’énormes travaux financés par le gouvernement du Québec, propriétaire des rails de Matapédia à Gaspé, ont permis l’ouverture des voies de Matapédia à Port-Daniel–Gascons, au début janvier 2026. Des trains de marchandises y circulent présentement, mais pas de trains de passagers, car VIA refuse de revenir de façon progressive, même si lors de la suspension, la société s’était engagée à revenir au fur et à mesure que les voies seraient réparées.

Présentement, dans l’est du Canada, la situation du service ferroviaire de passagers laisse nettement à désirer. Il n’y a plus de services du tout en Gaspésie, malgré les 355 millions de dollars investis. Le train passe toujours au beau milieu de la nuit dans le Bas-Saint-Laurent, et le train Montréal-Halifax accuse très souvent un retard de plusieurs heures.

Il est difficile de comprendre que VIA refuse de revenir en Gaspésie jusqu’à Port-Daniel–Gascons parce que les voies ne sont pas encore réparées jusqu’à Gaspé mais, qu’en 2018, la société d’État n’a pas hésité à continuer les services entre Winnipeg et Gillam au Manitoba en attendant la réfection du rail jusqu’à Churchill. Cette réfection a été complétée en deux ans et le gouvernement fédéral a versé 117 millions de dollars à Arctic Gateway pour la relance de ce chemin de fer1.

Des travaux sont en cours pour le dernier tronçon de Port-Daniel–Gascons à Gaspé et des pressions sont exercées sur le gouvernement du Québec pour la réhabilitation complète, le plus rapidement possible. Le fédéral doit aussi investir, comme il l’a fait au Manitoba, pour terminer les travaux jusqu’à Gaspé, le plus vite possible.

La Coalition multiplie les démarches pour que VIA revienne MAINTENANT de façon progressive en Gaspésie avec un service de qualité qui permettrait aussi de desservir la population du Bas-Saint-Laurent et d’offrir un trajet plus court jusqu’à Halifax.

1. Simon Deschamps, « La reprise du chemin de fer entre Gillam et Churchill a répondu ʺà un besoin crucial » », Radio-Canada, 29 janvier 2025, ici.radio-canada/nouvelle/2136006/churchill-train-economie-etude

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Vivre ici, plutôt qu’ailleurs
    Lorsque j’étais enfant, je ne savais pas que je vivais dans un espace rural. Je vivais dans le rang 4 de Saint-Alexandre-de-Kamouraska : difficile de faire plus rural, et pourtant, l’image que je me faisais de la ruralité n’était pas ma cour, ou les champs derrière la maison, mais bien ce que je voyais à la télé. Pour moi, la « campagne », c’était Rigodon dans Passe-Partout. (Rigodon, ça ne s’invente pas!) La ruralité de Rigodon était archétypale. Je me souviens avoir demandé à ma mère : « Pourr
     

Vivre ici, plutôt qu’ailleurs

3 mai 2026 à 12:48

Lorsque j’étais enfant, je ne savais pas que je vivais dans un espace rural. Je vivais dans le rang 4 de Saint-Alexandre-de-Kamouraska : difficile de faire plus rural, et pourtant, l’image que je me faisais de la ruralité n’était pas ma cour, ou les champs derrière la maison, mais bien ce que je voyais à la télé. Pour moi, la « campagne », c’était Rigodon dans Passe-Partout. (Rigodon, ça ne s’invente pas!) La ruralité de Rigodon était archétypale. Je me souviens avoir demandé à ma mère : « Pourrait-on aller à la campagne? » (J’étais très sérieuse – je n’avais pas encore développé mon savoir-faire ironique.) J’ai vu la surprise (inquiétude?) dans son regard, avant d’accueillir sa réponse : « Mais nous vivons à la campagne! »

Maintenant adulte, et après avoir monté en rang (de trois rangs pour être précise), j’ai pris le temps de décortiquer ce que signifiait la ruralité aujourd’hui dans une perspective sociologique. Et je comprends mieux pourquoi ce que nous sommes se construit, aussi et beaucoup, en dehors de soi. Quel intérêt pour maintenant? C’est que le 5 février dernier, à l’initiative de Mélanie Rioux et de sa gang de la Ville de Trois-Pistoles, s’est tenu un 5@8 festif sur la ruralité aujourd’hui. Sous la forme d’un cercle de parole, l’idée était de nous réunir, sans prétention, pour jaser de ce que ça signifie la ruralité pour les gens qui y vivent. Il ne s’agissait pas de produire une définition de la ruralité – d’autres espaces s’y prêtent mieux – mais d’en partager des bouts, des sensibilités et des possibles.

Différentes questions ont permis de lancer la discussion : qu’est-ce qui caractérise la ruralité pour les gens qui y vivent? Pourquoi vivre ici plutôt qu’ailleurs? Puis, qu’est-ce qui m’a menée, à consacrer une thèse en sociologie à la ruralité (au-delà d’une réminiscence de Rigodon)? Pour le dire rapidement, j’étais à la recherche d’observations nuancées et plus justes sur l’expérience de la vie rurale aujourd’hui. Je cherchais à dépasser à la fois les stéréotypes qui visent le bon rural (soi-disant naturellement accueillant), et le mauvais rural (soi-disant naturellement replié sur son groupe). Et je m’intéressais au poids des représentations historiques qui agissent encore, de l’intérieur, et de l’extérieur, pour dire ce qui « est » rural. (Rappelons que la représentation de la ruralité s’est historiquement construite en opposition avec l’urbanité, de manière concomitante, révélant les stéréotypes associés à l’un et à l’autre.)

Conformément à tout autre espace social, la ruralité n’est pas cristallisée dans un modèle statique. Elle est vivante, et les paroles de Raymond Beaudry, d’Ariane Breault, d’Elisabeth Li-Dupuis, de Louis Lahaye-Roy montraient cette variété de possibles. Bobby Valérie et Benoît Ouellet, ont, de leur côté, partagé avec sensibilité leurs « Lettres d’amour à ma ville culturelle », incarnant par là une manière particulière d’habiter ici. Le photographe et sociologue, Raymond Beaudry a, quant à lui, relevé la pluralité des manières d’habiter les lieux (ruraux). Pour lui, par-delà leurs dimensions institutionnelles, les communautés rurales se définissent d’abord par les gens qui y vivent, insistant sur l’importance des communs, et de l’interdépendance entre l’individu et le groupe. Ici, la conscience de l’histoire d’un territoire, et des gens qui nous y ont précédés, offre une compréhension fine, et complexe, des styles de vie contrastés, qui apparaissent éventuellement, même à l’intérieur d’une très petite communauté.

En ce sens, la présentation du projet de la communauté intentionnelle l’Archipel par deux de ses cofondatrices, Élisabeth Li-Dupuis et Ariane Breault, illustre de manière exemplaire une recherche d’un modèle rural novateur, marginal, et néanmoins réalisable. Elles incarnent une façon d’aborder la vie rurale conforme à des valeurs d’autonomie, d’entraide, en faisant le pari de la patience et du temps long. Cette temporalité particulière leur permet d’envisager la construction de leur communauté de manière à exprimer les valeurs qui les animent et – conscientes de la délicatesse de l’exercice – d’insuffler la souplesse nécessaire à l’approche d’un cadre réglementaire existant, érigé au fil du temps pour faciliter un autre modèle de vivre ensemble. Lucides et engagées, elles imaginent et vivent, ici et maintenant, le possible auquel elles croient.

Louis Lahaye-Roy, a relaté de manière personnelle, son rôle comme agent de Place aux jeunes Kamouraska, et les intentions de faciliter le passage d’une région à l’autre pour les personnes intéressées par pareil projet. Par ces deux derniers exemples, émerge l’idée d’une ruralité plurielle, aux dynamiques variables et subtiles : d’une part, une ruralité qui se renouvelle par la base, plus punk; d’autre part une ruralité, qui sans être figée, reste institutionnalisée dans sa manière de viser un renouvellement.

Et la tenue d’un cercle de parole autour de la ruralité dit, en soi, quelque chose d’important. Ça parle, par son existence même d’affirmation de soi, de volonté d’exister et d’être là. Comme si la ruralité pouvait se construire comme un lieu d’hybridation de tous les possibles, à la fois espace de résistance, et lieu de l’ordinaire choisi.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Le spectacle Sciences Po 101 – Traité d’insoumission à l’usage du vrai monde
    Vincent Massé-Gagné et Catherine Dorion, ancienne députée de Québec solidaire, étaient  à Rimouski le 16 avril à la salle Desjardins. Les acteurs-auteurs livrent ici un extrait du texte du spectacle, écrit à partir de témoignages reçus de citoyens. Catherine est à jardin, seule sur scène, dans la pénombre.  CATHERINE J’ai récemment fait un appel public de témoignages sur la crainte de s’exprimer politiquement. J’en ai reçu un déluge. Vincent est entré à cour, sur la réplique précéden
     

Le spectacle Sciences Po 101 – Traité d’insoumission à l’usage du vrai monde

30 avril 2026 à 10:11

Vincent Massé-Gagné et Catherine Dorion, ancienne députée de Québec solidaire, étaient  à Rimouski le 16 avril à la salle Desjardins. Les acteurs-auteurs livrent ici un extrait du texte du spectacle, écrit à partir de témoignages reçus de citoyens.

Catherine est à jardin, seule sur scène, dans la pénombre. 

CATHERINE

J’ai récemment fait un appel public de témoignages sur la crainte de s’exprimer politiquement. J’en ai reçu un déluge.

Vincent est entré à cour, sur la réplique précédente. Il laisse tomber au sol une massive pile de feuilles sur lesquelles sont écrits des dizaines de témoignages. Catherine traverse et le rejoint. À tour de rôle, ils les lisent, alors que sont projetées les silhouettes des personnes au fond de la scène. 

EMPLOYÉE D’UNE MRC

Quand je suis arrivée dans ma nouvelle job, on m’a affirmé que mon poste était incompatible avec toute prise de position politique. Je passe mon temps à me poser des questions : 

  • Est-ce que je peux aller manifester contre la destruction de l’église?
  • Est-ce que je peux écrire des livres sous mon vrai nom?
  • Si je jase de transition écologique avec des partenaires de la MRC, est-ce qu’il faut que je fasse semblant de croire à leur greenwashing?

FONCTIONNAIRE

Longs sermons sur le devoir de réserve dans toutes nos activités, même les loisirs. Nos fréquentations (y compris sociales, amoureuses) sont à déclaration obligatoire. On est obligés de remplir un formulaire de déclaration de toutes nos activités à saveur potentiellement politique, même celles qui le sont en doses homéopathiques. Ma conclusion a été : je m’éclipse des réseaux sociaux, sauf pour les photos de chats et de chiens.

ORGANISATEUR COMMUNAUTAIRE

Notre organisme est supposé défendre les droits des citoyens, mais notre direction a tellement peur qu’on perde notre financement qu’au final, on défend tout ce que fait le gouvernement.

EMPLOYÉE DU RÉSEAU DE LA SANTÉ

J’ai été obligée de me cacher derrière un pseudo pour aider une mobilisation qui visait à dénoncer les violences dans le milieu de la santé. Tout le long j’étais super stressée, j’avais vraiment peur d’être démasquée.

ENSEIGNANTE

Se faire dire quoi faire par des ministres en costume qui mettent le pied dans les écoles publiques une fois tous les quatre ans pour la photo. Obligation de rester neutre et loyale face à des gens qui ne nous respectent pas pis qui disent n’importe quoi sur notre compte aux médias. Pourquoi j’ai un « devoir de loyauté » envers une minorité de monsieurs qui décident à l’aveugle pour une majorité de femmes et d’enfants?

ATTACHÉE POLITIQUE

Je voulais travailler dans un parti politique pour changer le monde. On m’a vite fait comprendre que j’étais une exécutante pis que mon avis était pas le bienvenu sur Internet, ni en réunion d’ailleurs.

DÉPUTÉ DE L’OPPOSITION

Mon premier choc en tant que député de l’opposition, et de très loin, c’est vraiment les médias. Moi, je me suis fait de la corne. Mais j’ai vu un collègue qui a dit une chose, une choseparmi les milliers de choses qu’il a dites, une chose qui lui a valu des chroniques. J’ai vu la peur dans ses yeux. J’ai vu comme un gars qui arrive dans une cour d’école pis qui se fait totalement… Il a plus jamais été le même après ça.

DÉPUTÉE DU PARTI AU POUVOIR

Quand t’es dans le parti au pouvoir, tu peux pas chiâler contre ton gouvernement dans les médias, tu comprends. Les discussions, ça se passe « en famille » dans les caucus de députés. Donc moi, dans les caucus, je le faisais avec respect, mais je m’exprimais, t’sais. Ben je me suis fait dire par quelqu’un de la garde rapprochée du premier ministre :

 « Fais attention. Fais attention. Parce que tu commences à être une leader négative, des fois. »

JOURNALISTE

Ça m’est arrivé en tant que journaliste que les chroniqueurs me rentrent dedans pour un sujet sur lequel j’avais enquêté. Ils voulaient me rentrer dans la tête que si je veux encore écrire sur ce sujet-là, je suis mieux d’être prêt à me faire traîner dans la bouette. J’ai vraiment senti le poids de l’intimidation.

INTERVENANTE SOCIALE EN MILIEU AGRICOLE

Je me suis fait rencontrer par mon employeur avec tout le CA en arrière de lui. Ce que j’avais fait, c’était de l’insubordination, un manque de loyauté, comme quoi une simple intervenante n’a pas à s’exprimer librement comme ça sur ce qui se passe dans le milieu, que c’est les hautes sphères qui font ça.

FONCTIONNAIRE

Je prends la chance de t’écrire, mais mon « code d’éthique » gouvernemental m’interdit ce genre de commentaire, même en privé… Les fonctionnaires qui ont été accusés de déloyauté dans les médias n’ont pas eu des expériences très heureuses.

INFLUENCEUSE

J’ai écrit ceasefire dans ma bio sur Instagram, c’est-à-dire « cessez-le-feu » pour la Palestine. J’ai perdu un partenariat. Ils m’ont dit : « Écoute, on est prêts à continuer notre contrat si tu l’enlèves. » Non, je l’enlève pas. 

TRAVAILLEUR D’USINE

Les RH m’ont demandé d’enlever mes posts concernant une entreprise de la région. J’ai refusé, en expliquant que j’ai ma région à cœur pis que leurs crimes environnementaux ont été prouvés dans un reportage d’enquête de Radio-Canada. C’est mon devoir de citoyen de prendre parole. Ils m’ont mis à la porte.

ENSEIGNANTE

Je me suis confiée à visage découvert à un journaliste sur les problèmes dans mon école. Tout de suite après que c’est sorti, j’ai reçu un avis de congédiement de la part de mon centre de services.

AGENT DE SÉCURITÉ

J’étais agent de sécurité dans une université pendant la crise étudiante. Je prenais pour les étudiants pis je m’en suis pas caché. Ben j’ai perdu ma job. 

Le rythme s’accélère. 

X

On m’a interdit de parler publiquement de ma transidentité pour ne pas nuire à l’image de l’institution.

X

On a eu une formation sur comment avoir un profil plate et beige qui ne dit rien.  

X

Refuser le silence autour du harcèlement m’a coûté très cher en énergie et en santé.

J’ai failli perdre ma job parce que j’hésitais à me faire injecter un vaccin qui avait à peine été testé.

X

Un grand bailleur de fonds privé bien connu nous a fait savoir que personne de chez nous ne devait plus jamais collaborer avec cette organisation-là.

X

Si je garde le silence sur ce qui m’insurge, les personnes pénalisées, c’est les élèves.

X

… les personnes pénalisées, c’est les patients.

X

C’est les citoyens.

X

En ce sens, j’envie Elon Musk, il peut dire les pires conneries, il aura jamais à craindre la précarité.

X

​​Je suis à deux ans de ma retraite et j’ai hâte de retrouver ma liberté de parole.

X

Envers qui faut que je sois fidèle? Un boss qui veut se sauver la face, ou les gens qu’on est supposé servir?

X

Est-ce qu’un lanceur d’alerte contrevient à son devoir de loyauté?

X

Ne pas parler, est-ce que c’est rester neutre? Non. C’est endosser contre son gré. 

X

Ça a eu un impact réel sur ma santé mentale et physique. 

X

C’est comme une machine à éteindre la flamme. 

X

Je suis partie à boutte. En congé de maladie.

Catherine ramasse un dernier témoignage et se tourne face au public pour le lui livrer dans les yeux. 

CATHERINE

Pourquoi est-ce qu’on trouve ça normal, dans une société qui prône la liberté d’expression, que la majorité des Québécois soient assujettis à des règles de leur employeur qui ont l’effet d’imposer une autocensure politique?

Les silhouettes se dispersent en fond de scène. Catherine et Vincent les suivent et sortent du plateau.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Que le sifflet ne soit pas la seule arme de la désobéissance civile
    J’ai habituellement le verbe facile et la plume aiguisée, mais la sidération qui m’habite m’embrouille l’esprit au point qu’il m’est vraiment pénible de trouver un sujet précis en peu de mots. Pour tenter de rester en vie et ne pas étouffer d’indignation dans mes combats du quotidien, j’ai pris l’habitude malgré moi d’entrer en mode action-réaction sur le terrain. Je fais quotidiennement violence à une marée mentale de rats fuyant la cale d’un bateau ivre et je tente de restreindre leur propagat
     

Que le sifflet ne soit pas la seule arme de la désobéissance civile

29 avril 2026 à 10:12

J’ai habituellement le verbe facile et la plume aiguisée, mais la sidération qui m’habite m’embrouille l’esprit au point qu’il m’est vraiment pénible de trouver un sujet précis en peu de mots. Pour tenter de rester en vie et ne pas étouffer d’indignation dans mes combats du quotidien, j’ai pris l’habitude malgré moi d’entrer en mode action-réaction sur le terrain. Je fais quotidiennement violence à une marée mentale de rats fuyant la cale d’un bateau ivre et je tente de restreindre leur propagation. Je lutte pour ne pas sombrer.

Je ne crois pas me tromper en affirmant que ce tourbillon ressenti habite plus d’une personne et qu’il est le symptôme du fait que nous nous sentons trop souvent impuissants.

Pour qui s’intéresse à la justice sociale et climatique, l’époque est pratiquement au stade d’alertes permanentes aux tsunamis qui lessivent ceux et celles qui veulent organiser le filet social pour protéger le vivant. On nous sert à tout vent des scénarios catastrophes sur fond de vérités déguisées en vendeur de poissons pas frais ou des propositions de paysages arc-en-ciel au goût amer d’écoblanchiment. Devant la montée de la légitime détresse et des débordements dont nous percevons à peine tous les rouages, des questions doivent se poser. Comment rester dans la bienveillance sans tomber dans la mièvrerie de la psycho-pop? Comment rester sur le pont et garder notre sang-froid sans se couper des affects ainsi que de la colère, cette force de levier nécessaire aux changements devant l’assaut des injustices? Comment prendre soin de soi et de nos proches en ne nous cachant pas dans une bulle de licornes nous poussant à mettre les voiles, siège du déni confortable qui met de l’avant des discours creux : « La vie est trop courte, soyons épicuriens » (sans vraiment respecter le sens profond de ce précepte qui voudrait que l’on savoure à son maximum ce que l’on a, que l’on développe ses talents dans une perspective de bien commun au lieu de s’adonner à des orgies de surconsommation)?

Cette pulsion de consommation est normalisée et fait malheureusement partie de nos vies. Elle vient d’un réflexe primaire de fuite vers l’avant que le marché exploite à son paroxysme, et nous y succombons tous, plus ou moins, selon la fatigue du moment. Car tout a été calculé pour nous y astreindre : la vitesse, l’isolement causé par la scission sociale dans cette course au  « confort individuel », la perte de liens, de sens au profit du matériel à grands coups de marge de crédit à rembourser, et la noyade dans une mer d’informations, le tout régi par les puissants tentacules du Kraken algorithmique qui alimente notre chambre d’écho et exacerbe hyperstimulation et émotivité, le tout cadrant dans un tableau catastrophe parfait.

Il n’est pas vain de rêver à une utopie : nous libérer du joug de ce qui semble une condamnation aux galères pour qui veut créer des communs hors de ce système nous cadençant comme des forçats au bagne; les écrans et leurs notifications permanentes aussi efficaces que garde-chiourmes pour nous faire avancer au rythme de fourmis frénétiques afin de combler l’angoisse et le vide qui nous frappent d’autant plus fort que l’on a réduit à peau de chagrin le choix des outils de travail et des moyens de communication hors ligne nous rendant (ainsi que nos gouvernants) totalement dépendants des GAFAM dont le monopole est mondialisé.

Pouvons-nous nous déposer un moment afin de réaliser que la promesse de croisière cinq étoiles vendue par la tech aurait pu être cet outil qui nous libère, si et seulement si les fins de cet enrôlement forcé n’étaient pas le contrôle et le profit exponentiel qui renforcent notre cloisonnement, notre vulnérabilité et notre dépendance au capital, faisant main basse sur nos ressources?

Ce système intempestif laisse peu de place à l’analyse qui se drape de leurres aux teintes des phares de l’ego de certains lanceurs d’alertes qui carburent aux « likes » et que nous continuons de suivre malgré un relent nauséabond de déception nous donnant la nausée dont certains veulent se détourner avec un dégoût naturel, ne sachant plus qui et quoi croire. Et c’est dans cette brèche que s’immisce insidieusement le fascisme dont les voiles se gonflent au gré du désespoir, du racisme dont le tonnage s’amplifie de haine et du classicisme scandé en chants de sirènes des discours populistes laissant croire que dans l’uniformité et la conformité il y aura des gagnants.

La seule façon de colmater les fissures de nos embarcations respectives dans un contexte de lois violentes contre le peuple émanant d’amiraux-despotes corrompus sera l’amour!

Le « je me souviens » doit nous rappeler qu’à une loi injuste, un homme a non seulement le droit de désobéir, mais il en a le devoir (Martin Luther King Jr).

Soyons les albatros annonçant un port d’accueil après la fatigue du voyage quotidien afin de nous insuffler le courage de l’autonomie et davantage de résilience dans les communs.

N’attendons pas d’être au creux de la vague et d’avoir à user de nos sifflets pour agir!

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Un LOUPerivois dans la bergerie: Le confort et la différence
    La Suède, l’Autriche, la Suisse, le Portugal, la Grèce, la Hongrie, le Danemark, la Finlande, la Slovaquie, la Norvège, l’Irlande, la Croatie, le Paraguay, le Nicaragua, le Costa Rica, le Panama, l’Uruguay, la Nouvelle-Zélande… Qu’est-ce que ces pays ont en commun? Eh bien, tout comme le Québec, ils ont une population qui soit avoisine les dix millions d’habitants, soit y est nettement inférieure. Malgré de nombreuses disparités, des formes de gouvernement et des économies divergentes, des orien
     

Un LOUPerivois dans la bergerie: Le confort et la différence

28 avril 2026 à 07:36

La Suède, l’Autriche, la Suisse, le Portugal, la Grèce, la Hongrie, le Danemark, la Finlande, la Slovaquie, la Norvège, l’Irlande, la Croatie, le Paraguay, le Nicaragua, le Costa Rica, le Panama, l’Uruguay, la Nouvelle-Zélande… Qu’est-ce que ces pays ont en commun? Eh bien, tout comme le Québec, ils ont une population qui soit avoisine les dix millions d’habitants, soit y est nettement inférieure. Malgré de nombreuses disparités, des formes de gouvernement et des économies divergentes, des orientations politiques parfois à l’opposé l’une de l’autre, on ne parle pas ici de petites entités insignifiantes, de peuplades « sans culture et sans histoire », mais bien de nations indépendantes, autonomes, ancrées sur leur territoire certaines depuis des siècles. Peu importe leur climat, un environnement géopolitique plus ou moins favorable, un trésor plus ou moins bien garni, ces peuples s’autogouvernent et sont maîtres de leur destin. Et bon an mal an, ces nations persistent et signent. Plusieurs ont de plus une langue qui leur est propre, parlée sur leur seul territoire ou par leurs uniques ressortissants.

Alors nous, au Québec, avec les invraisemblables richesses naturelles qui sont les nôtres, avec notre savoir-faire, notre résilience, les institutions phares que nous nous sommes données, nous ne serions pas en mesure de gérer un État capable de suffire à ses propres besoins et de combler ceux de ses citoyens? Nous serions moins doués, plus morons que l’ensemble de ces nations qui ont la même taille que la nôtre? Oh là là! Appelez le psychiatre, ça presse! On a besoin de multiples séances de thérapie collective et d’un crash course majeur en matière de macroéconomie!

Maintenant imaginez le scénario suivant. Demandez à l’un ou l’autre de ces pays, mettons la Suède, le Portugal ou la Grèce, demandez à cette nation qu’elle exige de sa population qu’elle verse une large part de ses impôts à une entité autre. Enlevez-lui de plus la gestion de l’immigration, des relations extérieures, des communications et retirez-lui le contrôle de son armée. Est-ce que la Suède pourrait encore s’appeler la Suède? Est-ce que le Portugal ne deviendrait pas une coquille vide, inféodée par exemple à l’Espagne avec le portugais en décroissance constante?

Et le Québec? Dépossédé de l’intérieur. Infantilisé par procuration. Gaston Miron qui en connaissait gros au chapitre de l’aliénation évoquait en 1995 le fait que, lorsqu’il était petit, le poids du Québec au sein de la « fédération » canadienne était de l’ordre de 33 %. On parle aujourd’hui de 21,8 %, 18 % cent dans un avenir prévisible. Alors c’est quoi le plan de match? Rapetisser jusqu’à la disparition? Ratatiner jusqu’à l’éradication? S’écraser jusqu’à l’extinction?

Ils nous rabâchent constamment les oreilles : « On est trop petits. On n’est pas capables. » Alors, ces pays que j’ai nommés, ils sont tous dans la dèche? Ils vont faire faillite parce qu’économiquement non viables? L’économie est une drôle de bibitte. On peut lui faire porter de nombreux habits, l’assaisonner à plusieurs sauces, lui faire dire à la fois une chose et son contraire. Mais l’économie, c’est avant tout la confiance combinée à la volonté de résultat. Si on veut se procurer tel ou tel gadget, on coupe dans les dépenses, on met des sous de côté, on fait des heures supplémentaires. On sacrifie une part de son bien-être actuel en fonction d’une satisfaction ou d’un bonheur à venir. On peut aussi réagir de la même façon lorsqu’on se sent menacé, que l’avenir est incertain. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les usines d’armement tournaient à plein régime, l’État émettait des obligations afin de financer l’effort de guerre, on distribuait des coupons de ravitaillement, chacun faisait sa part afin d’éradiquer la menace.

Et bien la menace, celle qui nous concerne nous, en tant que seul peuple francophone en cette terre d’Amérique, elle existe bel et bien, et elle est de plus en plus préoccupante. Il y a moyen d’y obvier. Imaginez la fierté et le bonheur en voyant le nom du Québec s’afficher aux côtés de ceux de ces nations citées au début de ce texte! Et imaginez la liesse au moment où un éventuel Méchant Lapin (Bad Bunny) mentionne le Québec lorsqu’il décline en rappant la liste des pays d’Amérique! À moins que vous ne préfériez continuer à vivre avec des inepties du genre : « Ma queue et mon cœur s’emballent quand tu t’exerces à parler une deuxième langue officielle ». Dans mon cas, non, la deuxième langue officielle ne me fait pas bander pantoute!

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Fermetures d’écoles : l’impuissance organisée
    Une lame de fond Récemment, une école en Matanie a fermé ses portes : l’école Saint-Vianney, à 30 minutes au sud de Matane. Il y a eu Sainte-Jeanne-d’Arc, voilà un peu plus de 10 ans; Padoue aussi, dans la même année. En 2023, la survie de l’école La Colombe reposait sur l’inscription d’un seul élève supplémentaire. L’énumération pourrait se poursuivre. Que ce soit ici ou en Abitibi (l’école Bellefeuille d’Authier-Nord), ce n’est pas la première, et certainement pas la dernière fermeture d’un
     

Fermetures d’écoles : l’impuissance organisée

27 avril 2026 à 12:21

Une lame de fond

Récemment, une école en Matanie a fermé ses portes : l’école Saint-Vianney, à 30 minutes au sud de Matane. Il y a eu Sainte-Jeanne-d’Arc, voilà un peu plus de 10 ans; Padoue aussi, dans la même année. En 2023, la survie de l’école La Colombe reposait sur l’inscription d’un seul élève supplémentaire. L’énumération pourrait se poursuivre. Que ce soit ici ou en Abitibi (l’école Bellefeuille d’Authier-Nord), ce n’est pas la première, et certainement pas la dernière fermeture d’une école en région. Un constat dur, je sais. Il y a indéniablement une lame de fond depuis 15 ans, tel un chapelet qui perd ses grains, un à un.

J’ai vécu de l’intérieur cette dynamique à cinq reprises. Un supplice, alors que, tour à tour, les parties prenantes au dossier devenaient, lorsque l’engrenage de la fermeture d’une école était actionné, l’un des quatre cavaliers de l’apocalypse cavalcadant, bon gré mal gré. Je m’explique.

Les quatre cavaliers

Encore aujourd’hui, le premier cheval enfourché est celui du ministère de l’Éducation, qui demande simultanément à son cavalier d’assurer la qualité des services éducatifs, une équité territoriale, la réussite éducative, l’inclusion, le respect des programmes, tout cela sans garantir le personnel requis, la pérennité du financement, l’état du parc immobilier, tout en imposant aussi des règles budgétaires, des seuils et des échéanciers de retour à l’équilibre. Vieux comme le monde, néanmoins très rétif, il donne maintes obligations à son cavalier, sans se mouiller, en tournant le regard ailleurs au moment opportun.

Dans la cavalcade se trouve aussi un deuxième « demandeur » : le cadre législatif et réglementaire, sur lequel chacun va, à un moment ou à un autre, caracoler. En effet, les lois et les règlements n’exigent-ils pas que les services soient maintenus, que des consultations soient tenues en vertu de décisions rationnelles, justifiables et documentées, et que les droits des élèves soient respectés? Mais la loi n’oblige pas l’État à fournir les moyens correspondants et, surtout, elle transfère la responsabilité opérationnelle au niveau local.

Un autre cavalier s’agite sur son cheval de bataille, celui de la société (parents, élus, communautés), qui exige, légitimement, le maintien des écoles, la vitalité des milieux, la stabilité pour les enfants, la transparence et l’écoute. Mais il refuse, politiquement, la hausse massive de taxes, la fermeture de services ailleurs et la concentration des ressources.

Et puis il y a le dernier cavalier, qui a pour monture la réalité démographique et économique, laquelle provoque un choc avec tous les autres. Elle est faite de baisse de natalité, de vieillissement, d’exode régional, de concurrence pour la main-d’œuvre, d’inflation des coûts, d’éloignement…

Quatre cavaliers nourrissant leur coursier à quatre réalités incontournables, qui aliènent chacun. Évidemment, aucun n’admettra que l’argumentaire de l’autre est fondé et indéniable, que la fermeture d’une école dévitalise, que l’exode des jeunes vers la ville, pour de meilleurs salaires, crée une réalité démographique défavorable au maintien de l’école du village et que les baby-boomers vivant encore au village ne font plus d’enfants depuis longtemps, que l’on ne veut pas de hausses d’impôts, que les moyens financiers des centres de services scolaires sont limités, que la loi doit être respectée. Évidemment qu’une petite classe, avec peu d’élèves, présente moins de diversité dans les types d’interactions entre les petits; en contrepartie, elle offre des avantages majeurs pour la réussite et une approche plus subjective.

L’ingratitude

La fermeture d’une école n’est pas la déconvenue d’un conseil d’administration, d’un maire ou d’un groupe de parents. Elle est le symptôme d’un système où chacun des cavaliers est sommé d’avancer sans pouvoir infléchir réellement la trajectoire, alors que les rênes de chacun sont tenues par une force extérieure.

N’est-ce pas ingrat d’imputer à une école seule le maintien en vie d’un village? N’est-ce pas ingrat d’organiser sans en avoir les moyens? N’est-ce pas ingrat qu’une municipalité soit obligée de racheter une école pour y loger tous les services communautaires afin de maintenir un semblant de services attrayants? N’est-ce pas ingrat de construire une école luxueuse en ville, pendant qu’au village on enseigne dans des locaux moins beaux, moins grands, moins pratiques? Et tous ces non-dits et tous ces débats, et tous ces « je vous entends » et ces « ils ne nous écoutent pas »…

Que voulons-nous préserver, et à quel prix sommes-nous prêts à le faire?

Sans réponses, le chapelet continuera de perdre ses grains, et les crinières battront aux quatre vents de la fluctuation des naissances et du déni réciproque.

Et si l’école, tout comme l’église d’avant, devenait le point d’ancrage autour duquel on repense le territoire plutôt que l’élément que l’on retire lorsque la pression monte? Peut-être alors les cavaliers ralentiraient-ils leur course. Peut-être que les rênes ne seraient plus tirées de l’extérieur, mais tenues collectivement.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Au sujet de la cupidité
    Vous êtes tous conviés ici, car possiblement concernés, à juger une cause majeure des tourments de l’humanité, la cupidité, présentée ici au banc des accusés. Selon Wikipédia, La cupidité est la recherche immodérée du gain, des richesses et du plaisir…Comme point de départ à la recherche d’un vice responsable des maux de l’humanité, la piste est prometteuse! Elle aurait pu être dans la liste des 7 péchés capitaux, mais non! Même si elle est probablement plus néfaste que la luxure ou la gourma
     

Au sujet de la cupidité

23 avril 2026 à 12:12

Vous êtes tous conviés ici, car possiblement concernés, à juger une cause majeure des tourments de l’humanité, la cupidité, présentée ici au banc des accusés.

Selon Wikipédia, La cupidité est la recherche immodérée du gain, des richesses et du plaisir…Comme point de départ à la recherche d’un vice responsable des maux de l’humanité, la piste est prometteuse! Elle aurait pu être dans la liste des 7 péchés capitaux, mais non! Même si elle est probablement plus néfaste que la luxure ou la gourmandise, la religion catholique se serait tiré une balle dans le pied en l’englobant dans sa liste noire, à voir les richesses qu’elle a accumulées à certaines époques de son histoire. On pourrait même suggérer que la cupidité est un des traits naturels de l’humain qui ont mené à la création du système capitaliste puisque ce système prône l’accumulation de richesses matérielles comme source de motivation au développement, avec peu d’égards envers l’environnement ou l’inégalité croissante entre pauvres et riches. La cupidité nous apparait souvent comme un simple mauvais penchant caractérisant quelques humains beaucoup plus riches que nécessaire, des séraphins ou des Alen Musk de ce monde, et elle peut même être considérée comme un avantage adaptatif dans un contexte de loi de la jungle, donc une qualité favorisant la survie. Selon toute évidence, nous sommes présentement dans un contexte de loi de la jungle en ce moment sur la planète. 

La cupidité origine sans doute, comme la plupart de nos bons et mauvais penchants, de comportements très anciens qui ont pu aider certains groupes de nos ancêtres dans leur lutte à s’adapter aux rudesses de la vie à certaines époques difficiles, et dans la vision contemporaine, s’explique mieux comme un héritage de vieux instincts de survie qu’un péché causé par l’immoralité de l’homme. Les époques difficiles ont sans doute été le lot de notre passé mais elles semblent redevenir cruellement actuelles à la lumière de tout ce qu’on entend sur l’état du monde depuis 5 ans. Depuis que des calamités envahissantes et contagieuses comme le covid, Trump, la destruction globale de l’environnement, l’individualisme, le populisme et la désinformation véhiculés par les médias sociaux, causent l’augmentation des réfugiés et de la pauvreté partout et pour des causes très diversifiées, causent l’effritement des cultures, de la morale et de l’éthique. On pourrait penser que la cupidité est un trait de caractère extrême et qu’elle est la tare d’une minorité. Mais ne le sommes-nous pas tous à des degrés divers? Ne sommes-nous pas cupide de voter pour celui qui promet le plus de préserver notre Précieux? De nous gâter de voyages annuels de plaisir qui génère une énorme emprunte carbone? D’acheter des gadgets dernier cri alors que nos vieux fonctionnent encore? De refaire les armoires de cuisine et la salle de bain pour les mettre au goût du jour? Et que penser de ces grandes entreprises qui étudient les faiblesses humaines pour s’assurer de rendre leurs consommateurs dépendants de leurs produits? Elles sont immorales bien sûr, sauf que c’est la cupidité de leurs dirigeants et de leurs actionnaires qui les aveugle au point de les rendre immorales. Comme on l’a vu récemment, la justice finit par imposer des punitions exemplaires qui serviront de balises dans le futur. Mais cela arrive souvent tard et beaucoup de mal est fait. Malheureusement, le réfugié climatique ou politique ne peut pas poursuivre les compagnies pétrolières ou les gouvernements qui n’ont pas ou ne respectent pas leurs engagements sociaux, climatiques… La justice est très limitée dans son action pour des préjudices de si grandes envergures et causés par une culture capitaliste endossée par tout le monde.

On pourrait croire qu’il n’y a pas de solution, à court terme du moins. Mais si la cupidité n’est pas illégale elle n’en demeure pas moins un caractère sur lequel chacun devrait travailler individuellement et avoir une influence sur son entourage par l’exemple, par l’éducation de ses enfants. Des efforts soutenus en ce sens pourraient faire en sorte que la sobriété matérielle finisse par s’inscrire dans une éthique culturelle. Une société qui réussirait à montrer un bon niveau de bonheur associé à cette éthique pourrait à son tour servir d’exemple à d’autres sociétés, et une sorte de révolution tranquille pourrait améliorer le monde. La doctrine épicurienne basée sur la recherche du plaisir modéré et de la sagesse montre que des penseurs de l’antiquité arrivaient aux mêmes constats et solutions. Mais cette doctrine ne fut jamais imposée, et fut même enterrée jusqu’à la Renaissance, puisque l’épicurisme allait à l’encontre du dogme d’un Dieu tout puissant, et d’un gouvernement coercitif, deux entités qui ont eu tendance à réduire notre sens des responsabilités…

C’est ce sens des responsabilités qu’il faut pousser vers le haut. Comme les grands changements ont plus de force et de continuité s’ils viennent de la base, on ne peut qu’espérer que l’individu se sente responsable d’améliorer notre sort et fasse un réel travail personnel sur ses valeurs. Hummmmpff! Songeurs vous êtes? C’est toujours un début…Bonne réflexion!

  • ✇Mes signets
  • Des produits réutilisables remboursés par la Ville de Magog
    Couches lavables, coupe menstruelle, piles rechargeables... Les citoyens qui veulent se procurer des articles écoresponsables peuvent maintenant bénéficier d’une aide financière de la Ville de Magog via le Programme d’aide financière à la consommation responsable. — Permalien
     

Des produits réutilisables remboursés par la Ville de Magog

15 avril 2026 à 15:15
Couches lavables, coupe menstruelle, piles rechargeables... Les citoyens qui veulent se procurer des articles écoresponsables peuvent maintenant bénéficier d’une aide financière de la Ville de Magog via le Programme d’aide financière à la consommation responsable.
Permalien
  • ✇Journal le Mouton Noir
  • CHRONIQUE OBJECTIONS DE CONSCIENCE: COULEZ PAS CHEZ NOUS (NI AILLEURS)!
    Alors que le spectre d’une nouvelle guerre mondiale quitte son tombeau et se matérialise pour revenir hanter les peuples et les territoires, on apprenait le mois dernier qu’on envisageait la construction d’une base navale militaire dans l’est du Québec. Dans une entrevue au journal Le Devoir, le Petit Timonier de la marine, un amiral du nom de Topshee, Angus de son prénom (une variété de bœuf qui, comme la défense nationale, coûte beaucoup trop cher), avançait qu’une base navale aiderait à l’
     

CHRONIQUE OBJECTIONS DE CONSCIENCE: COULEZ PAS CHEZ NOUS (NI AILLEURS)!

15 avril 2026 à 11:14

Alors que le spectre d’une nouvelle guerre mondiale quitte son tombeau et se matérialise pour revenir hanter les peuples et les territoires, on apprenait le mois dernier qu’on envisageait la construction d’une base navale militaire dans l’est du Québec.

Dans une entrevue au journal Le Devoir, le Petit Timonier de la marine, un amiral du nom de Topshee, Angus de son prénom (une variété de bœuf qui, comme la défense nationale, coûte beaucoup trop cher), avançait qu’une base navale aiderait à l’enrôlement de Québécois et des Québécoises dans les Forces armées canadiennes en général et dans la Marine en particulier.

Lire ça me donne le goût de paraphraser la chanson « Le gars de la compagnie » des Cowboys Fringants :

« Ça va nous faire des jobs pour les Canadiens-Français

Bâtissez vos bases, nous on vous donne le fleuve »

Ça ne rime pas vraiment, c’est laid, comme l’idée derrière la chanson.

Et laid comme l’idée derrière la militarisation du Saint-Laurent.

Avant de me lancer dans mon habituelle tirade de sale gauchiste radical, je vais tout de même souligner quelque chose d’important : nous devons être en mesure de défendre notre territoire, nos eaux, nos forêts et nos terres contre des envahisseurs potentiels qui viendraient chercher à nous les voler, chose dont peuvent nous parler les Premiers Peuples pendant longtemps!

Mais cette nécessité d’avoir les moyens de nous défendre ne doit pas nous faire souscrire à un militarisme des plus destructeurs, ni à ce que l’État colonial canadien augmente l’empreinte de son bras armé sur notre territoire!

Car cette idée de base navale dans l’estuaire relève d’une logique de réarmement non pas pour protéger le territoire, mais pour aller livrer combat dans des conflits internationaux provoqués par les sociopathes au pouvoir qui enverront, une fois de plus, les prolétaires et les autres classes dominées mourir pendant qu’ils regarderont la valeur de leurs portefeuilles d’actions de marchands de mort exploser.

Et comme l’amiral Bonhomme qui cherche à confondre les sceptiques a désigné Rimouski comme emplacement potentiel avec Baie-Comeau, les maires Guy Caron de Rimouski et Michel Desbiens de Baie-Comeau (de même que Daniel Côté de Gaspé!) se sont lancés dans une mini-campagne de putass… de surenchère pour convaincre la Marine de venir parquer ses vaisseaux de guerre dans le Saint-Laurent.

On veut évidemment aller chercher l’argent public qui vient avec ce genre de projet et reconnaissons que la présence de matelots en ville fera fleurir l’économie (surtout les bars et les clubs de danseuses).

Tout ça alors qu’on apprend dans Le Devoir, sous la plume de l’indispensable Alexandre Shields, que Marinvest Energy cherche justement à relancer un projet de gaz naturel liquide à Baie-Comeau!

La faune et la flore marine qui tiennent notre écosystème à bout de bras?

Pas important, du moins pas autant que l’économie et la « défense »!

Nécromancie politique

Pendant ce temps, on a Éric Duhaime qui, tel un nécromancien, tente de posséder le cadavre politique de Maïté Blanchette Vézina dans la circonscription de Rimouski en s’associant à madame l’ex-ministre de la privatisation des ressources naturelles pour critiquer le projet de « constitution » porté par l’équipe de gérants des ventes du Québec au plus fort la poche. Disons qu’elle est quand même bien placée pour servir de lubrifiant parlementaire au Parti conservateur du Québec tant elle a les deux mains sur la manette de la machine à privatiser notre demi-pays et à vendre nos ressources, dont nos forêts, aux plus offrants, ce que ferait avec entrain un gouvernement conservateur mené par un agent d’influence de l’impérialisme états-unien.

Et tandis que le monde se remilitarise et que la droite radicale la plus mortifère gagne du terrain jusque chez nous, les nationaleux qui ont fini d’usurper les derniers racoins progressistes du Parti québécois cherchent encore à nous convaincre que l’immigration et le wokisme sont les plus grands obstacles et une menace existentielle à l’accession du Québec à l’indépendance!

J’imagine que ce sont les immigrants et les anarchistes qui sont la cause des menaces de fermeture des urgences à Trois-Pistoles et à Pohénégamook!?

En tout cas, eux, ils se sont mobilisés massivement pour tenter de les sauver!

Je le dis et je le répète – une révolution sera nécessaire, et ce sont les possédants qui en décideront le ton.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Transformations en cours : on ne peut plus enseigner comme si de rien n’était
    Du 7 au 10 janvier 2026, une délégation du Cégep de Rimouski et de l’UQAR participait aux États généraux « Transformations en cours – l’enseignement pour la transition écologique et sociale » au Collège Montmorency à Laval. Plus de 250 personnes étudiantes, enseignantes et conseillères en environnement y ont réfléchi au rôle de l’enseignement supérieur face à la crise socioécologique. Nous avons mesuré l’ampleur d’un décalage : nos institutions parlent de transition, mais nos structures d’ens
     

Transformations en cours : on ne peut plus enseigner comme si de rien n’était

14 avril 2026 à 10:35

Du 7 au 10 janvier 2026, une délégation du Cégep de Rimouski et de l’UQAR participait aux États généraux « Transformations en cours – l’enseignement pour la transition écologique et sociale » au Collège Montmorency à Laval. Plus de 250 personnes étudiantes, enseignantes et conseillères en environnement y ont réfléchi au rôle de l’enseignement supérieur face à la crise socioécologique.

Nous avons mesuré l’ampleur d’un décalage : nos institutions parlent de transition, mais nos structures d’enseignement continuent trop souvent de fonctionner comme si la crise n’existait pas. En traitant l’urgence socioécologique comme un thème parmi d’autres, on produit de l’impuissance, de l’indifférence et du cynisme. Julia Posca, chercheuse à l’IRIS, a rappelé que toutes les transitions ne se valent pas : il y a la transition « verte » souvent cosmétique, la managériale pilotée d’en haut et la transition réellement transformative, qui accepte de toucher au pouvoir, aux inégalités et aux limites planétaires. Si la transition reste un projet de gestion, elle échouera. Si elle devient un projet démocratique, elle peut ouvrir des possibles.

Le modèle éducatif dominant, individualiste et compétitif, est incompatible avec la coopération, la sobriété et le partage que la transition exige. On demande aux personnes étudiantes de performer dans un système fondé sur l’accumulation tout en espérant qu’elles puissent penser la rareté et les limites planétaires. C’est une contradiction structurelle. C’est dans cette incohérence que se trouve la radicalité dont on taxe les mouvements pour la justice climatique. Nous la vivons au travail : programmes chargés, manque de temps reconnu, injonctions administratives, attentes en matière d’« innovation » technique.

Angela Barthes, professeure en sciences de l’éducation et de la formation à l’Université d’Aix-Marseille, a mis des mots sur ce malaise : l’enjeu n’est pas seulement d’ajouter des contenus environnementaux, mais de repenser les curricula, la didactique, l’évaluation. Le problème contemporain n’est pas tant la passivité que l’impolitisme, l’incapacité de « se positionner, voire de se défendre face à des situations d’injustice1 ». C’est traiter des enjeux politiques comme des questions techniques, individuelles ou neutres en évacuant rapports de pouvoir, intérêts économiques et responsabilités collectives. Former sans politiser les enjeux produit de la résignation et désarme intellectuellement celles et ceux qui devront transformer ce monde.

Le collectif étudiant Hautes études post-croissance (HEPC) à HEC Montréal a montré qu’il est possible de politiser un milieu ultra-performant sans tomber dans la marginalité ou le repli militant. Par l’autogestion, la prise de décision par consensus et l’intelligence collective, ces étudiantes et étudiants ont bâti un espace de réflexion critique sur la croissance économique. Ils et elles ont créé des alliances avec des profs, investi les instances institutionnelles, occupé l’espace du campus et forcé l’ouverture de débats que la direction aurait préféré éviter. Les personnes étudiantes ne sont pas citoyennes « en devenir », mais des citoyennes et des citoyens dont la voix doit compter dans les choix qui orientent nos établissements.

Il n’y aura pas de transition sans justice. Le système éducatif actuel contribue à reproduire une vision qui sépare l’humain de son milieu, hiérarchise les savoirs et invisibilise les expériences des peuples autochtones et des communautés les plus touchées par la crise. Selon Émilie Deschênes, professeure en éducation et en gestion de l’éducation en contextes des Premières Nations et Inuit à l’UQAT, décoloniser n’est pas ajouter quelques contenus « culturels », mais redistribuer le pouvoir, recomposer nos façons d’enseigner, de gouverner et de produire les connaissances et accepter que nos institutions deviennent aussi des espaces d’écoute, de réparation, d’apprentissage collectif. On ne répondra pas à une crise issue de l’extraction, de la dépossession et des inégalités environnementales avec les mêmes logiques qui l’ont produite.

Il faut s’assurer que chaque personne diplômée comprenne les causes, les impacts et les dynamiques sociales de la crise; on doit obtenir un soutien institutionnel réel plutôt que de nous reposer uniquement sur le « bénévolat » de profs motivées et motivés; on doit briser les silos disciplinaires; développer des projets ancrés dans le territoire… Selon Isabelle Arseneau, titulaire de la Chaire de recherche en éducation transformatrice pour l’engagement climatique (UQAR), « il ne suffit plus de transmettre des connaissances : il faut apprendre aux personnes étudiantes à problématiser des situations complexes, […] à développer un rapport émancipé aux savoirs et à s’engager dans des projets concrets qui transforment réellement leur milieu ». Patricia Nourry, enseignante de philosophie au Cégep de Trois-Rivières et chargée de projet en écologisation, a montré, avec sa pédagogie des communs2, que la transition se joue aussi dans les liens, avec le cœur. Créer des projets interdisciplinaires utiles à la communauté, apprendre à décider ensemble, faire place aux émotions (indignation, joie, sentiment de puissance collective) redonnent du sens à l’apprentissage.

Nous voulons que cela se traduise concrètement dans notre milieu. Ouvrons des espaces de discussion syndicale et portons des revendications claires : du temps reconnu pour l’écologisation, des communautés de pratique soutenues, des projets-pilotes structurants et une place réelle pour les personnes étudiantes dans les décisions. Comme le mentionnait Isabelle Arseneau, nous revenons chargées et chargés d’un « espoir pratique : nous décidons de nous confronter non pas à la fin du monde, mais à la fin du monde tel que nous le connaissons », en commençant par notre travail. Et nous n’avons aucune intention de mener cette bataille chacun de notre côté.  

La version longue de ce texte a été publiée dans La Riposte, journal du Syndical des enseignantes et enseignants du Cégep de Rimouski (https://www.seecr.quebec/journal-la-riposte).  

1. Angela Barthes, « Quels curricula d’éducation au politique dans les questions environnementales et de développement? » Éducation et socialisation, no 63, 2022, https://doi.org/10.4000/edso.18744

2. « […] “les communs” désignent des groupes de citoyennes et de citoyens qui, sur une base autonome, cherchent à produire, à partager et à gérer collectivement des biens, des ressources et des services nécessaires à leur épanouissement, et ce, dans divers domaines […] », explique Marie-Soleil L’Allier dans « Les “communs”, un autre mode d’organisation sociale », 2023, https://actualites.uqam.ca/2023/les-communs-un-autre-mode-dorganisation-sociale/

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Réflexion sur La justice face aux incrédules
    Carlos Barra est un cœur qui parle. Depuis 2018, Monsieur Barra s’active à rassembler ses milliers de poèmes en solitaire, mais accompagné par tous les souvenirs des personnes qui ont jalonné sa vie. Originaire du Chili, Carlos Barra cherche du soutien pour la rédaction de son recueil de proses et poésies. Il vit seul et est à la retraite, aux alentours de Montréal, à la périphérie de l’île. Vous pouvez écrire à l’équipe du Mouton Noir qui s’occupera de lui transmettre votre message. Soutenons l
     

Réflexion sur La justice face aux incrédules

13 avril 2026 à 12:26

Carlos Barra est un cœur qui parle. Depuis 2018, Monsieur Barra s’active à rassembler ses milliers de poèmes en solitaire, mais accompagné par tous les souvenirs des personnes qui ont jalonné sa vie. Originaire du Chili, Carlos Barra cherche du soutien pour la rédaction de son recueil de proses et poésies. Il vit seul et est à la retraite, aux alentours de Montréal, à la périphérie de l’île. Vous pouvez écrire à l’équipe du Mouton Noir qui s’occupera de lui transmettre votre message. Soutenons l’initiative de Carlos Barra.

Il n’existe pas de vérité chez l’incrédule.

Les incrédules naïfs et leur légèreté intellectuelle croient aux mensonges.

Les incrédules naïfs peuvent facilement devenir les ennemis de la vérité.

Leurs démonstrations de la vérité sont négligées. Ne supposez pas qu’ils soient des incrédules soumis à la manipulation des accusateurs.

Les incrédules les plus dangereux sont ceux qui…

Qui exercent leurs fonctions au sein des tribunaux de justice.

Les aveugles incrédules peuvent se métamorphoser.

En tant qu’instruments de représailles.

Les incrédules sont responsables de l’absence de justice.

Incrédules, à la recherche de la condamnation.

Ignorants les principes essentiels de la justice.

Bref, le code des criminels est devenu le mana de l’abus.

La justice, pour un grand nombre de citoyens, est trop lente, trop coûteuse, trop complexe, voire inaccessible.

L’absence de l’assistance d’un avocat qui ne veut pas vous représenter car il ne répond qu’en silence, comme le 40 environ, contacté parce que je soupçonne d’être sur une liste noire. Sûrement illégal vous me direz.

Et, qui pensez-vous qui peut influencer des milliers d’avocats au Québec à ne pas te représenter ?

Alors, comment faire ?

Sans connaissance sur les droits aux recours et sur les procédures, cela compromet sans aucun doute les droits minimaux de faire valoir et revendiquer une justice nécessaire.

Une atteinte à la charte des droits et libertés de la personne, une atteinte à la constitution canadienne.

Mais, il est quasiment impossible, quand on te colle dans le front un numéro de dossier et une prescription de 30 jours et les 30 jours écoulés en détention.

Et le responsable de la Défense qui n’a jamais fait aucune objection en préférant être collaborateur et en bon terme avec la couronne.

Et sans connaissance du dossier qui disparaît dans la nature et lui qui ne répond à aucun appel et tout cela avec des ordonnances abusives sous l’ombre de l’immunité et de l’impunité.

Qui ne respecte pas la charte des droits des citoyens n’ayant aucune gêne à réclamer des honoraires qu’ils ne méritent pas.

JE CROIRAI EN LA JUSTICE LE JOUR OÙ JE CONNAÎTRAI L’AVOCAT QUI N’A PAS PEUR DE DÉNONCER LES INJUSTICES

ET QUI SE BAT POUR LES PLUS VULNÉRABLES.

QUI FAIT PREUVE DE RIGUEUR, DE DIGNITÉ, D’HONNEUR, DE MORALITÉ,

DE RESPECT DE SON CODE DE DÉONTOLOGIE ET DE LA PLUS GRANDE INTEGRITÉ.

AVEC UN CŒUR DANS LA POITRINE QUE PERSONNE N’A RÉUSSI À CORROMPRE

AVEC SON ÂME dans un milieu dans lequel les apparences sont trompeuses.

Une personne, une personne humaine dont le cœur N’EST PAS UNE MACHINE À CALCULER DES SOUS ET DES BÉNÉFICES.

QUI SERA PAYÉE ADÉQUATEMENT, GÉNÉREUSE, À SA JUSTE VALEUR, AVEC ET POUR SES SERVICES.

J’ai connu une personne intègre qui me représentait, qui a réussi à partiellement m’aider avant de finir ce qu’elle avait entamé.

Elle était forcée à regret, contre sa volonté, de me laisser en arrière, forcée de me laisser tomber.

Mais, avec elle, elle m’a prouvé que tout est possible pour briser la chaîne de l’omerta.

Et de jamais perdre l’espoir.

Les honoraires excessivement onéreux d’avocat deviennent un obstacle à l’accès au système judiciaire.

Ceux qui me touchent, c’est de voir des photos de tant d’avocats souriant en photos de groupe qui ignorent tant de malheurs et destructions provoqués par un système avec lequel ils doivent travailler avec leurs collègues.

Si on réunissait toutes les larmes de personnes injustement accusées, il y aurait sur Montréal un tsunami de larmes qui submergerait les palais de justice.

Et, en banlieue, la rivière l’Achigan sortirait de son lit.

 Parce qu’il ne s’agit pas d’un individu à qui on détruit sa vie, à qui l’on criminalise, ostracise, isole, mais d’un groupe familial et social détruit disséminé anéanti.

 Qu’a été écrasé sans aucun remords ni compassion, où les principales victimes sont les enfants qui perdent leur parent.

C’est palpable, le phénomène d’osmose qui se produit avec la routine qui distord et aveugle, endormant leur jugement.

Et comme dans tout le milieu, ils se sentent protégés par leur investiture, et leur club social.

Les effets catastrophiques dans leur attitude, comportement et façon d’agir en coulisse, sur le résultat pour leurs clients qui ignorent à quoi s’attendre.

Ça m’amène à la conclusion simple, qu’aucune personne n’est à l’abri de se faire un jour, de manière inattendue, diffamer et accuser.

Ou la gang des incrédules va tout faire, très unie dans sa ténébreuse mission de faire condamner des citoyens.

Des futurs clients qui vont continuer à faire rouler et utiliser cette machine à sous.

Dans cette société de consommation, saviez-vous combien d’argent produit le commerce à travers le Québec dans UN SEUL établissement de détention avec une moyenne de 400 « PERSONNES » par année ?

Une moyenne d’achat minimal pour les plus pauvres par semaine, c’est de 50,00 $.

Le montant de 1 040 000 $ par année.

Soit 20 000 par semaine.

Environ 30 000 personnes détenues à travers le Québec, des personnes qui sont en détention.

Imaginez-vous ce que cela représente, combien à travers le Canada !!

50 $ par semaine pour les plus défavorisés, les plus riches peuvent acheter 100 $ ou 200 $ qu’ils vont partager avec leur  »pote ».

Ça s’appelle la cantina, comme de fois le manger, n’est pas trop appétissant.

Par semaine : 50 $ x 30 000 = 1 500 000 $ x 78 000 000 $ en consommation en nourriture et divers par an.

$ 78 000 000 $ de consommation des personnes détenues, ça fait rouler l’économie.

Les manufactures pour différents objets de consommation,

Ça représente des milliers d’emplois à tous les niveaux de la société créés à cause de personnes détenues, alors il continue à contribuer à la société malgré tout.

Dernièrement, je rencontre pour consulter dans un cabinet un jeune avocat tout frais sorti de l’université qui n’est pas encore touché par l’ambition de devenir riche sur la misère humaine.

Demi-heure : 450 dollars.

450 $ dollars, il s’explique qu’il ne charge pas, c’est le cabinet et ses tarifs…

Pendant que les travailleurs travaillent 40 heures par semaine et gagnent brut 644 $, 16,10 $ de l’heure.

Alors comparons un avocat par cabinet à 40 heures par semaine qui charge 450 pour une demi-heure : ça, voici l’équivalent de 900$ de l’heure = 36 000 $ en 40 heures, un commerce lucratif.

Imaginez-vous quand il y a 40, 50, 60 avocats dans le même cabinet ?

Comment avoir accès à la justice??

Nota Bene : Je tiens à souligner que ce témoignage constitue une coïncidence fortuite entre le destin et la réalité.

Réflexion sur La justice face aux incrédules. Une autre opinion et une autre vision sur la justice…

Les incrédules naïfs peuvent facilement devenir les ennemis de la vérité.     

  • Carlos Barra, un écrivain infiltré dans l’enfer, 30-03-2026
  • ✇Journal le Mouton Noir
  • À la recherche de l’humain derrière la machine
    Il fut un temps où les institutions publiques étaient conçues comme des remparts, des structures au service de l’humain, capables de protéger, d’encadrer et de soutenir les individus dans leurs moments de plus grande vulnérabilité. Aujourd’hui, ce fondement semble s’effriter, au point où l’on peut légitimement se demander si ces mêmes structures n’ont pas progressivement dérivé vers une logique de fonctionnement autonome, parfois déconnectée de leur mission première. Ce glissement ne s’est pa
     

À la recherche de l’humain derrière la machine

9 avril 2026 à 09:38

Il fut un temps où les institutions publiques étaient conçues comme des remparts, des structures au service de l’humain, capables de protéger, d’encadrer et de soutenir les individus dans leurs moments de plus grande vulnérabilité. Aujourd’hui, ce fondement semble s’effriter, au point où l’on peut légitimement se demander si ces mêmes structures n’ont pas progressivement dérivé vers une logique de fonctionnement autonome, parfois déconnectée de leur mission première.

Ce glissement ne s’est pas opéré dans le chaos, ni dans la rupture, mais dans une forme de continuité silencieuse, alimentée par l’accumulation de règles, de protocoles et de mécanismes administratifs qui, en cherchant à encadrer, ont fini par rigidifier. À mesure que les systèmes se sont structurés, ils se sont aussi éloignés du terrain, de la complexité des situations humaines et de la nuance nécessaire à toute intervention juste.

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si le système fonctionne, car il fonctionne. Il produit des décisions, il traite des dossiers, il génère des résultats. La véritable question est ailleurs : fonctionne-t-il encore pour ceux qu’il est censé protéger ?

Car derrière chaque décision institutionnelle, il n’y a pas uniquement des faits à analyser, mais des réalités humaines qui ne se résument pas à des grilles d’évaluation. Des enfants, des familles, des parcours de vie entiers se retrouvent influencés, parfois transformés, par des décisions prises dans un cadre où la conformité peut, à certains moments, primer sur la compréhension.

Ce décalage, de plus en plus perceptible, ne relève pas uniquement de cas isolés. Il s’inscrit dans une dynamique plus large, celle d’un système qui tend à se refermer sur lui-même, à se protéger, à se justifier, plutôt qu’à se remettre en question en profondeur lorsque ses effets deviennent problématiques.

C’est ici que le malaise s’installe.

Non pas dans l’existence d’erreurs, car aucun système n’en est exempt, mais dans la difficulté à reconnaître ces erreurs, à les corriger et à en tirer des apprentissages réels. Lorsque les mécanismes de rétroaction s’affaiblissent, lorsque les critiques sont perçues comme des menaces plutôt que comme des leviers d’amélioration, le système cesse progressivement d’évoluer.

Dans ce contexte, une question fondamentale s’impose : À partir de quel moment un système de protection cesse-t-il de protéger pour commencer à se protéger lui-même ?

Car un système qui priorise sa stabilité au détriment de sa mission finit inévitablement par perdre sa légitimité aux yeux de ceux qu’il est censé servir.

La réponse ne se trouve pas uniquement dans des réformes ou des ajustements structurels. Elle réside dans une capacité collective à réintroduire de la réflexion, de la nuance et surtout de l’humain au cœur des décisions.

Parce qu’au-delà des cadres, des lois et des procédures, une société se mesure aussi à sa capacité à ne pas perdre de vue l’essentiel :

L’humain derrière chaque dossier.

  • ✇Mes signets
  • L’ère de l’hyperpolitique, une conversation avec Anton Jäger
    L’un des penseurs les plus brillants de la nouvelle génération a inventé un concept qui semble capturer parfaitement la séquence que nous traversons. Comment vivre à l’âge d’une politisation extrême, de plus en plus radicale — mais sans les cadres de la politique ? Anton Jäger présente la thèse de son dernier livre : l’hyperpolitique. — Permalien
     

L’ère de l’hyperpolitique, une conversation avec Anton Jäger

5 avril 2026 à 00:48
L’un des penseurs les plus brillants de la nouvelle génération a inventé un concept qui semble capturer parfaitement la séquence que nous traversons. Comment vivre à l’âge d’une politisation extrême, de plus en plus radicale — mais sans les cadres de la politique ? Anton Jäger présente la thèse de son dernier livre : l’hyperpolitique.
Permalien

Est-ce que ça sert encore de se mobiliser ? - Les idées larges avec Anton Jäger - Regarder l’émission complète

5 avril 2026 à 00:39
Dans son dernier livre, Anton Jäger, historien des idées politiques, tente de comprendre ce paradoxe : alors qu’il n’a jamais été aussi facile, grâce aux réseaux sociaux, de se mobiliser en masse, les mouvements sociaux ne semblent jamais arracher de vraies conquêtes. Comment la culture politique s’est-elle transformée ? Pourquoi nous sentons-nous aussi impuissants ?
Permalien
  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Lettre à la rédaction d’un médecin immigrant sorti d’un roman de Camus
    Ayant quitté les miasmes d’Oran pour les briques rouges de la Petite-Italie, je croyais, dans mon ingénuité de médecin exilé, que la peste n’était qu’un vestige de l’histoire. Je découvre ici, entre les étals colorés du Marché Jean-Talon où l’abondance des fruits semble masquer la disette des soins, une pathologie bien plus subtile : une langueur administrative où le salut du patient est indexé sur la répétition de ses visites. Mon cabinet, niché à l’ombre des clochers de l’église Notre-Dame-
     

Lettre à la rédaction d’un médecin immigrant sorti d’un roman de Camus

31 mars 2026 à 08:49

Ayant quitté les miasmes d’Oran pour les briques rouges de la Petite-Italie, je croyais, dans mon ingénuité de médecin exilé, que la peste n’était qu’un vestige de l’histoire. Je découvre ici, entre les étals colorés du Marché Jean-Talon où l’abondance des fruits semble masquer la disette des soins, une pathologie bien plus subtile : une langueur administrative où le salut du patient est indexé sur la répétition de ses visites.

Mon cabinet, niché à l’ombre des clochers de l’église Notre-Dame-de-la-Défense, m’a vite enseigné l’art de la « temporalité thérapeutique ». Un patient se présente-t-il avec une simple éruption fongique ? Le bon sens commanderait de lui remettre le tube salvateur et de passer au suivant. Mais le système, dans sa grande sagesse, ne rémunère pas la guérison, il rémunère la présence. On prescrit d’abord un produit en vente libre. Le pharmacien, complice malgré lui, demande alors une modification pour que l’assurance assume les frais. Le patient revient. Je vois son tube presque vide, mais je garde le silence sur le renouvellement. Pourquoi hâter les choses ? Qu’il revienne une troisième fois.

Faisons le compte, cette arithmétique de l’absurde : le patient aura déboursé 20 $, l’assureur 40 $, et la Régie me versera environ 150 $ (à raison de quelque 50 $ par visite) pour une simple crème. En Inde, ce même patient aurait obtenu son onguent pour 200 roupies (4 $) chez le premier apothicaire venu, sans même solliciter un spécialiste qui, lui, ne lui en aurait coûté que 10 $.

Mais ici, le progrès est un chemin de croix. J’ai vu un homme porter une tumeur précancéreuse, une promesse de mort encore évitable. Il a attendu six mois pour un simple appel de rendez-vous. Dans cet intervalle souverain, le bénin est devenu malin. Ce patient coûte désormais 50 000 $ au système, mais il a reçu sa sentence capitale dans les règles de l’art. Et ne parlons pas du téléphone : demander un renouvellement par appel est un tabou strictement religieux. Le médecin de famille est une idole que l’on ne peut consulter qu’en personne, au prix d’une journée de travail perdue pour le fidèle.

Parfois, je regrette ces journées de poussière en Algérie. Certes, la peste rôdait, mais le médecin vous envoyait une bouffée de tabac au visage en guise de remède, produisait un onguent de sa sacoche lors d’une visite à domicile et l’affaire était classée. Ici, nous avons le progrès, nous avons les statistiques, et nous avons le temps — surtout celui de mourir en attendant que le dossier progresse.

Le Canada avance, d’un pas lourd et assuré, vers un horizon où le coût de la vie est surpassé par le prix de la survie bureaucratique.

Note : Ceci est une œuvre de fiction satirique.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Pour un Québec en tabarnak!
    Être bucké à protéger la langue française, c’est en faire une langue de bois, une langue de musée, une langue nostalgique du PQ des années 70 et au final une langue morte. Parce que le temps passe qu’on le veuille ou non. Défendre la langue française comme y’a cinquante ans, c’est comme s’accrocher très fort aux poignées d’un tapis roulant sans bouger les pieds – t’as juste l’air cave et tu risques de te péter la gueule! Pour moi, la seule façon de garder le français et surtout la culture qué
     

Pour un Québec en tabarnak!

23 mars 2026 à 10:25

Être bucké à protéger la langue française, c’est en faire une langue de bois, une langue de musée, une langue nostalgique du PQ des années 70 et au final une langue morte. Parce que le temps passe qu’on le veuille ou non. Défendre la langue française comme y’a cinquante ans, c’est comme s’accrocher très fort aux poignées d’un tapis roulant sans bouger les pieds – t’as juste l’air cave et tu risques de te péter la gueule!

Pour moi, la seule façon de garder le français et surtout la culture québécoise vivante – et pas juste une langue de loser qui ont peur de leur ombre – c’est de recommencer à faire du joual! Laisser la langue vivre sa vie sans essayer de l’emprisonner dans les barreaux de l’isolationnisme du toujours pareille. Embrasser un nouveau joual qui accueille les évolutions créoles de la langue et invite les autres cultures à enrichir un nouveau « nous » québécois. 

Parce que le français d’icitte y’a jamais été pur, ça toujours été une courte pointe rapaillée – de Bretagne, de Normandie, d’Irlande et puis de Grèce et d’Italie. Et pis crisse, le mot « Québec » on va pas se mentir à base y’est algonquin.

Alors, le français décline : que cela ne tienne, il faut faire des Michel Tremblay et des Michèle Lalonde de nous même! Pas se mettre à dire comme les autres colons : « Speak white t’au Québec icitte! ». Que ce soit Céline ou Xavier Dolan y’ont pas peur de leur montrer de quel bois elle se chauffe la culture québécoise. Ça s’ostine pas sur le fétichisme de la langue proprette, mais ça se salit pour quelle vive la culture.

Je m’en câlisse que Simple Plan ou Dead Obies chantent en anglais – si tu fais toute en français, mais la même estie d’affaire qu’aux États, bin est déjà morte la culture québécoise. Et il me font chier raide les souverainistes qui me rabbachent les oreilles avec les taux d’immigration et leurs « bonjour hi » et qui écoutent du Netflix, du Spotify et du Instagram ou que ça magasine au Walmart et au Costco. Ça s’appelle parler la bouche plein de marde et de la marde américaine en plus!

Si toute cet argent là était mise en culture, bin y’en aurait pas de problème de langue pis d’identité nationale triste dans son ptit coin : les chinois-e-s, les arabes, les haïtien-ne-s du pays ça slammeraient en français, ça ferait des jokes et des Tiktok en français, ça dirait « pantoute », « talheure » ou « retontir » comme d’autres disent « bro » ou « wesh ». Et peut-être que ça serait avec un différent accent, mais ça serait bin beau de même!

Un Québec en tabarnak plutôt que sur la défensive serait déjà en train de se libérer de l’impérialisme anglais parce qu’on s’en sacrerait complètement d’acheter leurs coccins chipettes ou leurs séries prémâchées! Ce Québec-là se nourrirait de ce qui existe de bigarré « chez nous » et se solidariserait avec les autres opprimé-e-s pour grandir et gagner en résistance. On aurait envie de le rejoindre et pas juste de le craindre comme un bully avec ces ami-e-s toutes pareilles. On aurait pas besoin d’une constitution de crapules en cravate et on mettrait notre énergie pour que la jeunesse puisse juste croire en un futur.

Et, on aurait pas à faire de l’indépendance sur le dos du monde dont les parents sont arrivés icitte avant que je sois né. Des québécois-e-s qui vont juste pas se reconnaître dans un référendum pur laine – achetée sur Amazon ou Market Place ta laine? – et moi non plus. Je passerais pas quatre chemins pour le dire : en faisant boutique aux politiques à courte vue d’à côté, on se magazine juste un troisième « non » à pleurnicher pendant les vingt prochaines années comme PSPParizeau.

La morale c’est que quand tu veux plus accueillir du monde chez vous, c’est que t’es pu fière du ménage que t’as pas faite. Alors, siouplaît ciboire donnez-moi un Québec dont je puisse un peu être fière!

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Indépendance ou égalité? L’œuf ou la poule ou le PQ au bout du rouleau
    Avant la naissance du PQ, l’indépendance du Québec était une idée large. Il y avait bien sûr quelques nationalistes old-school adeptes du « maudits anglais », mais  à gauche émergeaient des adeptes d’un mouvement internationaliste et décolonial basé sur une lecture marxiste et pour qui l’ennemi est l’impérialisme. Syndicats, RIN, mouvements ouvriers, artistes forment une gauche indépendantiste avec, tout au bout, le FLQ, solidaire des luttes de décolonisation en Afrique et en Amérique du Sud.
     

Indépendance ou égalité? L’œuf ou la poule ou le PQ au bout du rouleau

11 mars 2026 à 14:39

Avant la naissance du PQ, l’indépendance du Québec était une idée large. Il y avait bien sûr quelques nationalistes old-school adeptes du « maudits anglais », mais  à gauche émergeaient des adeptes d’un mouvement internationaliste et décolonial basé sur une lecture marxiste et pour qui l’ennemi est l’impérialisme.

Syndicats, RIN, mouvements ouvriers, artistes forment une gauche indépendantiste avec, tout au bout, le FLQ, solidaire des luttes de décolonisation en Afrique et en Amérique du Sud. Comme elles, le front sera aussi un terrain d’émancipation pour des corps de police en mal d’héroïsme.

Idéateurs de cette gauche séparatiste : Charles Gagnon (du Bic) et Pierre Vallières. Frères de combats, clandestins, prisonniers, ils divergent pourtant d’opinion sur la primauté des choses. Si Gagnon attend le « grand jour » où la révolution prolétarienne mènera à l’indépendance, Vallières croit que la « conscience nationale » est la base d’une société libre. L’œuf ou la poule.

1972, Vallières se rallie au PQ et publie L’Urgence de choisir, un pamphlet qui invite la gauche à rallier les rangs du PQ.  Gagnon, lui, publie Pour le parti prolétarien, manifeste qui tire à plein feu sur les orientations du PQ, qualifiant Parizeau et Lévesque de fils spirituels de Duplessis. En entrevue, il assène : « Ya rien de pire que les nationalistes pour attaquer la classe ouvrière. »

Mais, dès 1972, quand Morin annonce que « les gauchistes, les anarchistes, les marxistes n’ont pas à s’attendre à un régime de faveurs dans un Québec indépendant », le mariage bat de l’aile entre Vallières et le PQ. En 1978, déçu, honteux, rageur, Vallières publie Les scorpions associés, ouvrage qui, sous forme de lettres adressées au premier ministre, exprime sa déception face aux orientations du PQ. On y lit :  « On est désagréablement surpris de voir le PQ déserté par plusieurs éléments de son aile gauche. Ce net glissement à droite laisse prévoir de sérieux conflits avec les syndicats […], de plus, il décourage les intellectuels, les étudiants, les écologistes et les féministes qui espéraient un bond en avant dans la conscience politique. » Dont acte.

Si le personnage Lévesque réussit à rassembler par sa simplicité et sa rigueur intellectuelle, les investitures post-Lévesque couronnent inévitablement des riches, des économistes, des gens du Québec INC., symboles mêmes du pouvoir impérialiste avec leurs grosses baraques, leurs majordomes et leurs complets cinq pièces. Johnson, Parizeau, Marois, ça boit pas de la bière flatte. Et Péladeau. Vous avez aimé l’Italie?

PSPP

40 ans après le départ de Lévesque, PSPP semble bien décidé à assumer l’image de nationaliste de la nouvelle droite, jeune, propre et décomplexée. Car aujourd’hui, on fait la politique du sondage, et qui c’est qui cartonne? C’est Jordan Bardella. Le facho présentable, porte-voix d’une droite populiste qu’on retrouve aussi bien en France, dans les médias Bolloré, ici dans le Journal de M, et des fois à TLMEP, au sud, dans la bouche du président.

Un modèle de marketing politique punché

Au diable l’équité, les bons sentiments de la gauche, on part un show de boucane, on lance l’œuf et on jacasse avec la poule que c’est la faute des minorités, des immigrants, des universitaires qui sont biaisés, blablabla… Comme Trump, il envoie des diarrhées, dans une rhétorique qui prouve sa méconnaissance des enjeux dont il parle et qui font preuve de son désir de diviser, de faire la « wedge politic ». On reprend le moulin à vent woke …

Quand je l’entends, ça me rappelle ce sketch d’Yvon Deschamps, sur la situation du français où il finit par dire que s’il veut éviter l’assimilation c’est parce que, je le cite : « Moi, mes enfants, y sont épais! Y s’ront jamais capables d’apprendre l’anglais. »

Quand PSPP nie l’existence du racisme systémique (qu’il a reconnu il y a quelques années – comme Doug Ford, le gauchiste), quand il s’attaque à l’intégrité des chercheurs financés par le fédéral, à la « loyauté » des artistes, je me dis qu’il nous prend vraiment pour des épais. La preuve qu’il a tort : ce journal reçoit des revenus publicitaires du gouvernement du Québec et je peux écrire : Va chier PSPP!!

Avec une moyenne de 17 k$ de revenu annuel, avec le soutien des deux gouvernements, ils sont morts de faim, Paul, les artistes loyalistes. Et de toute façon quand un gouvernement croit pouvoir dicter un code moral à ses créateurs, là il faut appeler une poule Poule Pot (rire mitigé).

Allons, Paul. Je le sais au fond que tu n’es pas un parfait imbécile – personne n’est parfait. Tu n’es sans doute pas méchant, non plus. Alors, svp arrête de jouer ce personnage grossier.

Parce que l’histoire que tu nous racontes là, ça finit par « Quelque chose comme un ti-peuple ».

C’est moi ou la poule pond des œufs bruns.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • CONTRÔLE BIOLOGIQUE SÉLECTIF DES INSECTES PIQUEURS?
    Voilà une phrase parfaitement formulée pour séduire une population encore peu informée sur ce qu’est réellement le Bacillus thuringiensis israelensis (Bti). Bienvenue dans le monde du marketing, de l’écoblanchiment et du lobbying. Décortiquons ce que chaque mot veut vraiment dire: CONTRÔLE : devrait plutôt être changé pour « pesticide » ou « insecticide » ou « larvicide », car le Bti est avant tout un produit utilisé pour détruire des insectes à la base de la chaîne alimentaire, ceux-là mê
     

CONTRÔLE BIOLOGIQUE SÉLECTIF DES INSECTES PIQUEURS?

8 mars 2026 à 13:26


Voilà une phrase parfaitement formulée pour séduire une population encore peu informée sur ce qu’est réellement le Bacillus thuringiensis israelensis (Bti). Bienvenue dans le monde du marketing, de l’écoblanchiment et du lobbying.


Décortiquons ce que chaque mot veut vraiment dire:


CONTRÔLE : devrait plutôt être changé pour « pesticide » ou « insecticide » ou « larvicide », car le Bti est avant tout un produit utilisé pour détruire des insectes à la base de la chaîne alimentaire, ceux-là mêmes qui nourrissent des insectivores comme des poissons, des oiseaux, les libellules et les batraciens. Pis encore, aucun contrôle n’est effectué par les instances gouvernementales sur les quantités résiduelles de Bti sur le terrain, après épandage. Pourtant, le Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, dans son dernier rapport sur le Bti “Orientation relative au contrôle des insectes piqueurs à l’aide du Bti” préconise le principe de précaution et l’utilisation d’alternatives, et ce, en raison d’études récemment publiées qui démontrent des effets directs et indirects du Bti sur d’autres espèces. Malgré cela, ce même ministère continue à émettre des autorisations aux municipalités et aux propriétaires privés.


BIOLOGIQUE : L’industrie, et même parfois des fonctionnaires, nous présentent le produit comme étant biologique, comme on a retrouvé cette bactérie naturellement dans le sol en Israël. Il faut savoir que les formulations utilisées ne comptent que pour environ 10 % du contenu en Bti et que pour rendre ce pesticide utilisable à grande échelle, l’industrie rajoute près de 90 % d’autres ingrédients, produits chimiques, notamment des agents de conservation, des surfactants et des agents de protection contre le rayonnement UV et on ne sait quoi encore! De plus, compte tenu de la législation sur le secret industriel, il est impossible pour les chercheurs indépendants des entreprises qui préparent les formulations commerciales de démontrer l’impact exact de ces additifs. Dans ce contexte, qui peut vraiment affirmer que le Bti est biologique?


SÉLECTIF : L’industrie prétend que le Bti ne tue que les moustiques et les mouches noires alors que c’est faux. Le produit affecte aussi, notamment, leur proche cousin, les chironomes (non-piqueurs), une espèce plus prolifique que les moustiques et qui se trouve, elle aussi, à la base de la chaîne alimentaire. Plusieurs études ont également démontré des effets directs néfastes sur des espèces comme certaines grenouilles.
INSECTES PIQUEURS : Des insectes qui piquent, il y en a une panoplie : les abeilles, les guêpes, les acariens, les punaises de lit, les taons, les tiques et j’en passe. Ces dernières années, ce sont les tiques qui nous menacent, et cela, bien plus que les moustiques et les mouches noires et le Bti n’a aucun effet sur les tiques. Lorsque l’industrie utilise le terme INSECTES PIQUEURS, il tend à induire un faux sentiment de sécurité chez les citoyens.


Personne n’aime les moustiques, mais TOUS, nous avons la responsabilité de protéger notre biodiversité régionale. C’est ce qu’ont fait plusieurs villes au Québec, dont Saint-Colomban, Labelle, Terrebonne (2022), Longueuil, Mont-Saint-Grégoire, Mirabel, Nicolet et Gatineau (2023), Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson et Bégin (2024), Repentigny et Blainville (2025); chacune de ces municipalités a choisi de se responsabiliser et de protéger la biodiversité en votant en faveur d’un arrêt définitif sur leur territoire de ces programmes d’épandages, injustifiés à tous points de vue. Il ne faut pas oublier qu’il y a de moins en moins d’insectes en général, incluant les moustiques et les mouches noires, et qu’il y a moyen de se protéger c.-à-d. d’éloigner ces espèces avec des répulsifs.

  • ✇Journal le Mouton Noir
  • Lettre ouverte: L’escalade des budgets militaires : une menace pour notre sécurité
    Le 17 février, Mark Carney a dévoilé la Stratégie industrielle de défense du Canada. Cette orientation majeure prévoit l’ajout de centaines de milliards de dollars en dépenses militaires, sans véritable débat public. Or, ce choix politique priorise l’économie de guerre au détriment d’investissements essentiels pour la population, y compris dans des régions comme le Bas-Saint-Laurent, où les besoins en logement, en infrastructures, en services publics et en adaptation aux changements climatiques
     

Lettre ouverte: L’escalade des budgets militaires : une menace pour notre sécurité

1 mars 2026 à 13:58

Le 17 février, Mark Carney a dévoilé la Stratégie industrielle de défense du Canada. Cette orientation majeure prévoit l’ajout de centaines de milliards de dollars en dépenses militaires, sans véritable débat public. Or, ce choix politique priorise l’économie de guerre au détriment d’investissements essentiels pour la population, y compris dans des régions comme le Bas-Saint-Laurent, où les besoins en logement, en infrastructures, en services publics et en adaptation aux changements climatiques sont bien réels. Une telle décision engage l’avenir social, économique et environnemental du pays.

Le Canada a accéléré l’augmentation de ses dépenses militaires afin d’atteindre la cible de 2 % du PIB exigée par l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Pour l’année 2025-2026 seulement, près de 45 milliards de dollars seront consacrés au ministère de la Défense nationale, un montant appelé à croître de façon soutenue.

Prendre autant d’argent dans le budget national a forcément des effets. Pour financer ces nouvelles dépenses, il faut soit couper ailleurs — dans la santé, l’éducation ou d’autres services — soit emprunter davantage, soit augmenter les impôts.

À titre comparatif, le ministère du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités dispose d’environ 9 milliards de dollars, celui de l’Environnement de 3,1 milliards et celui de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire de 3,9 milliards. Une seule année de dépenses militaires dépasse largement ces budgets réunis. Dans une région comme la nôtre, où le vieillissement de la population accentue la pression sur le réseau de la santé et où l’accès aux services spécialisés demeure un défi, chaque dollar retranché aux services publics a un impact concret sur la vie des gens mais aussi sur l’avenir des jeunes.

La Stratégie industrielle de défense prévoit la création de 125 000 emplois. Or, de nombreuses études montrent que les investissements dans le logement, la transition écologique, la santé, l’éducation et l’agroalimentaire créent davantage d’emplois par dollar investi, tout en répondant à des besoins fondamentaux. Dans le Bas-Saint-Laurent, où l’économie repose largement sur les services publics, l’agriculture, la transformation alimentaire, la forêt, l’économie maritime et la recherche, ces secteurs offriraient des retombées beaucoup plus structurantes et durables que l’industrie militaire.

L’augmentation fulgurante des dépenses militaires normalise par ailleurs un discours d’économie de guerre, alors que les droits et libertés démocratiques sont fragilisés ici comme ailleurs et que nous devons nous en inquiéter. Cette trajectoire comporte des risques sociaux, environnementaux et politiques importants.

L’argument sécuritaire invoqué pour justifier cette escalade repose sur des bases fragiles. On évoque la nécessité de réduire la dépendance envers les États-Unis, alors même que cette hausse des dépenses répond en partie aux pressions exercées au sein de l’OTAN. Les pays membres de l’OTAN représentent déjà plus de la moitié des dépenses militaires mondiales. L’histoire récente montre que la course aux armements accentue les tensions internationales et détourne des ressources essentielles à la prévention des crises réelles de notre époque.

Prétendre renforcer la sécurité en misant sur l’armement revient à négliger les causes profondes de l’instabilité mondiale : inégalités croissantes, exploitation des ressources, dérèglement climatique et insécurité alimentaire. La diplomatie, la coopération internationale, la répartition des richesses et un commerce réellement équitable, qui représentent une fraction du budget militaire, demeurent des moyens plus efficaces pour prévenir durablement les conflits.

Il faut aussi considérer l’impact environnemental considérable de l’industrie militaire, responsable d’environ 5,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre selon l’Observatoire des conflits et de l’environnement. La course aux minéraux critiques nécessaires à la production d’équipements militaires risque par ailleurs d’intensifier l’extractivisme, au Québec comme ailleurs, avec des conséquences sociales et écologiques importantes, notamment sur les populations paysannes et autochtones déjà grandement marginalisées et réprimées.

La véritable sécurité

Nous assistons actuellement à une mobilisation sans précédent en faveur de l’industrie militaire, qui bénéficie de puissants lobbys, d’un accès privilégié aux décideurs politiques et de programmes de soutien financier spécifiques.

Le gouvernement du Québec s’inscrit lui aussi dans cette orientation, en affichant clairement sa volonté de positionner la province comme un acteur majeur de l’industrie militaire et d’y consacrer des sommes importantes d’argent public.

La question n’est pas de savoir si le Canada doit assurer sa sécurité, mais de définir ce que nous entendons par sécurité. Une sécurité humaine et durable repose sur la satisfaction des besoins fondamentaux (se loger, se nourrir) pour tous et toutes, une économie résiliente et décarbonée, une agriculture locale forte, des services publics fonctionnels et de qualité notamment en éducation, culture et santé et une solidarité internationale active puisque nous sommes totalement interconnectés au reste du monde. Plus les inégalités sociales grandissent, plus nos environnements naturels se dégradent, plus l’eau et l’air perdent en qualité, moins nous sommes en sécurité.

La véritable sécurité ne passe donc pas par la fabrication d’armes toujours plus sophistiquées, mais par la co-construction de sociétés plus justes, plus solidaires et plus écologiques.

À l’heure où chaque dollar public compte et où la population subit de plein fouet la hausse du coût de la vie, à l’épicerie, pour se loger ou pour se déplacer dans un vaste territoire comme le Bas-Saint-Laurent, faire de l’industrie militaire le moteur de notre stratégie économique n’est ni une évidence ni une fatalité. D’autres choix sont possibles. Il est urgent d’ouvrir un véritable débat public sur cette orientation qui aura des répercussions importantes sur notre avenir collectif.

Le CIBLES est un organisme communautaire à but non lucratif basé à Rimouski depuis 2023. Il est membre du Collectif Échec à la guerre, de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) et du Regroupement québécois des groupes écologistes (RQGE).

N.B. Cette lettre est fortement inspirée d’une lettre ouverte co-rédigée par le CIBLES,  co-signée par 16 autres organisations et parue dans Le Devoir le 27 février 2026
https://www.ledevoir.com/opinion/idees/959679/escalade-militaire-menace-notre-securite

  • ✇Les carnets d'Anna Colin Lebedev
  • Le coût de la paix pour la Russie
    On parle souvent du coût de la guerre pour la Russie: en dépenses pour la défense, en impact des sanctions, en hommes. On ne réfléchit pas assez au coût inverse, celui du risque politique qu’entraînerait, pour le pouvoir russe, l’arrêt des combats. Quelques notes rapides pour évoquer cet aspect rarement abordé. Le premier risque politique est lié à la démobilisation des combattants actuellement engagés sur le front. La Russie a traité avec une grande violence l’ensemble des hommes qu’elle a
     

Le coût de la paix pour la Russie

14 février 2025 à 05:44

On parle souvent du coût de la guerre pour la Russie: en dépenses pour la défense, en impact des sanctions, en hommes. On ne réfléchit pas assez au coût inverse, celui du risque politique qu’entraînerait, pour le pouvoir russe, l’arrêt des combats. Quelques notes rapides pour évoquer cet aspect rarement abordé.

Le premier risque politique est lié à la démobilisation des combattants actuellement engagés sur le front. La Russie a traité avec une grande violence l’ensemble des hommes qu’elle a engagés dans la guerre. Les militaires sous contrat que comptait l’armée en 2022 ont été cloués au front par une transformation de leurs contrats en engagement à durée indéterminée, sans possibilité de démissionner. Les mobilisés, civils recrutés de force en 2022 et envoyés au front dans des conditions terribles, y demeurent toujours deux ans et demi plus tard. Les nouveaux soldats sous contrat bénéficient, certes, d’une rémunération confortable, mais ne sont ni correctement formés, ni correctement équipés, ni traités avec respect.
Démobiliser ces hommes, même en les glorifiant, et les laisser revenir dans la vie civile, c’est prendre le risque de voir le récit des facettes sombres de la conduite de la guerre se diffuser dans la société. C’est aussi devoir faire face à des centaines de milliers d’hommes qui pourraient en vouloir à leur pouvoir politique, qui sont profondément traumatisés, et qui savent désormais manier les armes. Le Kremlin a en partie conscience du problème et met en place de modestes politiques d’intégration des vétérans dans la vie civile, mais vu le contour de ces dispositifs, ils risquent de se révéler très insuffisants. Le pouvoir russe s’est refusé jusqu’à maintenant de démobiliser le moindre combattant et essaiera, autant que possible, de reculer le moment de la démobilisation.

Le second risque politique est la conséquence d’une transformation du système de rentes et de rétributions liées à la guerre. La croissance affichée par l’économie russe est une croissance nourrie par la conduite de la guerre. L’économie s’est recentrée sur la commande militaire, les actifs économiques ont été redistribués et réorganisés pour faire face aux sanctions. La guerre et les sanctions ont frappé beaucoup d’acteurs économiques, mais représentent également une nouvelle rente pour beaucoup d’autres. Si la Russie veut maintenir l’apparence de solidité économique et garder la loyauté des élites, elle ne peut se permettre, dans les années qui viennent, de sortir de ce modèle économique centré sur la conduite de la guerre.


Le troisième risque politique est celui des territoires qui resteraient sous occupation russe. L’expérience d’intégration des territoires saisis par la force par la Fédération de Russie se limite aujourd’hui à la Crimée; or, celle-ci a été annexée dans des conditions très différentes, avec un usage limité de la violence et les faveurs d’une partie de la population. Installer l’État russe sur les territoires conquis depuis 2022 sera un défi d’une autre taille, car la population de ces régions a une forte conscience de vivre sous occupation militaire. La violence, notamment contre les civils, y est considérable: le pouvoir russe n’a pas le consentement des habitants de ces régions. A certains égards, la situation risque d’y être plus proche de la Tchétchénie en 1995 que de la Crimée en 2014. C’est une guerre diffuse que la Russie devra conduire dans les territoires annexés.
Pour les républiques séparatistes du Donbass, j’ai beaucoup plus de difficultés pour l’instant à évaluer la situation et à faire des projections. Ces régions qui ont été dévastées et maltraitées depuis 10 ans, mais j’ai peu de sources fiables pour prendre le pouls de ce qui s’y passe et de la manière dont les habitants qui y vivent encore se projettent dans l’avenir.

Existe-t-il un risque réputationnel, où Poutine pourrait être accusé par son entourage de ne pas avoir atteint ses objectifs de guerre? Ce risque me semble limité, car en cas de cessez-le-feu ou d’un autre type d’accord, le pouvoir aura sécurisé sa victoire principale: arriver à faire admettre aux Occidentaux qu’ils sont impuissants face à la Russie.

Les trois risques structurels que j’ai pointés ici me semblent en revanche sérieux. Ils peuvent, me semble-t-il, amener la Russie à privilégier tout scénario où la guerre ne s’arrête pas vraiment, où le pouvoir peut garder un gros volume de forces armées mobilisé, investir dans la consolidation de l’industrie militaire et dans la production massive d’armes, maintenir une occupation militaire (plutôt qu’une administration civile) dans les territoires annexés.

On a souvent dit que la Russie n’avait pas intérêt à une négociation autre qu’une capitulation, parce qu’elle se voyait en train de gagner sur le front. Mais la Russie est aussi dans une situation politique interne qui la pousserait plutôt à éviter les scénarios de paix durable qui seraient paradoxalement aujourd’hui plus déstabilisateurs que la guerre. Le scénario le plus favorable au Kremlin, celui qui lui permettrait de garder le contrôle interne, serait celui d’une baisse de l’intensité de la guerre sans démobilisation, sans abandon de la rhétorique guerrière, et sans ralentissement de l’économie de guerre et du réarmement. Une guerre moins coûteuse en hommes et en armes, plus confortable pour l’économie, moins stressante pour la population, mais toujours une guerre.

Un cessez-le-feu instable et régulièrement violé serait peut-être le meilleur cadeau que l’on pourrait faire aujourd’hui au Kremlin.

  • ✇Les carnets d'Anna Colin Lebedev
  • Regarder vraiment le Bélarus
    Il n’a jamais été simple de parler du Bélarus en France sans tomber dans le cliché. La formulation « dernière dictature d’Europe » a encore été reprise par les médias aujourd’hui pour évoquer le scrutin présidentiel qui s’est tenu dimanche, et j’en veux un peu aux journalistes pour cette paresse intellectuelle.« Dernière dictature d’Europe » était une formule confortable pour se rassurer sur le processus de démocratisation qui aurait été en voie de généralisation sur le continent européen; certe
     

Regarder vraiment le Bélarus

27 janvier 2025 à 03:15

Il n’a jamais été simple de parler du Bélarus en France sans tomber dans le cliché. La formulation « dernière dictature d’Europe » a encore été reprise par les médias aujourd’hui pour évoquer le scrutin présidentiel qui s’est tenu dimanche, et j’en veux un peu aux journalistes pour cette paresse intellectuelle.
« Dernière dictature d’Europe » était une formule confortable pour se rassurer sur le processus de démocratisation qui aurait été en voie de généralisation sur le continent européen; certes, à des vitesses variables, mais quand-même quasiment certain. Le Bélarus faisait alors office d’épouvantail et de dernier bastion d’un monde en cours de disparition. Cela empêchait de voir les dynamiques réelles sur place (et de s’interroger par exemple sur la manière dont la stabilité, les politiques sociales et le progrès économique pouvaient atrophier la sensibilité politique). Cela faisait aussi du bien à l’égo européen.
Nous n’en sommes plus là aujourd’hui, bien évidemment, et dans un contexte de montée d’attractivité des autoritarismes, le Belarus est plutôt un cas d’école qui devrait attirer notre attention. Dire que l’élection présidentielle qui vient de s’écouler était un simulacre, c’est à la fois vrai et stérile, parce que c’est une manière de dire « point, à la ligne, on passe à autre chose » qui neutralise toute volonté de compréhension.
Malheureusement, la guerre conduite par la Russie contre l’Ukraine m’a empêché d’être suffisamment vigilante sur le Bélarus pour livrer une analyse approfondie. Ce que je dis est à prendre avec des pincettes; ce sont des pistes à creuser.
Un régime politique autoritaire fonctionne grâce à un certain dosage de coercition et d’adhésion; il doit non seulement mettre en place une répression suffisamment forte pour bloquer les oppositions, mais aussi distribuer suffisamment de bénéfices pour susciter l’adhésion. Plus le ratio est en faveur des bénéfices, plus le pouvoir est stable; plus il penche du côté répressif, plus le régime est fragile. Pendant longtemps, le régime politique du Belarus s’est attaché à distribuer beaucoup de bénéfices à la population, notamment à travers des politiques sociales, des politiques de développement et une promesse de stabilité et de prévisibilité. Les Bélarusses vivaient – économiquement – plutôt mieux que beaucoup de leurs voisins, et en avaient conscience. Le prix politique à payer apparaissait donc comme acceptable.
Evidemment, le soutien de la Russie était et reste l’exosquelette du régime bélarusse, aussi bien d’un point de vue politique qu’économique.
Les protestations massives de 2020 étaient intervenues dans le contexte d’une certaine fragilisation du modèle, et notamment d’une perception du régime comme moins protecteur, mais aussi en décalage avec les demandes de la société. Les répressions violentes qui ont suivi et qui se sont maintenues tout au long des années suivantes ont fait basculer le ratio répression/bénéfices en faveur de la répression. Cette période violente va compter dans l’histoire politique bélarusse: on ne le perçoit pas encore, mais elle a donné naissance à une expérience différente, moins marginale de l’opposition politique, de la répression et de la prison. Elle a aussi permis de structurer une opposition à l’étranger et de lui donner des canaux de prise de parole. Derrière les apparences de « il ne se passe rien », le Belarus est en réalité bien plus prêt qu’en 2020 à entamer une transition politique, avec une nouvelle génération de citoyens jetés avec violence dans la politique.
Cependant, et paradoxalement, c’est la guerre en Ukraine qui a redonné de la stabilité au régime bélarusse. En effet, dans un contexte où la Russie essaie de toutes ses forces de faire du Bélarus un cobelligérant, il y a des choses que Loukachenko a réussi à protéger. Certes, des unités armées russes et des complexes d’armement sont désormais basés au Belarus, qui sert de base aux attaques contre l’Ukraine. Cependant, aucune unité armée bélarusse ne combat aux côtés de la Russie contre l’Ukraine. Pensez au paradoxe: des soldats nord-coréens, mais pas de soldats bélarusses, alors que le pays se déclare être le plus proche allié de la Russie. Le territoire du Bélarus reste un territoire en paix. Cela, les citoyens savent qu’ils le doivent en partie à Loukachenko… mais aussi en partie aux Ukrainiens qui ne désespèrent pas de retourner les Bélarusses contre Moscou, et qui ne les perçoivent pas de la même manière que les Russes.
La politique menée par Loukachenko vis-à-vis de la Russie a été caractérisée par un de mes anciens collègues bélarusses par la formule suivante: « on dit oui à tout, puis on bureaucratise au maximum le processus pour finalement ne rien faire ». C’est aussi une stratégie que les Bélarusses appliquent au quotidien vis-à-vis de leur Etat. Il y a une certaine résilience stratégique de la société bélarusse qu’on ferait bien de souligner. Ne nous laissons pas tromper par cette apparence de calme plat: le Bélarus n’est pas la Russie et suivra une dynamique qui lui sera propre.

❌